Mon séjour à Cotonou ne dura que 48 heures. Un Cotonou toujours bien vivant mais meurtri par les inondations. Mais cela ne semble préoccuper pas grand monde là bas. On ne parle que politique et Lepi (Liste électorale permanente informatisée) à longueur de journée et de journaux. Le Bénin : une politisation à outrance pour seulement 8 millions d’habitants. On ne travaille plus. On ne fait que la politique.

C’est un cœur à la fois joyeux et serré qui reprend donc la route du retour pour Abidjan d’où je devais prendre mon vol. Je suis toujours avec mon frère que je doit « drop » à Accra, pour ensuite continuer seul mon chemin sur Abidjan. Echaudé par les expériences du voyage aller, j’étais bien décidé de ne pas me laisser faire lors de ce voyage retour. Et cette fois-ci, la police et les agents d’immigration n’ont pas eu raison de nous.
Nous venons de sortir du Bénin, et après avoir traversé le Togo, nous nous retrouvons à la frontière Togo-Ghana. Un policier togolais, sans vergogne, réclame 3000 FCFA à mon petit frère. Je manque de tomber à la renverse. « 3000 FCFA, mais pourquoi ? Il a tout ses papiers en règle ! Chef ce jeune est votre petit, il étudie au Ghana, quel 3000 FCFA vous voulez qu’il vous donne », dis-je d’un ton agacé et énervé, dans un vrai français de rue. Le policier esquisse un sourire jaune. Je tends la main pour récupérer le passeport. La situation ne me faisait pas sourire.
Même scénario de l’autre côté, au Ghana. Payer, toujours payer. Et toujours le même refus de ma part. Un agent d’immigration ghanéen garda mon passeport, suite à mon refus et mon entêtement. Je savais bien qu’il ne pouvait gagner la partie. J’étais planté devant lui, décidé à perdre le temps qu’il fallait, mais bien décidé à ne pas payer un seul penny. L’obstination fut productive… Mon passeport m’est remis et mon voyage a pu ainsi se poursuivre.
Cette même obstination à dire non sera encore productive en terre ivoirienne, où un gendarme, sur la route Noé-Aboisso, a cru devoir m’intimider pour pouvoir me soutirer 1000 FCFA. La scène mérite tout de même d’être à nouveau racontée. Je suis dans le véhicule, et à la suite d’un nouvel arrêt d’un gendarme. Chaque passager doit exhiber sa pièce d’identité. Le gendarme contrôleur confisque mon passeport et après avoir vérifié tous les autres passagers, me fait signe de le suivre, avec un autre passager qui a eu le « malheur » d’être burkinabé en terre ivoirienne. Je traine les pas. L’autre passager, sans doute familier avec le système, se dépêche de suivre le gendarme sous une baraque, à l’abri des regards. Il ressort assez rapidement. Sans doute a-t-il déposé le billet qui lui a été demandé, sans quoi il ne pouvait poursuivre son chemin.
En entrant sous la baraque, je constate que sont assis trois jeunes et costauds gendarmes. L’un deux, assis au milieu de ses deux autres collègues, sans ménagement, me demande de déposer 1000 FCFA. « Mais pourquoi ?», je lui demande. « Ici on ne pose pas de question », répond-t-il sèchement. Entre temps, mon passeport disparaît au fond d’un tiroir. Je reste calme et je dépose ma bouteille d’eau « Volvic » achetée au Ghana sur la table, leur table à eux. C’est le crime que je devais pas commettre. Il m’est demandé de reprendre ma bouteille et de m’éloigner. Toujours avec le même ton menaçant. Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi ces agents de sécurité sensés me mettre en confiance, parlent avec de telles menaces à quelqu’un qui n’a commis aucune infraction et qui voyage tout simplement.
C’est alors que je fais comprendre au gendarme que non seulement, mes papiers sont en règle, mais qu’en plus, je suis actuellement un employé d’une organisation internationale, et qu’il est demandé aux agents de sécurité de faciliter le déplacement du personnel de cette organisation. Le gendarme fait semblant de n’avoir rien entendu et se montre toujours aussi menaçant. Pour une seconde fois, je lui fais savoir mon statut, et je lui demande s’il tient toujours à conserver mon passeport. Sentant sous cette question, une vraie menace, c’est alors que sans répondre, le gendarme expert en intimidation, me remet illico, mon passeport que je reprends sans lui jeter le moindre regard.
Là encore, mon statut a joué en ma faveur. Qu’en est –il de ces milliers de femmes et d’hommes, citoyens lambda qui traversent quotidiennement ces routes et frontières.

