En toute sincérité : L’inédit Yayi !

Ceux qui n’ont pas suivi l’intégralité de la déclaration du Président de la République diffusée sur les Chaînes de Télévision peuvent continuer à jouer avec le feu et à prendre le risque de se faire brûler corps et âme. Ceux qui ont raté l’occasion de vivre l’évènement à la télé sont en danger. Car cela valait la peine d’écouter Yayi II pour ne pas avoir à gérer des moments de regret et de mutilation psychologique. Si un seul disciple de Saint Matthieu avait loupé le rendez-vous, dites lui de ne surtout pas faire le Saint Thomas.

Devant les douaniers retraités et les agents contractuels civils de la douane, que je parie grelottant de peur, le Chef de l’Etat a affiché une de ces rares fermetés à donner le vertige. On a vu Yayi en lion, rugissant de colère, un vrai lion, qui a sorti ses griffes et rappelé qu’il est le seul roi de la forêt, l’homme fort de la République. Le recours aux mots forts a servi à justifier ce statut. «Je suis l’élu légitime du pays», «j’ai été élu au suffrage universel, que vous soyez contents ou pas», «le Président, c’est moi aujourd’hui», «je mets en garde quiconque prendra la rue pour semer le désordre», «celui qui va violer cette loi sera radiée de la fonction publique». Sur l’échelle de gradation, franchement, Yayi a plus que haussé le ton. C’est un Yayi de fer qui promet l’enfer aux grévistes.

Si un seul douanier continue de nourrir l’illusion de possibles excuses de Yayi, dites lui de vite renoncer à la grève et de plutôt penser à être docile. Inutile de faire le matamore ni le «gonflé» devant ce volcan en éruption. Une affaire de grève sans trêve qui échauffe la bile à Yayi. Ce n’est pas la première fois que le Palais vit cette montée d’adrénaline. Affagnon et ses copains du front y avaient vu des laves. Le discours du mercredi, un grondement de tonnerre, ne tolère pas la comparaison. Yayi refuse ce qu’il qualifie de » démocratie Nescafé, chargée de désordre et d’anarchie». Il est allergique à ce Nescafé comme Madame de Maintenon, la seconde épouse de Louis XIV, a horreur du thé. Plutôt la Cour du roi Soleil que la Cour du Roi Pétaud.

Depuis hier, on en sait officiellement davantage sur Yayi : un Président plein de calories et résolu à faire respecter la loi et à punir la grève des douaniers et autres paramilitaires. Cette fois, la politique de fermeté rassure. On peut croire en Yayi et ne plus craindre l’habituelle reculade ni le zigzag ennuyeux. J’ai toujours rêvé d’un Yayi ferme, d’une fermeté inaltérable. Enfin, il est là, même si pour la première fois, la parole inspire la peur et fait craindre l’avènement de King Kong, le monstre du cinéma. Le discours à la fois musclé et émouvant exige qu’on y fasse une exploration en profondeur. A quoi ça ressemble quand les hommes qui ont des galons, des kakis, des armes et en mission commandée sont en grève ? Que dites-vous de la grève des douaniers dans un pays à économie essentiellement fiscale ? Yayi, on est convaincu, utilisera le bâton, et surtout le bâton pour vaincre la grève illicite. La pratique de la politique de la carotte ayant montré ses limites et encouragé la pagaille des grévistes, le recours au bâton est devenu un devoir pour le Chef. Le Léviathan de Hobbes a permis de mettre fin à l’anarchie dans le monde à l’état de nature.

Yayi II, non partant en 2016, vient de faire un cadeau à la postérité avec ce paquet de vérités et de détermination. Le soutien de la loi décuple la force du Président. Si j’étais douanier, j’allais tous les jours lire et relire les articles 9 et 10 du texte et je saurais que le 9 interdit la grève aux paramilitaires et le 10, à bûcher , stipule que » Tout agent du personnel militaire des forces de sécurité publique et assimilés, quel que soit son rang dans la hiérarchie qui viole les dispositions de l’article 9 de la présente loi est radié de la fonction publique».

Maintenant il faut, pour l’amour de Dieu, cesser de provoquer Yayi. Si j’étais douanier, j’allais vite cesser cette grève car ce Yayi II n’est pas de nature à se faire tourner en rond. Enfin, si j’étais douanier, j’allais, en hommage à ma conscience, calculer heure par heure le manque à gagner généré par ma grève. Je mettrai dans la balance mes revendications égoïstes et les dégâts pour la nation.

Le discours du nouveau Yayi de la refondation, prouve qu’il a enlevé sa robe du doute et du recul pour enfiler le costume de la rigueur pure. La sagesse consisterait à comprendre cette situation pour échapper à la foudre.

Sulpice O. GBAGUIDI, in Quotidien Fraternité

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