Les Diplômes universitaires obtenus sans le Bac ne sont pas reconnus par l’Etat : Interview avec le Directeur des établissements privés de l’enseignement supérieur (DEPES), Docteur David Azocli :

Le respect des normes dans les établissements privés de l’enseignement supérieur béninois reste un élément fondamental pour la formation des cadres de qualité pour le Bénin. C’est donc pour accompagner les efforts de certains établissements qui ne cessent de s’illustrer, que les listes des établissements autorisés pour cette année académique 2011-2012 a été rendue publique par le ministère de l’enseignement supérieur. En revenant sur les raisons de cette publication, le Directeur des établissements privés de l’enseignement supérieur (DEPES), a révélé les qualités que doit avoir un établissement privé, de même que l’étudiant qui s’y inscrit avant de voir son diplôme reconnu par la fonction publique. Pour le Directeur, Docteur David AZOCLI, une franche collaboration existe déjà entre le CAMES et le ministère de l’enseignement supérieur béninois dans l’homologation des programmes d’enseignement en attendant l’introduction du système LMD dans les universités publiques de même que dans le privé.

L’Evénement Précis : Qu’est-ce qui a motivé la vulgarisation des listes des établissements privés de l’enseignement supérieur béninois?
Dr. David AZOCLI : Nous avons sorti cette liste pour permettre aux parents d’étudiants de ne pas rentrer dans le jeu des établissements non autorisés qui font des publicités au même titre que ceux qui sont officiellement autorisés. Dans cette liste, il y a au moins une quinzaine autorisée mais qui ne fonctionne pas. Puisqu’ils ont l’Arrêté dans leurs mains, ils font la publicité et ouvrent quand ils ont l’effectif.

Mais au même moment, ils délivrent des diplômes. Heureusement que le ministre vient de prendre ses responsabilités en faisant faire prendre par le gouvernement un Décret portant la reconnaissance des diplômes post BTS délivrés par les établissements privés. Avec ce Décret désormais, même si vous avez l’Arrêté qui vous autorise et que vous ne fonctionnez pas, votre diplôme sera contrôlé par ce Décret.

Permettez-moi de vous dire que ce Décret a deux volets. Il y a des gens qui ont eu leur diplôme avant la signature du Décret et ceux qui rentreront en possession après la signature du Décret. Alors, pour ceux qui ont eu leur diplôme avant la signature du Décret, ils auront à solliciter la reconnaissance de leur diplôme. Il va falloir qu’ils présentent leurs pièces année par année, c’est-à-dire des relevés de note. Quand c’est la licence, il est exigé trois relevés, pour le Master, c’est cinq relevés au moins et quand c’est le Doctorat, huit relevés au moins.

Ensuite, ils vont montrer s’ils ont vraiment fréquenté l’établissement et ajouter les frais de dossier. C’est le diplôme délivré ou reconnu que la fonction publique va enfin reconnaitre. Pour ceux qui ont leur diplôme après, il y a autres principes. Il y a une commission appelée, Commission d’Inspection qui va sillonner les établissements pour vérifier un certain nombre de choses, à savoir les cahiers de charges, les matériels didactiques, les enseignements de formation, la capacité d’accueil de salles, de telle manière qu’à la fin de la formation qu’il ne soit plus du ressort des promoteurs de signer le diplôme mais à l’Etat de le faire désormais.

A l’heure actuelle, nous avons déjà demandé à tous les promoteurs d’envoyer les listes des diplômés depuis leur création jusqu’à ce jour pour que si quelqu’un vient nous demander la reconnaissance de diplôme, qu’on soit en mesure de vérifier son parcours.

Pourquoi c’est maintenant que la DEPES se lance dans cette bataille de reconnaissance de diplôme?
Vous savez, dans l’évolution des établissements privés, il faut les apprécier sur deux plans. Il y a la période avant 2006 et celle après 2006. Il faut reconnaitre qu’avant 2006, il y a eu un certain nombre de désordre, de prolifération des établissements, la cohabitation des écoles à moins de cent mètres, l’exécution des mêmes filières de formation, une concurrence déloyale, des recrutements anarchiques.

C’est à dire que des étudiants qui n’ont pas le BAC sont recrutés pour faire des licences. De ce fait, lorsqu’ils finissent de délivrer le diplôme et que la fonction publique lance un concours et qu’on voit que vous avez fait le privé, votre diplôme est mis complètement de côté. Le ministère a vu que c’est aberrant de donner l’autorisation à quelqu’un de former et à la fin dire que son diplôme n’est pas reconnu. C’est pourquoi le ministre a pris la décision de corriger cet état de choses dans sa vision d’assainir le secteur.

Donc ces décisions que le ministre vient de prendre vont permettre aux parents d’avoir une vue plus claire sur la qualité des établissements privés. Les diplômes des étudiants du privé seront reconnus au même titre que ceux des étudiants du public.

