Déploiement de policiers et militaires à la bourse du travail : sévère réquisitoire des centrales syndicales à Yayi

Les centrales syndicales adressaient une sévère mise en garde au gouvernement contre les manœuvres d’intimidation et de pression qu’il exerce à l’endroit des travailleurs. Elles condamnent les assauts policiers et militaires perpétrés dans les bureaux des services de douane le jeudi 29 septembre 2011 et le déploiement d’un contingent impressionnant des forces de répression autour de la bourse du travail vendredi dernier. Les responsables de confédérations syndicales dans leurs déclarations conjointes considèrent que de tels actes constituent des tentatives de restreindre voire annuler l’exercice du droit de grève au Bénin.

DECLARATION

Le mercredi 28 septembre 2011, à la faveur d’une rencontre au Palais de la Présidence entre le Président YAYI Boni et les douaniers retraités et agents contractuels de la douane, le Président de la République a fait contre toute attente, une déclaration que la presse béninoise qualifie unanimement de menace grave, haineuse contre les douaniers, contre la grève, les grévistes en général et la paix sociale dans notre Pays.

Son intention inavouée était de briser, sans fioriture, sans retenue, et par la terreur, la grève des douaniers qui protestaient à juste titre contre le retrait de leur droit de grève considérée comme un acquis.

En effet, depuis son avènement en avril 2011, le nouveau régime du Dr BONI YAYI, qui se réclame aujourd’hui d’une certaine refondation après l’échec de son concept de changement, s’active par des initiations désordonnées de projets de loi dont la nature et les objectifs communs sont la restriction et la liquidation pure et simple des libertés fondamentales, acquises de hautes luttes par le peuple travailleur et consacrées par la Conférence nationale.

Dans sa logique d’anti syndicalisme primaire, ce régime dictatorial s’évertue chaque jour davantage à étouffer par tous les moyens, les libertés publiques et surtout de remettre en cause le droit de grève qui est un corollaire indissociable du droit syndical protégé par la convention 87.

Nonobstant les dispositions de cette convention ratifiée par notre pays, l’usine du Chef de l’Etat n’a pas hésité un seul instant à produire des projets ou propositions de lois impopulaires tels que :

– le projet de loi portant exercice du droit de grève en République du Bénin et,

– la loi portant règles générales applicables aux militaires, paramilitaires et corps assimilés, adoptée en catimini par sa pantine majorité parlementaire.

Prétextant de certains instruments de l’OIT, le régime de YAYI BONI veut imposer à notre peuple des lois liberticides.

Les Secrétaires Généraux des Confédérations ci-après : CSTB, CSA-BENIN, CGTB, COSI-BENIN, UNSTB et CSPIB, réunis à la Bourse du Travail le Jeudi 29 Septembre 2011, pour étudier de façon responsable, la situation sociopolitique préoccupante créée par des déviances et actes de provocation des travailleurs, s’indignent,

– d’une part, de la façon avec laquelle le gouvernement et sa mouvance parlementaire s’acharnent à l’interdiction générale aux travailleurs, tant du secteur public que privé et à la pénalisation, voire la criminalisation de l’exercice du droit de grève ;

– d’autre part, des propos menaçants, prononcés à l’ endroit du monde du travail par le Chef de l’Etat lors de sa rencontre le mercredi 28 Septembre 2011 avec les douaniers retraités invités par lui à remplacer les douaniers en grève

Du reste, dans la forme, les Confédérations et Centrales syndicales n’entendent nullement cautionner des projets de loi sociale pris sans consultation préalable de leurs représentants et n’ayant fait l’objet d’aucune concertation bilatérale ou tripartite au sein de la de la Commission Permanente de Concertation et de Négociation Gouvernement/Centrales Syndicales ou du Conseil National du Travail. Elles s’interrogent sur la précipitation et le manque de professionnalisme par lesquels ces projets ont été hâtivement élaborés.

Dans le fond, les Confédérations syndicales dénoncent et désapprouvent sans appel, toutes les dispositions des lois expéditives précitées qui dans leur ensemble compromettent la liberté syndicale dans notre pays, consacrent aussi le recul du droit syndical acquis de hautes luttes et trahissent le déficit de la culture du dialogue social et de la démocratie de leurs initiateurs.

