« Il se passe des choses en Afrique… »

Economiste au Bureau Afrique du Centre de développement de l’OCDE, Jean-Philippe Stijns est l’auteur principal du chapitre concernant les perspectives économiques en Afrique 2011 (PEA) qui porte sur « L’Afrique et ses nouveaux partenaires ». Entretien.

Les Afriques : Au regard du dernier rapport PEA, quelles sont les économies africaines les plus en forme en 2011 ?

Jean-Philippe Stijns : On parle du Ghana avec une croissance de 12%, de l’Ethiopie (10%), de la RDC, du Zimbabwe, du Mozambique, de l’Angola et du Liberia…

LA : Comment voyez-vous les tendances des grands ensembles africains en 2012 ?

JPS : Il y a quelque chose de particulier à signaler. Les changements politiques en Afrique du Nord auront des conséquences majeures pour toute l’Afrique. La contribution de la région dans la croissance du continent, qui était habituellement du tiers, devrait être nulle en 2011. On peut s’attendre néanmoins à un rebond en 2012. Dans un scénario optimiste, on peut prévoir une croissance de plus de 5% en 2012 pour ces régions-là contre 0,7% en 2011. Ceci est bien évidemment conditionné par le retour de la stabilité, une bonne politique et une conjoncture internationale favorable.

« Les changements politiques en Afrique du Nord auront des conséquences majeures pour toute l’Afrique. La contribution de la région dans la croissance du continent, qui était habituellement du tiers, devrait être nulle en 2011. »

LA : L’Afrique subsaharienne, et la zone CFA notamment, seront-elles indemnes par rapport à la crise des dettes publiques en Europe ?

JPS : L’Uemoa (Union économique monétaire ouest-africaine) et son président sont en train d’exprimer certaines craintes. Ce type de soucis peut prendre plusieurs formes. Déjà, il faut remarquer que la structure des échanges entre l’Afrique et le reste du monde a évolué. Durant ces dix dernières années, les partenaires émergents de l’Afrique ont vu leurs parts passer de 23 à 39% dans les échanges entre l’Afrique et le reste du monde. La part des partenaires traditionnels (Europe, USA) reste toutefois importante (61%). Evidemment, si la conjoncture européenne devait se ralentir, et si le monde devait tomber dans une nouvelle récession, cela ne sera pas sans conséquences sur l’Afrique. L’autre zone de soucis pourrait être à la transmission mécanique de la crise. Cela pourrait être d’ordre financier, compte tenu de la présence de banques de la zone euro dans cette région de l’Afrique.

LA : La croissance actuelle de l’Afrique n’est-elle pas à relativiser compte tenu de la dépendance forte vis-à-vis des matières premières et de la faible industrialisation du continent ?

JPS : Il faut être réaliste. C’est vrai qu’une partie de la croissance de l’Afrique est liée aux matières premières. Ceci dit, d’une part il faut se réjouir que le continent bénéficie de cette envolée de matières premières (ce n’est pas automatique). Pour donner un contre-exemple l’Afrique du Sud, qui abrite une grande partie des ressources minières africaines, n’a pas profité de ce boom en l’absence d’une politique efficace. Le verre est à moitié plein. En plus, il faut dire qu’il se passe des choses en Afrique. La naissance d’une classe moyenne et l’avènement d’un secteur manufacturier (le volume des exportations de produits manufacturés en Afrique a doublé en dix ans) sont autant de signaux positifs. On a de bonnes raisons de croire que l’Afrique est en train de gravir les échelons.

LA : 54 pays, 54 frontières en Afrique. N’est-ce pas un handicap ?

JPS : Il y a des expériences intéressantes en Afrique australe et en Afrique de l’Est. Si ces pays arrivaient à concrétiser ce rapprochement en matière d’infrastructures, le bénéfice commercial et économique serait énorme pour l’Afrique.

MBF

Extrait de Lesafriques.com, le 16.10.2011

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