L’affaire DSK- Nafissatou DIALLO : une mascarade ?

Le 14 mai 2011, le monde entier apprenait avec stupeur l’arrestation de DSK,  Directeur du FMI  et probable futur locataire du Palais de l’Elysée (à l’époque en tête des sondages pour  l’élection Présidentielle de 2012 en France). Motif : viol, et agression sexuelle, séquestration… sur une femme de ménage dans une suite de l’hôtel SOFITEL à New York, l’accusé risquant jusqu’à 74 ans de prison selon la loi américaine. Pour un scandale c’en est un véritablement : le statut de l’accusé, un des hommes les plus puissants du Monde et  la victime une pauvre femme de ménage noire immigrée d’origine africaine. Un cocktail détonnant qui aura enivré durant tout l’été le gotha politico-médiatique, et même le citoyen lambda à travers toute la planète qui se passionnait pour une affaire judiciaire des plus rocambolesques. On a parlé de complot en tous genres, de barbouzeries, d’intrigues politiciennes, de machiavélisme sordide etc. A priori rien de tout cela, si ce n’est une « banale » affaire de mœurs. On va dire une histoire de fesses ou d’agression sexuelle selon que l’on se situe dans un camp ou dans l’autre, l’opinion publique étant largement divisée.

L’affaire DSK versus Nafissatou DIALLO, c’est sans conteste le combat du pot de fer contre le pot de terre et la polémique faisait rage quant à l’issue de la procédure du moins pénale. Du début de l’affaire jusqu’à l’abandon des poursuites, la justice américaine nous aura servi un feuilleton plein de rebondissements spectaculaires : l’arrestation médiatique de DSK, menotté  comme un vulgaire bandit, sa mise en examen et son transfert à la célèbre prison de Rikers Island de New York, les révélations des enquêteurs sur les contre vérités et autres  « mensonges » de Nafissatou, les doutes du procureur  Cyrus Vance, la libération de DSK  avec paiement de caution, l’abandon total des poursuites etc. Offensive, doutes, mensonges, non-dits, reculades, dénis en tous genres, le tout sur fond de vernis médiatique auront caractérisé cette affaire inédite.  Aujourd’hui, nous savons tous qu’il n’y aura pas de suite judiciaire du moins pénalement, le juge ayant décidé de ne pas poursuivre. Donc sans risque de se tromper l’on peut affirmer que c’est la fin d’une procédure mais pas celle de l’AFFAIRE. Le doute subsistera toujours quant à la véracité des faits répréhensibles. Ignorant la thèse de l’agression sexuelle, même si on admettait volontiers celle qui soutient que les rapports sexuels étaient consentis entre Nafissatou et DSK, ce dernier en tant que homme marié, responsable de haut rang aura été d’une bassesse incommensurable.  Donc dans  les deux cas de figure, DSK est « grillé » sur toute la ligne. Au mieux un infidèle, un irresponsable qui n’a  pas su tenir sa braguette allant jusqu’à jeter son dévolu sur une pauvre femme de ménage, au pire un criminel sexuel qui mérite châtiment.

A mon humble avis, la justice américaine s’est fourvoyée dans cette affaire. Etait-ce à cause du statut de l’accusé ? Des errements de la victime ? Du contexte ? Des conséquences d’une procédure pour le moins iconoclaste? Ou d’un peu de tout cela ?

Ce qui est patent, c’est que l’issue de la procédure pénale a laissé un goût d’inachevé. Certes les poursuites contre DSK ont été abandonnées, mais au-delà de la vérité judiciaire, est ce à dire que DSK a été blanchi ? Qu’il n’a réellement commis aucun acte répréhensible ? Que Nafissatou n’a pas subi de violences sexuelles ? Qu’elle était consentante ? Bref que les faits n’ont tout simplement pas existé tels que rapportés?

Beaucoup de questions restent en suspens, la justice américaine ayant été incapable d’apporter la moindre lumière. Si agression sexuelle il y a eu, la justice américaine aura commis un véritable parjure, car elle aura laissé dans le ravin une victime qui ne demandait que protection et justice.

Il serait laborieux de revenir sur tous les détails d’une procédure  aussi complexe et alambiquée que celle du dossier DSK/Nafissatou DIALLO, néanmoins, l’on peut s’interroger légitimement sur certains points aussi bien factuels que procéduraux pour dire que finalement la justice n’a pas été tendre avec la victime. L’on pourrait même dire qu’elle l’a lâchée, et que l’accusé au contraire s’en sort plutôt bien.