Est-ce à dire que désormais c’est l’Etat qui délivre les diplômes dans le privé ?
Bien sûr ! Les acteurs du privé n’auront rien à envier aux établissements publics à condition qu’ils respectent les cahiers de charge.

Alors quel sera le sort réservé aux établissements non autorisés ?
Vous le savez bien sûr. Si quelqu’un se hasarde à fréquenter un établissement qui n’est pas autorisé le diplôme ne sera pas reconnu. Même si l’établissement est autorisé et que la filière choisie par l’étudiant n’est pas autorisée, le diplôme ne sera pas reconnu. Donc le conseil que nous donnons est qu’avant de s’inscrire dans un établissement privé du supérieur, la question à se poser est de savoir si l’établissement est autorisé de même que la filière que l’étudiant aura à choisir et plus loin, est-ce que en tant qu’étudiant voulant m’inscrire, j’ai le BAC. C’est très indispensable pour la fin de la formation et la reconnaissance du diplôme.

Sur quel critère la DEPES s’est-elle basée pour autoriser ces établissements ?
Lorsqu’un promoteur à lui seul a plusieurs sites, Porto-Novo, Parakou ou Cotonou, pour nous c’est des créations. Il peut avoir des promoteurs qui peuvent avoir plusieurs créations. En plus de cela il sera autorisé avec ses filières d’enseignement.

Comment un établissement supérieur privé devient-il une université ?
Une université suppose que vous avez des Instituts, des facultés, des écoles. Cela se passe au niveau architectural. Au plan académique, on suppose que vous avez un rectorat, des enseignants qualifiés et les conditions d’accueil accessibles. Aujourd’hui, nous avons sept universités privées au Bénin qui sont de grands calibres.

Comment le Système LMD s’exécute dans les établissements privés ?
Vous allez suivre dans les publicités, des établissements qui disent, qu’ils donnent des Licences, des Masters et des Doctorats en telle ou telle filière. Cela ne veut pas dire qu’ils sont dans le système LMD. Pour ce qui me concerne, le système LMD est le respect de la masse horaire, le respect de la mobilité des étudiants.

Cela veut dire que si vous êtes dans un établissement X et que vous êtes en 1ère ou 2ème année et pour une raison de santé ou d’affectation de vos parents vous vous retrouver à Parakou, vous respectez les crédits horaires. Tel que ça se passe aujourd’hui, les privés ne peuvent rentrer dans le système LMD que lorsqu’ils sont en réseau. Si je prends un établissement X à Cotonou et un autre Y à Porto-Novo, les deux doivent avoir presque les mêmes filières autorisés et quelqu’un qui a commencé sa formation à Porto-Novo puisse finir à Cotonou en respectant la masse horaire.

Ce n’est pas le fait de délivrer une Licence, un Master ou un Doctorat qui permet de dire qu’on est dans le système LMD. Le Décret est en cours de signature et cela sera respecté dans le public comme dans le privé. Car il n’y a jamais deux systèmes universitaires pour un même pays. Il n’y a pas d’étudiant privé. Soit il est national ou international.

Quelle appréciation faites-vous de la problématique, diplôme du CAMES fortement récité par les établissements privés?
Le Bénin est signataire de la Convention du CAMES, entendu, le Conseil africain et malgache de l’enseignement supérieur. Donc le CAMES contrôle l’enseignement supérieur béninois. Le CAMES dit que les programmes de formation peuvent se faire homologuer à son niveau. Mais nulle part, il n’a dit que le diplôme est appelé diplôme CAMES. Il faut que l’opinion publique comprenne maintenant qu’aucun diplôme n’est appelé diplôme CAMES. C’est très faux.

Il accepte plutôt le programme de formation en garantissant de faire des contrôles pour voir le suivi des enseignements. On ne peut pas refuser à quelqu’un de faire sa publicité. Si le CAMES reconnait le diplôme, quel serait le rôle du ministère de l’enseignement supérieur ? Malgré que les gens parlent de diplômes CAMES, ils les délivrent et la fonction publique rejette. Cela se fait simplement pour la qualité de la formation et le déroulement du programme de formation dans l’établissement.

Voulez-vous dire que des étudiants fictifs se font délivrer des diplômes par l’intermédiaire des établissements privés ?
Dans sa 23ème session, c’est-à-dire la dernière, le CAMES a sorti un document pour dire que si un établissement respecte véritablement les critères, à la fin, il peut envoyer la liste des étudiants pour la délivrance des attestations. Mais ce n’est pas le cas. Alors, le CAMES n’a pas dit que si quelqu’un n’a pas le BAC, qu’il va lui délivrer la Licence. Malheureusement, des étudiants n’ont pas le BAC mais s’inscrivent dans certains établissements pour avoir la Licence.