S’agissant particulièrement de la loi portant règles générales applicables aux militaires, paramilitaires et corps assimilés déjà votée par le parlement et dont le Président de la République attend de la Cour Constitutionnelle sa déclaration en conformité pour en faire un instrument de répression, les Confédérations syndicales soutiennent et rappellent ce qui suit :

-L’Administration des douanes et droits indirects (DGDDI) est une administration fiscale dépendant du ministère de l’Economie et des Finances et est chargée de la perception des droits et taxes dus à l’entrée des marchandises sur le territoire national ; en un mot les douaniers sont des civils ; il en est de même des agents des Eaux et Forets et de la chasse ; on ne saurait ramener, comme malheureusement on le veut au sommet de l’Etat, le statut d’un agent public à une question de forme, notamment celle de l’uniforme, mais à sa mission ; que dit-on alors là-bas du statut du personnel militaire non en uniforme dont les éléments peuplent les services de renseignements du tristement célèbre Petit Palais et même de celui du personnel dit civil des Forces Armées et de la Police Nationale ;

– La Convention N° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, (1948) ratifiée par notre Etat, publiée et rentrant par conséquent dans le dispositif légal de notre pays, ne peut être nullement appelé en aide pour soutenir les dispositions de ladite loi qui s’attaquent aux libertés car : « Conforment aux principes établis par le paragraphe 8 de l’Article 19 de la Constitution de l’Organisation Internationale du Travail, la ratification de cette convention par un membre ne devra pas être considérée comme affectant toute loi, toute sentence, toute coutume ou tout accord déjà existants qui accordent aux membres des forces armées et de la police des garanties prévues par la présente convention. » (Cf, Article 9 de la Convention). La garantie des droits de grève des douaniers et des agents des Eaux et Forets et de la chasse étant consacrée depuis des décennies par plusieurs instruments juridiques de notre pays, y compris un arrêt de la Cour Constitutionnelle, celle-ci ne saurait être remise en cause par YAYI BONI fût-il « majoritairement ou proprement élu en 2006 ou 2011 » pour paraphraser ses propres propos au cours de sa rencontre avec les douaniers retraités.

– Les motifs évoqués par les initiateurs de la loi portant règles générales applicables aux militaires, paramilitaires et corps assimilés qui enlèvent aux douaniers et aux agents des Eaux et Forets et de la chasse le droit de grève, étant d’ordre économique et non d’ordre militaire, rendent fragile, voire nulle au vu des principes sacrés de la liberté syndicale, la disposition leur interdisant le droit de grève.

En tout état de cause, les Confédérations et Centrales ci-après : CSTB, CSA-BENIN, CGTB, COSI-BENIN, UNSTB et CSPIB, réunies à la Bourse du Travail le Jeudi 29 Septembre 2011,

- marquent leur solidarité agissante avec les travailleurs et travailleuses des services de la douane béninoise en quête de dignité, de liberté et de la sauvegarde de leur droit syndical.

– mettent sévèrement en garde le gouvernement contre l’exercice de manœuvres d’intimidation ou de pression à l’endroit des travailleurs et ses tentatives de restreindre voire annuler l’exercice du droit de grève au Benin ;

– condamnent les infractions perpétrées par les éléments de la police et de l’armée dans les bureaux des services de la douane le Jeudi 29 Septembre 2011 et le déploiement des forces de répression autour de la Bourse du Travail ce Vendredi 30 Septembre 2011 ;

– enfin, lancent un appel à tous les travailleurs des secteurs public, parapublic et privé pour qu’ils se mobilisent et se tiennent prêts à tout moment pour des actions d’envergure au cas où leurs légitimes revendications seront balayées d’un revers de main, comme d’habitude, par le gouvernement.

Vive la Démocratie !

Vive la liberté syndicale !

Fait à Cotonou,

le 30 Septembre 2011

Ont signé pour :

CSTB CSA-BENIN

Gaston K. AZOUA Dieudonné LOKOSSOU

Secrétaire Général Secrétaire Général

CGTB COSI-BENIN

Pascal TODJINOU Georges K. GLELE

Secrétaire Général Secrétaire Général

UNSTB CSPIB

Emmanuel ZOUNON Christophe DOVONON

Secrétaire Général Secrétaire Général

Ecrit par la Rédaction de La Nouvelle Tribune sur lanouvelletribune.info, 02.10.2011

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