Initiative réussie, communicatrice reconnue… …Karine Gbaguidi, le Saphir

Elle veut triompher de l’infortune et transcender l’illusion de la vie, même en étant femme pour inscrire sa réussite dans l’inconscient collectif. Du haut de ses 1,60m, Karine Gbaguidi, directrice de Saphir communication, semble une femme dont les exploits et les compétences avérées viennent désormais démentir le cynisme que proclamait Napoléon de reléguer les femmes dans le ménage.

Quand elle parle de la politique béninoise, elle s’emporte et sa voix s’élève soudain. Impressionnante, il faut l’avouer, bien qu’elle ne fasse rien pour l’être. Débit rapide, mais sans trémolo. Réponses souvent courtes. Humeur de celle qui termine ses phrases d’un coup sec pour déstabiliser son interlocuteur. Et attendre la question suivante. L’entretien devient une partie de ping-pong. Ici, un grand smash, là, un revers coupé. C’est derrière une bonne humeur communicative que se cache Karine Gbaguidi présentée comme une femme caractérielle et fougueuse. Quand elle enlève sa cuirasse, cette native de Savalou redevient cette femme sensible, voire fragile, que ses proches décrivent. Son verbe ne se fait pas chair, mais ses traits soulignent la moindre émotion. «Comme beaucoup de femmes, je suis comme la déesse Shiva…», dit elle. Patronne d’une des non moins importantes agences de Communication du pays, elle rêve de donner une visibilité aux entreprises, qu’elles soient privées ou publiques, à travers une stratégie de communication bien définie. Militante politique, elle estime contribuer au développement de son pays auquel elle est attachée par la défense d’idéaux pertinents. Son penchant pour la politique la conduira dans les bras d’Issa Salifou qui détecte dès les premiers contacts la «perle». Les idéaux de gauche qu’ils partagent font le reste. Sa petite taille contraste avec l’énormité de ses ambitions. Des ambitions qu’elle a affichées depuis son enfance.

Fruit de trois génocides

«Je suis une femme résistante, une rebelle si vous voulez. On ne me cherche pas… car je suis issue de trois différents génocides… le génocide arménien, juif et polonais». C’est ainsi que se définit la patronne de l’agence de communication, Saphir communication, Karine Gbaguidi. Parce que née à Paris en France le 27 juillet 1970 d’un père ancien ministre de la République et d’une mère arménio-polono-juive. Feu David Douwa Gbaguidi et Monique Karouni. Ce Lion au nez épaté, laisse toujours échapper son sourire, comme pour montrer la blancheur de ses dents qui contrebalance sa peau claire d’ébène. Elle est toujours portée sur des tenues correctes, son corps ne souffre pas des effets néfastes de l’harmattan. D’où la clarté de son teint. Son enfance a été un tourbillon qui l’a emportée de Paris au Bénin en passant par le Vatican, au gré des affectations de son père. Ce que d’aucuns appelleraient nomadisme a permis à Karine Gbaguidi de découvrir le monde sous différents cieux. Suite à un cursus scolaire brillant, elle obtiendra son Bac G1 à Paris. S’en suivront une Licence et une Maîtrise en Droit Public International et Européen à l’Université Paris I Panthéon. C’était en 1996. Mais elle obtient un an avant, le Certificat de Droit et Economie des pays d’Afrique. Déjà après sa Licence en 1993 à l’Université de Cergy-Pontoise, elle sera chargée jusqu’en 1997 de la préparation des contrats de personnel et de la mise en place du parc informatique de la société «D’ici ou d’ailleurs Sarl France». Même après sa Maîtrise. Pendant ce temps, elle viendra suivre en 1995, un stage pratique au service de la documentation juridique de l’Observatoire des Fonctions Publiques Africaines avec comme rapport de fin de stage «L’Internet comme outil de diffusion de l’information». Ce qui lui vaudra une télé enquête sur la réception de la hotline d’une provider (Club-internet). Un an après, elle deviendra jusqu’en 1999 assistante dans une société de produits tropicaux, «Sun Food Industry». Un parcours qui renvoie une certaine envie de démarcation de sa formation académique. Elle se retrouve l’âme d’une communicatrice. Car, elle fondera en 1998 avec sa mère, Monique Karouni, un catalogue de vente des produits de beauté par correspondance. Ce catalogue a pour nom «Diouda». Karine Gbaguidi ira plus loin en devenant en 1999 la Responsable clientèle de l’Agence conseil en communication, «Pluricom» basée en Côte d’Ivoire dont la responsable est Anne Marie Kona Payne. A ce poste, elle élabore des stratégies de communication pour des organismes internationaux et des sociétés nationales. D’une classe folle et qui tranche avec son allure intellectuelle sobre des débuts, elle ose se prévaloir d’une lignée intellectuelle encore plus vivante. «Je travaille plus pour le plaisir de travailler que pour l’argent», a-t-elle confié. En 2001, elle quitte Pluricom et par conséquent la Côte d’Ivoire quand la guerre éclata pour devenir Consultante indépendante en communication. Entre le Bénin et la Côte d’Ivoire, elle se découvre tous les atouts pour réussir une carrière dans la communication.

