Editorial du 14 Octobre 2011 : Révision ? Oui, mais « Pas sans débat »

Sur le continent, presque tous les présidents qui ont révisé la Constitution pour se maintenir au pouvoir ont commencé par nier fermement que tel était leur objectif. Actuellement, le soupçon d’une manœuvre similaire pèse sur le président Boni Yayi. Malgré toutes les assurances données, malgré les interventions comme la dernière interview du médiateur de la République dans les colonnes de Jeune Afrique.
Les rumeurs sur ce que le président de la République cacherait derrière son projet de révision de la Constitution s’amplifieront au vu d’un certain nombre de considérations. Premièrement, selon les dires du professeur Maurice Ahanhanzo-Glelè (Lire son interview ici ), une équipe étrangère serait venue au Bénin pour faire un travail secret sur ce projet de révision. Deuxièmement, des Béninois n’hésitent pas à dire que, plutôt qu’une révision de l’actuelle loi fondamentale, il y a une nouvelle Constitution sous le manteau quelque part et que c’est pour cela qu’on veut refonder la République. Troisièmement, les reformes sont en train de devenir synonymes de nouvelles lois votées avec beaucoup de volontarisme et peu de débat. Ces considérations sont liées à des faits, des rumeurs et des slogans flous qui font le lit de toutes les hantises.
Selon nous, plutôt que de passer leur temps à clamer leurs bonnes intentions, les acteurs au pouvoir serviraient mieux le Bénin en soumettant leur louable ambition de réforme à la discipline du débat démocratique. Le débat qui met les faits, les concepts, les arguments et les actions à l’épreuve de la contradiction, est certes difficile et long à apprendre, mais le jeu en vaut la chandelle. Car purifiées aux feux croisés du débat contradictoire, les réformes peuvent s’enclencher comme des recherches communes de solutions aux problèmes de société. Et non plus paraître principalement comme une démarche de prise de nouvelles lois, dans une société où, malgré toutes les interdictions, les citoyens brûlent le feu rouge à la barbe des policiers et se font tuer quotidiennement par des excès de vitesse incroyables. Et ce débat, s’il n’est pas réalisable sur tous les fronts, il le faut tout au moins en ce qui concerne la révision de la Constitution.
Par conséquent, La Croix ouvre une nouvelle rubrique nommée « Pas sans débat ». Réviser la constitution, pourquoi pas ? Mais pas sans débat.

André S. QUENUM

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