La seule vérité connue à ce jour est qu’il ya eu rapport sexuel entre les deux notamment une fellation (forcée ou non ?). Pour le reste, nul ne sait exactement ce qui s’est passé. La victime a sa version des faits, l’accusé également. Deux récits d’un même fait. Qui dit la vérité ou qui ment ?

Nafissatou DIALLO, la victime prétend avoir été agressée sexuellement et un rapport médical  corrobore plus ou moins cette version. L’accusé pour sa part après avoir nié toute relation sexuelle au départ (un gros mensonge qui a été mis à nu par l’enquête. Cette dénégation qui n’a d’ailleurs pas tellement été mise en avant est assez révélatrice) a pour sa défense soutenu le scenario de rapports sexuels consentis.

L’hypothèse de rapports sexuels consentis

A supposer que les rapports sexuels aient été consentis et que Nafissatou serait une prostituée comme le prétend une certaine presse, cela veut dire tout simplement que nous sommes en présence d’une professionnelle de sexe et son client. Un rapport sexuel tarifé. Vulgairement le client paie, et  consomme. Ce qui est sûr DSK s’est soulagé. Et qu’en est –il de la contrepartie ? Est-ce que DSK a payé  ou alors Nafissatou DIALLO serait une prostituée qui ne prend pas de l’argent ? Nous savons tous que DSK lui-même n’a jamais dit avoir remis ou refusé de remettre quoique ce soit à Nafissatou. Cette dernière non plus n’a jamais demandé ou accepté quoi que ce soit de DSK. Le dossier judiciaire est très clair dans ce sens. Donc la thèse de client et prostituée ne résiste pas à l’analyse. Nafissatou DIALLO n’est pas une prostituée n’en déplaise à certains bien pensants et autres puritains de circonstances.

Le  sex appeal de DSK et son  jeu de séduction  auraient-ils fait « tomber » Nafissatou dans ses filets ? Les circonstances de temps et de lieux font planer un doute sérieux pour ce scenario aussi à moins que nous ne soyons dans le fantasmatique d’un film de charme à deux balles. Séduire puis entretenir des relations sexuelles avec une inconnue que l’on voit pour la première fois le tout dans un intervalle de temps de 9mn chrono relève d’un véritable exploit. Le plus adonis des hommes ne ferait pas mieux ! Alors, Nafissatou aurait-elle été forcée, menacée pour subir les assauts d’un prédateur en rut ? La probabilité est assez grande même si tout a été mis en œuvre pour semer le doute dans ce sens.

Au risque de se répéter, Nafissatou n’est pas une prostituée. Une prostituée est connue pour avoir au moins un client. Or depuis le début de l’affaire jusqu’à aujourd’hui avec toutes les enquêtes qui ont été diligentées, les détectives qui ont été mis en branle aucun témoignage n’est venu conforter cette thèse. Nafissatou serait une prostituée, nul doute qu’au moins un de ses clients allait se déclarer pour la manifestation de la vérité. A ce jour personne.  On essaie par tous les moyens et de façon insidieuse, de faire croire que cette dame est une prostituée sans aucune preuve que par des suppositions et autres intrigues. Cette thèse machiavélique et sournoise s’est distillée dans le subconscient de pas mal de gens, la faute encore une fois à une certaine presse dont la mission était de salir Nafissatou au maximum, de la présenter sous son mauvais jour afin que le doute puisse exister dans le dossier. En outre, ce qui ne souffre l’ombre d’aucun doute, c’est que Nafissatou est connue pour être une salariée modèle qui donne entière satisfaction à son employeur. Elle était bien notée par celui-ci. Aux dernières nouvelles, son employeur lui aurait proposé  de reprendre du service si elle le veut bien. Sans commentaires.

Les rapports sexuels ont-ils été forcés ?

Une question majeure ! Malheureusement la justice américaine n’a pas pu ou su apporter toute la lumière requise. Analysons les faits pertinents tels qu’ils ont été rapportés dans le cadre de l’enquête et intéressons nous à l’attitude ou du moins au comportement des deux intéressés.

Mais avant, il n’est pas superfétatoire de souligner que vraisemblablement l’enquête a été conduite principalement sur les seules allégations de Nafissatou DIALLO ainsi que les investigations menées par les enquêteurs sur le terrain, DSK ayant opté pour le silence jusqu’au procès, se contentant juste de nier les faits d’agression sexuelle à lui reprochés.

