Droit de réponse à l’article: «Opinion Energie nucléaire au Bénin…l’horreur dans toute sa splendeur. Non au Bénin!»

La récente mission effectuée par trois (03) experts de l’Agence Internationale de l’Energie atomique au Bénin ne cachait nullement de but inavoué.

Une simple recherche de la vérité, par les voies appropriées, sur les motivations réelles de la mission, aurait évité la publication d’informations aussi mensongères et nous aurait permis de faire l’économie d’une vaine alerte à l’opinion qui, à l’évidence, se révèle finalement plus nuisible à l’esprit des populations, que n’aurait pu l’être une mission innocente de personnes qui ne sont venues que pour aider.

La mission de l’AIEA ne visait nullement à doter le pays d’une centrale nucléaire. La venue des experts onusiens, qui ne sont pas des inspecteurs comme ceux envoyés en Iran ou en Irak, s’inscrit dans le cadre d’une assistance technique et juridique au Bénin qui reste à ce jour l’un des rares pays au monde, en tout cas l’un des six (6) pays africains à ne pas disposer d’une loi sur la radioprotection. Cette assistance juridique doit créer, à terme, les conditions d’une meilleure protection des populations béninoises et de leur environnement.

La République du Bénin ne dispose pas de centrales nucléaires. Ceci ne met pas pour autant le pays à l’abri de risques liés à l’usage de rayonnements ionisants.

La radioactivité est un phénomène naturel que nous côtoyons chaque jour en toute innocence et en toute inconscience pour les non avertis. Ces rayonnements émis par les substances radioactives, sont utilisés dans de nombreux domaines de la vie quotidienne : production d’électricité, médecine, industrie, agriculture, recherche scientifique, pour ne citer que ceux là.

Si les techniques nucléaires à usage pacifique peuvent rendre des services inestimables, les risques liés aux rayonnements ionisants doivent être évalués et contrôlés par des moyens appropriés et du personnel qualifié.

L’absence de moyens de détection de ces sources de rayonnements ionisants peut exposer le public et l’environnement à des risques considérables du fait de la méconnaissance de la survenance d’une quelconque contamination.

En médecine par exemple, il est déjà arrivé à plusieurs béninois de faire des radiographies de leur organe. Mais très peu de béninois savent qu’un mauvais calibrage d’un appareil de radioscopie peut occasionner des cancers sur les patients ou le personnel médical. Dans le domaine de l’alimentation, les risques peuvent être liés aux aliments, notamment les fruits et légumes importés de l’étranger. Ces fruits qui sont parfois conservés pendant plusieurs années, grâce à la technologie nucléaire, entrent au Bénin sans aucun contrôle. Par ailleurs, certains de ces aliments peuvent provenir de pays qui ont été victimes de graves accidents nucléaires avec des conséquences très sérieuses pour l’environnement, comme ce fut le cas récemment au Japon.

La contamination peut aussi résulter d’une proximité accidentelle entre des individus et une source radioactive comme cela aurait pu être le cas il y a quelques mois, lors d’un accident intervenu à l’occasion du transport de l’uranate nigérian à travers le corridor Niger-Bénin en direction du Port de Cotonou. Cette dernière activité présente à elle seule, pour les paisibles populations de notre pays, d’énormes risques d’irradiation que seule une autorité de régulation bien équipée, et un cadre législatif adapté pourront contrôler valablement

Au Bénin, il n’existe pas de loi régissant la radioactivité.

La principale conséquence qui résulte de cette situation est qu’en cas de survenance dans un pays limitrophe, d’un accident nucléaire, le Bénin serait touché et ne pourra pas bénéficier de l’assistance de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA)

L’absence d’un cadre juridique limite par ailleurs considérablement, la coopération avec l’AIEA et empêche actuellement notre pays de tirer profit de nombreuses autres possibilités d’assistance qu’offre l’Agence (offre d’équipements de protection et de contrôle, formation du personnel médical, d’agronomes et d’enseignants du supérieur, équipement de laboratoires etc.).

C’est pour pallier à cette insuffisance, qui expose gravement la vie des populations qu’un Avant Projet de loi portant Sûreté et Sécurité nucléaires et Radioprotection en République du Bénin a été rédigé et fait actuellement l’objet du toilettage nécessaire au niveau des institutions compétentes de notre pays avant d’être envoyé au Parlement pour son étude et son adoption. Ce texte propose des mesures de sûreté et de garantie ainsi que la mise sur pied d’un organe devant régir toutes les activités impliquant l’usage sur le territoire national de la radioactivité.

Son vote permettra à notre pays de disposer enfin de l’armature juridique nécessaire pour :

  • mettre en place des structures de détection de la présence radioactivité dans les produits importés dans notre pays ;
  • mieux faire face aux risques engendrés par le transport de l’uranate nigérien vers le port de Cotonou ;
  • empêcher le trafic de substances radioactives dans les eaux territoriales béninoises ;
  • donner compétence aux juridictions béninoises pour statuer sur les cas de trafic de matières nucléaires.
  • Créer  et mettre en œuvre les mesures requises par l’AIEA pour être éligible à une assistance plus conséquente et sans doute plus utile pour les populations béninoises.

Le vote de la loi est de la compétence des députés. C’est pour les sensibiliser sur la nécessité de voter celle relative  à la sûreté et la sécurité nucléaires que l’AIEA a dépêché la mission d’Experts, pour répondre aux interrogations des députés sur l’avant projet de Loi sur la radioprotection, à l’occasion d’un séminaire parlementaire. La mission a aussi saisi l’occasion de sa présence au Bénin pour expliquer à d’autres autorités nationales ainsi qu’à plusieurs personnes intéressées, le but de sa visite au Bénin et l’importance de la loi en cours de préparation.

Il est donc aisé de comprendre, à la lumière de ce qui précède, qu’à aucun moment, il ne s’est agi d’action visant à introduire une utilisation cachée du nucléaire au Bénin, encore moins d’engager une quelconque tractation pouvant conduire à une importation future de déchets toxiques au Bénin.

Il en découle que l’article intitulé : «  Energie nucléaire au Bénin… l’horreur dans toute sa splendeur. Non au Bénin ! n’est que le fruit des élucubrations d’un individu mal intentionné qui aurait pu faire aux populations béninoises, l’économie d’un stress inutile, s’il avait pu faire la démarche élémentaire qu’exige une initiative du genre de celle qu’il a prise, si tant est que son souci était de faire œuvre franchement utile : s’informer à la bonne source.

Les affirmations contenues dans cet article apparaissent comme générées par une volonté délibérée de la part de leur auteur d’engager une campagne d’intoxication et de désinformation qui n’est nullement de nature à favoriser la protection et le bien-être des populations béninoises. Le Ministère des affaires étrangères, de l’Intégration Africaine, de la Francophonie et des Béninois de l’Extérieur, s’étonne qu’un  journal ait publié de pareilles opinions sans avoir préalablement mené une enquête et recommande qu’à l’avenir cette précaution ne soit plus négligée.

Le Porte-parole du Ministère des Affaires Etrangère

Euloge HINVI, Ambassadeur

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