La libre circulation des personnes et des biens, rien qu’un slogan ?

Ces quelques scènes de voyages ne sont qu’un aperçu parmi bien d’autres tout aussi vexantes et révoltantes. Pourtant, un protocole sur la libre circulation des personnes et des biens a été signé entre les pays de la CEDEAO en 1979. Plusieurs autres textes juridiques sont venus renforcer ce protocole, créant même une citoyenneté de la communauté ouest-africaine ! Plusieurs réunions ont été consacrées à cette question, et visiblement, les recommandations de ces meetings ne sont ni appliquées, ni suivies. Elles semblent jetées aux oubliettes juste après que les croissants, les gâteaux au four et autres cafés au chocolat ait été dégustés avec appétit par les experts de l’intégration sous-régionale. Rien, mais alors rien ne semble faire partir la détermination farouche des agents d’immigration et autres forces de sécurité à faire subir des tracasseries et des rackets de toutes sortes aux voyageurs, quelque soit leur pays. C’est comme si, il y avait finalement un crime à voyager, de passer d’un pays à l’autre.
Le pire dans cette affaire, ce sont les coûts économiques qu’engendrent ces actes de banditisme aux frontières perpétrés par des agents sensés faire respecter la réglementation, les lois et les textes. Les citoyens sont délestés d’énormes sommes qui vont dans des poches indues. Certains frais qui devaient être normalement perçues pour le compte des différents Etats n’atteignent pas leur destination initiale. Les touristes et autres hommes d’affaires, venant soit pour se reposer, soit pour profiter de la relative paix existant dans la sous région africaine, repartent dégoutés et ou/ont le cœur lourd suite à ces tracasseries qui ne se justifient aucunement. Sur le site http://www.essor.ml, en réaction à un article publié le 7 avril 2010, et intitulé « Libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO », voici un extrait de la réaction d’un internaute français: « Je suis ressortissant Français, voyageant et travaillant beaucoup en Afrique de l’Ouest pour des installations d’énergies renouvelables. Je suis toujours choqué et attristé de constater les pratiques illégales, et contraires aux objectifs d’intégration affichés par les Etats, auxquelles se livrent les innombrables fonctionnaires des douanes, de l’immigration, de la police, de la gendarmerie et même des militaires (Guinée et Guinée Bissau) lors de la multitude des «contrôles» disséminés de part et d’autre des frontières, et même loin à l’intérieur de celles-ci, pratiques consistant principalement à des fouilles interminables, des contrôles de papiers exténuants, et débouchant inévitablement sur la perception de frais ou taxes purement imaginaires ».
Existe-t-il à la CEDEAO la politique du singe qui consisterait à ne rien voir, ne rien dire, et ne rien entendre ? A quand, par exemple, des agents de surveillance internationaux postés aux postes frontaliers pour faire appliquer la réglementation ? A quand de véritables sanctions contre les auteurs de ces tracasseries ? Et dieu sait qu’il ne faut pas chercher longtemps pour les prendre la main dans le sac). Faute de réelles actions concrètes, il reste clair que la question de l’intégration et de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace ouest-africain d’abord et africain par la suite, ne resteront qu’un slogan.

Par Adam OBATOKI

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