A l’analyse, le dossier comporte des indices assez sérieux et concordants des faits d’agression sexuelle pour aller facilement vers un abandon de poursuites : les traces de sperme retrouvées sur les vêtements et dans certains endroits de la suite, les blessures signalées dans le rapport médical, le traumatisme, le choc émotionnel de la victime, sa spontanéité évidente, le témoignage du médecin psychologue qui a eu à examiner la victime après les faits, le mensonge de DSK quant à une relation sexuelle a fortiori une agression avant que l’enquête ne prouve le contraire, son départ précipité de l’Hôtel allant jusqu’à oublier certaines de ses affaires etc. Avec tous ses éléments, la justice américaine est restée de marbre et a préféré « courber l’échine ». Un procès en bonne et due forme aurait certainement permis de faire éclater la vérité.

Le fait pour l’enquête d’avoir établi avec preuve la thèse de rapports sexuels après les dénégations de DSK devrait à lui seul conduire l’accusation à aller jusqu’au bout de cette affaire. Cette attitude de DSK veut tout simplement dire qu’il y a anguille sous roche !

C’est plutôt la victime qui est brocardée et malmenée dans tous les sens. Elle  est présentée comme une affabulatrice de la pire espèce du fait de certaines « contre vérités » et « mensonges » qui furent d’ailleurs à l’origine de l’abandon de toutes les poursuites à l’égard de DSK. Seulement a-t-on pris en compte le choc psychologique consécutif à l’agression sexuelle qui n’est pas sans conséquence sur le comportement de la victime ? Donc, narrer chronologiquement les faits peut être éprouvant. Que la victime se mélange dans la narration de certains détails  après son agression (ce qui peut arriver souvent) ne saurait lui enlever toute crédibilité jusqu’à la traiter de menteuse. Dans cette affaire, l’on sait que la victime n’a pas été ménagée subissant même des « traitements assez musclés » au niveau du bureau du procureur taxé de partialité par certains (des accointances  entre certains fonctionnaires du parquet et la partie adverse).

Les circonstances de l’agression, l’état psychologique de la victime

Une femme se retrouve à la merci d’un monsieur sur excité, les yeux hagards dont elle ignore tout de lui, est- ce un tueur à gages, un fou, un malade mental, un psychopathe ? Est-ce qu’il est armé ? La porte étant fermée qu’est ce qui va lui  arriver ? Est ce qu’elle va être tuée, dépecée? Etc. Plein de questions de ce genre qui lui passent par la tête ? On sent sa dernière heure arrivée. Et là c’est le mental qui entre en jeu, les gens n’ayant pas le même degré de résistance psychologique.  Céder, résister, se défendre etc. ? Nafissatou a  choisi de céder parce qu’elle avait justement peur. Peur pour sa vie ! Etant sous la menace de quelqu’un dont on ignore sa dangerosité, rares sont ceux et celles qui ne vont pas s’exécuter et avec entrain.

Pour certains une femme ne peut jamais être forcée à faire une fellation ? Quelle aberration ! Une femme sous la menace peut bel et bien être contrainte à faire une fellation avec ses trente deux dents au complet. Une agression sexuelle est une agression sexuelle, le fait pour DSK de forcer Nafissatou contre son gré en est une. D’aucuns pensent qu’elle pouvait utiliser ses dents contre DSK, c’est présenter les choses de manière assez simpliste. C’est faire abstraction des circonstances de faits et surtout de l’état psychologique de l’agressée à l’instant T (Peur pour sa vie). Quelle était la réaction de DSK  face à la victime? Faisait-il peur à la victime ? Était-il menaçant ? La porte étant fermée et Nafissatou à la merci  d’un « inconnu » ne se sentait-elle pas en danger de mort ? Voilà des interrogations fort utiles susceptibles d’éclairer la lanterne des uns et des autres. L’instinct de survie de Nafissatou loin d’être synonyme de consentement l’a certainement amenée à adopter cette attitude de passivité et de soumission. On s’empresse après de caractériser cette posture en une sorte de consentement. Que nenni !!

La justice américaine ne s’est pas gênée à se focaliser prioritairement et uniquement sur « les mensonges » de Nafissatou  pour sceller définitivement cette affaire qui vraisemblablement n’avait pas dévoilé tous ses secrets.