Est-ce que le Bénin a déjà décidé de ce que les apprenants fassent l’enseignement supérieur sans le BAC ? Je ne crois pas. Les gens n’ont pas le BAC et ils ont le Master. L’Etat ne va pas reconnaitre cela même pas le CAMES. C’est justement ce pour quoi je parle de recrutement anarchique. Je dirai à travers votre canal qu’il serait inutile à tous ceux qui ont échoué au BAC de chercher à s’inscrire dans les établissements privés espérant qu’en cours de chemin, ils auront le BAC. Ça ne se passera pas comme cela. Leur diplôme à la fin de la formation ne sera pas reconnu par la fonction publique.

Les gens n’ont pas le BAC en 1ère, 2ème année de Licence et c’est en 3ème année qu’ils ont le Bac et la Licence. Ils ont perdu leur argent et doivent faire beaucoup attention. Et le conseil que j’ai à donner aux établissements qui font bien est de tout faire pour ne pas recruter des étudiants sans BAC.

C’est le BAC le premier diplôme universitaire ou un diplôme équivalent comme la CAPA pour accéder à une formation universitaire au Bénin jusqu’à preuve de contraire. Ensuite, il y a d’autres étudiants fictifs comme vous le dites, qui ont commencé une Licence dans un établissement et qui ne paient pas les promoteurs.

Et quand l’étudiant est renvoyé, il va s’inscrire dans un autre établissement en année supérieure. Mais lorsqu’il aura fini en faisant ces jeux d’école à école, on lui exigera les relevés de notes avant de reconnaitre son diplôme. Bref, la Licence ne sera pas reconnue. Il faut que les gens fassent beaucoup attention.

Est-ce à dire qu’il y a une collaboration entre la DEPES et le CAMES ?
Il y a une collaboration entre le CAMES et la DEPES. Le CAMES nous dit que le programme est bon mais qu’il nous revient de mettre les pieds dans les plats pour suivre l’exécution. Il exige que nous les contrôlions car le CAMES n’est pas sur le terrain. A cet effet, il a dit que nul n’a le droit de transmettre son programme à homologation au CAMES sans l’homologation de la DEPES, c’est-à-dire au plan national.

Le CAMES peut dire que notre homologation n’est pas bonne. Et on en est déjà arrivé car on a homologué le BTS de quelqu’un qui va présenter le DUT qui est aussi BAC+2 et s’appelle Diplôme universitaire de technologie. Mais le CAMES dit que le BTS n’est pas égale au DUT et pourtant nous on a validé.

Le partenariat entre les universités publiques et celles privées vous parait-il sans conséquence ?
Je crois que le ministre de l’enseignement supérieur, le Professeur François Abiola a déjà écrit à tous les Recteurs pour leur dire qu’il lui est revenu de constater que des partenariats sont signés avec des établissements privés. Mais cela devra passer par le ministère. Personne ne va refuser la signature des partenariats mais il ne reviendra pas aux Recteurs de délivrer des diplômes. Le partenariat va se limiter sur des échanges d’enseignants, de documents, de matériels didactiques, d’expériences au niveau des laboratoires entre les universités privées et publiques. Une université ne peut pas signer le diplôme d’un étudiant.

Enfin, quelle sera la partition des différents acteurs du système éducatif dans l’enseignement supérieur privé ?
Pour conclure, je veux donner de conseils à quatre acteurs de ce système. Il s’agit des parents, les étudiants, les enseignants et les responsables en charge des établissements. Pour les parents, je leur demande de faire beaucoup attention à cette rentrée universitaire dans l’inscription de leurs enfants dans tel ou tel établissement. Il faut prendre le soin de voir si l’établissement est autorisé, de prendre le soin de voir si la filière que l’enfant veut choisir est autorisée dans cet établissement, de voir si le programme de formation est homologué.

Aux étudiants, nous voulons dire de ne pas chercher à s’inscrire dans un établissement s’ils n’ont pas le BAC. Ils doivent aussi voir la distance de l’établissement de leur maison pour s’éviter des dépenses. En ce qui concerne les promoteurs, je les remercie au nom de l’Etat car ils font beaucoup en accompagnant l’Etat dans la gestion du flux des étudiants. Donc les privés jouent un rôle important dans la gestion de l’enseignement supérieur.

En jouant ce rôle, ils doivent éviter de recruter des étudiants qui n’ont pas le BAC. Ensuite, d’éviter de surcharger les enseignants. Bientôt si nous constatons qu’un enseignant fait un, deux, trois voire quatre établissements dans notre fichier on va totaliser sa masse horaire pour voir s’il peut faire 40 heures. Et là, des dispositions seront prises.

En plus de cela, il faut qu’il veille à prendre des enseignants qualifiés et éviter le recrutement anarchique des étudiants qui passent d’établissement en établissement sans le BAC. Il faut chercher à voir s’il a payé les frais de scolarité de l’établissement qu’il a quitté. Maintenant pour nous, c’est le contrôle qui nous concerne. Car c’est les parents qui payent et il faudra les accompagner à travers le contrôle.

Propos recueillis par Emmanuel GBETO pour l’Evénement Précis

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