Déclaration de Célestine Zanou sur la démocratie béninoise ; « Nous sommes passés de l’héros à zéro »

Elle n’a pas perdu un iota de sa verve. Invitée par le Wanep à donner une conférence sur la démocratie béninoise aux stagiaires du Centre Koffi Annan en visite au Bénin, la présidente de la Dynamique du changement pour un Bénin débout Célestine Zanou s’est montrée acerbe contre les soubresauts de notre démocratie pendant la dernière période électorale.

« Quels enseignements peuvent tirer les pays africains du processus de transition démocratique au Bénin : le cas des élections de 2011 ? ». C’est le thème de la conférence que Madame Célestine Zanou a présentée hier à l’Insofec aux diplomates en stage au Centre Koffi Annan pour le maintien de la paix, venus comme à l’accoutumée pour s’enrichir de l’expérience du Wanep au Bénin. Après avoir rappelé le parcours de la démocratie depuis la conférence nationale de 1990, elle a montré qu’elle a toujours du mal à s’imposer parce que « nous n’avons pas encore la culture démocratique ». La preuve, dit-elle, les élections sont organisées difficilement et sont souvent accompagnées de contestation. Un à un, elle relève les paradoxes de notre démocratie. Elle fait le constat dramatique du manque de liberté du peuple dans son choix. En effet, de peur de subir la sanction du gouvernement et d’être privées des infrastructures, les populations sont obligées de voter pour celui qui est au pouvoir. Idem pour les cadres qui votent pour ne pas être mutés injustement ou persécutés. Les hommes d’affaires aussi sont obligés de fuir la pression fiscale en soutenant le gouvernement. « Tout le monde va à la mouvance même si on n’est pas convaincu. Conséquence : il n’y a plus d’opposition », ajoute-t-elle. L’autre paradoxe, c’est la constitution qui donne la possibilité au Chef de l’Etat de tout contrôler. Avec une majorité à l’Assemblée nationale, il contrôle la Cour constitutionnelle, la Cour suprême… « Est-ce le bon choix pour le développement socio-économique de notre pays », s’est-elle demandée ?

La victoire du peuple lui a été volée

Parlant de l’élection présidentielle de mars 2011, Célestine Zanou s’est montrée plus amère face à ses interlocuteurs d’un soir. Au Bénin, nous n’avons pas de code électoral. Ceci, selon elle, ouvre la voie à toutes les dérives. « Nous avons introduit une Lépi mal conçue ». Plus grave, on est allé pour la première fois aux élections sans connaître le nombre d’électeurs et de bureau de vote. Les membres de la Cps sont recrutés avec copinage ne sont pas qualifiés pour le travail. Ceci a conduit à une Lépi calamiteuse, bancale, aidée par la démission inopportune de l’opposition et surtout une immixtion arrogante des partenaires techniques et financiers. Sur ce lit fait d’impasses politico-électorales, la victoire du peuple lui a été volée. Ne pas le dire, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle » a –t-elle conclue. Ajoutant que la seule solution à ce problème est la bonne gestion de la décentralisation. Elle insiste aussi sur le fait que le dialogue doit avoir une place de choix dan nos différentes démarches. « Nous sommes passés de l’héros à zéro », a conclu Célestine Zanou qui plaide pour une nouvelle discipline politique.

Source : La nouvelle Tribune

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