Les  « mensonges et contre vérités » de Nafissatou

Les faits en eux-mêmes sont plus que probables, mais aux yeux de la justice américaine Nafissatou n’est pas crédible et aurait menti à plusieurs fois. Des mensonges ayant trait à certains détails pas même de l’agression mais de l’après agression notamment le fait pour elle de passer dans une autre chambre, ou d’avoir été retrouvée dans un couloir etc. Bref des détails qui sont sans importance capitale sachant qu’en matière d’agression sexuelle, le choc et le traumatisme de la victime sont extrêmement importants. La victime peut être dans un état d’hébétude, de choc émotionnel lui faisant dire ou faire n’importe quoi. Sur l’essentiel, Nafissatou n’a pas menti et le médecin qui a eu à l’ausculter après l’agression va dans ce sens.

Il est aussi important de souligner que compte tenu de son analphabétisme, de son rang social,  Nafissatou s’est subitement retrouvée dans un « environnement » qui  n’était pas le sien, dans un tourbillon médiatique (avec tout ce que cela comporte comme pression) qui probablement l’ont déstabilisée psychologiquement allant jusqu’à commettre des impairs, mais des impairs qui ne justifient nullement cette option de la justice américaine.

Il s’est avéré que parlant du coup de téléphone les propos de Nafissatou ont été sortis de leur contexte et qu’ils n’ont pas été fidèlement transcrits. Les « mensonges » de Nafissatou auprès des services de l’immigration dans l’optique d’obtenir son titre de séjour sont des « mensonges utiles » car intervenant pour la bonne cause, des pratiques connues et admises dans le milieu et que  même le plus « sérieux » des candidats à l’immigration n’hésite pas à s’inventer très souvent une ou des histoires pour être admis dans un pays. Loin de moi l’idée de cautionner de telles pratiques, mais il est évident que ces argumentaires nous éloignent un peu de l’essentiel. Il serait intéressant pour les services chargés de l’immigration de s’intéresser un tant soit peu au profit psycho-social du migrant à son parcours pour comprendre ces genres de réactions qui n’ont pas la même valeur selon que l’on se place d’un coté ou de l’autre.

On devrait plutôt se pencher sur l’attitude et les dénégations de DSK.

L’attitude de DSK et ses dénégations

Ce qui est assez incroyable, c’est que durant toute cette procédure, la version de DSK qui était très attendue et devrait normalement éclairer la justice américaine n’est jamais intervenue. De son arrestation à l’abandon des poursuites, pour les besoins de sa défense, DSK aura été avare en paroles. Deux bribes qui à mon avis ne le disculpent pas bien au contraire : il prétend dans un premier temps n’avoir pas eu de relations sexuelles avec Nafissatou (DSK a menti, l’enquête a prouvé le contraire). Après il reconnait avoir eu des relations sexuelles…. consenties avec Nafissatou sans entrer dans les détails. Ne ment-il pas toujours ? L’interrogation est légitime après une telle dénégation. En parlant moins, il était sûr de ne pas trop s’exposer. DSK est parti précipitamment de l’Hôtel pour quelles raisons ? DSK a oublié comme par hasard certaines de ses affaires comme s’il avait le diable à ses trousses. Des détails qui ont leur importance dans la recherche de la vérité.

Il est connu que DSK a un faible pour la gent féminine et a fait parler de lui dans certaines affaires sulfureuses pour ne citer que le cas de sa subalterne Hongroise du FMI et de la romancière française Tristane Banon. Avec tous ces scandales, l’on serait tenté de dire que peut être pas coupable, mais capable du fait. Une subite pulsion est peut être passée par là !

DSK a eu une chance énorme d’avoir échappé à la justice américaine, ses avocats ayant fait preuve de stratégie, de réalisme et de pragmatisme avec une certaine presse servant de relais. La procédure pénale de l’affaire s’achève ainsi mais pas l’affaire elle-même. DSK tente de redorer son blason, mais le doute est là. Avec son passé lourd « d’amateur de femmes », des événements de l’hôtel SOFITEL et  d’une autre procédure similaire en cours, DSK n’est pas encore sorti d’affaire.

Cette affaire a fait des vagues, et continuera à alimenter encore pour longtemps les tabloïds et autres medias. Elle me rappelle celle du richissime sportif OJ SYMPSON accusé d’avoir assassiné sa femme et qui au finish se retrouve acquitté malgré des indices graves et concordants. Ainsi va la justice américaine. Déjà la célèbre série policière New York Unité spéciale a  produit un épisode  inspiré de l’affaire DSK /Nafissatou à la seule différence non moins importante que le présumé auteur……est reconnu coupable et  fait l’objet de condamnation. Là nous sommes en plein dans la fiction !!!

Makan DIALLO

Docteur en Droit Privé – Avocat inscrit au barreau de Paris

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