Une femme de paradoxe

En mars 2004, elle crée alors sa propre agence de communication dénommée «Saphir Communication». L’aventure commencée, la légende ne fait que continuer. 7 ans d’existence avec des résultats probants et concluants. «La créativité sans la stratégie, c’est de l’art. La créativité avec de la stratégie, c’est de la publicité», se plait elle a dire. Avec de la stratégie, de la méthode et de la rigueur, elle fait tache d’huile. Ceci, en plus de son allure déterminée, de l’harmonie de ses robes, jupes ou coiffures qui font d’elle une grande dame. La preuve, c’est son agence qui gère la stratégie communicationnelle de plusieurs organismes et institutions internationaux ou privés dont le Projet Corridor avec lequel elle a rompu les amarres. «Par principe, je ne travaille pas avec les sociétés d’Etat parce qu’il y a trop de corruption…», analyse-t-elle avant de s’expliquer par rapport à sa rupture de contrat avec le Projet Corridor :»J’ai compris que des gens n’ont pas intérêt que le Sida disparaisse». Affable, la femme au regard rieur est pourtant passionnée de ce qu’elle fait. Passionnée de la communication et non du droit international ! «J’ai du mal à être enfermée dans un carcan. J’aime que ce que l’on dépense soit à la hauteur de ce qu’on produit. J’aime pas ce qui est protocolaire…», nous confie-t-elle. C’est ce qui justifie son souci de laisser à la traîne ses études académiques sur le droit international. Elle a en effet choisi, la communication. Très paradoxale et insaisissable dans la profondeur de ses réflexions, Karine Gbaguidi fait effet. Idéaliste, mais réaliste. Réaliste, mais pas légaliste. Discrète, mais très communicatrice. Intelligente, mais de courte mémoire. Ouverte d’esprit, mais critique. Humble, mais coléreuse. Ni complexé, mais très familière. Son style n’est pas lumineux mais clair. Gbaguidi ne maîtrise toujours pas Karine. Loin s’en faut. Elle va s’enticher avec le 3ème fils d’une grande femme de ce pays. De cette relation, sortira une petite fille qui a soufflé le dimanche dernier sa 10ème bougie. Le conte de fée ne durera point. 4 ans après, elle s’engagera dans une idylle avec une personnalité politique de ce pays qu’elle rencontra en Octobre 2005 au restaurant «Chez Clarisse» lors de la remise des prix aux finalistes de Miss Bénin 2005. Ils se marient quelques années plus tard. Avec ce dernier, elle eut également une jolie petite fille. Mère de deux enfants, elle reste très active dans l’arène politique. Militante de premières heures avec le mouvement estudiantin français «SOS Racistes» entre 1983 et 1984, elle a un idéal politique. Ses amis pensent qu’elle est une anarcho-gauchiste. Entre-temps, secrétaire chargée à la communication du parti politique Upr, elle a été déchargée parce que vivant sous le toit d’un homme qui partage les convictions de l’actuel président de la République Boni Yayi dont la politique est combattue par les militants de la formation politique Upr. «Boni Yayi a de bonnes idées, mais l’applique mal. Ce n’est pas la bonne personne pour ce pays…Il n’aime pas assez ce pays pour le faire avancer, il ne sait pas manager…En 2006, je n’ai voté ni Yayi, ni Houngbédji…», se défend-t-elle avant de préciser : «Je suis juive de naissance par ma mère, animiste chrétienne par mon père et musulmane par ma 1ère fille». C’est une conviction qui s’étend aussi à la religion. «Je crois plus en mes ancêtres qu’à Dieu. Je crois en des valeurs universelles», a-t-elle soutenu. En somme, la décence comportementale comme la chaleur d’un geste ou d’un mot, les cicatrices intérieures comme les convictions d’une vie ou d’un moment, les incertitudes confessés comme les certitudes fanfaronnées, la rigueur comme la séduction : c’est Karine Gbaguidi.

Modeste TOFFOHOSSOU – Dans le Quotidien Fraternité

Cette entrée a été publiée dans Actualités, Culture, Développement Personnel, Photos. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir