Égypte : le gouvernement présente sa démission sur fond d’escalade de violence

L’avenir du gouvernement d’Essam Charaf, en Égypte, semblait toujours en suspens après qu’il eut présenté sa démission, lundi, en réaction aux affrontements meurtriers qui opposent depuis vendredi la police à des milliers de manifestants, notamment sur l’emblématique place Tahrir au Caire.

La télévision publique égyptienne, citant une source militaire, avait d’abord indiqué que le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir en Égypte, avait refusé cette démission. Mais le ministre de l’Information, Osama Haikal, a assuré par la suite qu’aucune décision n’avait encore été prise.

L’Agence France-Presse rapporte que le CSFA a appelé les diverses forces politiques du pays à se réunir d’urgence pour discuter des moyens d’apaiser ce climat d’affrontement.

Le porte-parole du gouvernement, Mohamed Hijazi, avait précisé plus tôt que le gouvernement « continuera à remplir la totalité de ses missions jusqu’à ce que la question de la démission soit tranchée » par le CSFA.

Populaire dès sa nomination en mars dernier, M. Charaf est désormais contesté en raison de la lenteur de la mise en oeuvre des réformes et du peu de pouvoir de son gouvernement face à la tutelle de l’armée.

Le ministre égyptien de la Culture, Emad Abou Ghazi, a été le premier à annoncer, plus tôt lundi, sa démission pour protester contre la réaction du gouvernement face aux violences entre manifestants et forces de l’ordre.

Le gouvernement de transition égyptien s’est réuni en urgence dimanche après-midi pour tenter de désamorcer la crise. Dans un communiqué publié par la suite, il a précisé que les forces de l’ordre n’avaient pas tiré avec des balles réelles dans la foule, et les a remerciées pour leur retenue. Des cartouches ont cependant été retrouvées par des manifestants.

Affrontements violents

Des dizaines de milliers de personnes étaient toujours présentes en début de nuit sur la place Tahrir, au Caire, où des affrontements les opposant aux forces de l’ordre ont fait de 24 à 33 morts, selon les sources, et plus de 1500 blessés depuis samedi.

La Coalition des jeunes de la révolution et le Mouvement du 6 avril demandent aux Égyptiens de venir manifester en masse mardi, à 16 h, heure locale (9 h, HNE), pour forcer l’armée à céder le pouvoir.

Les deux groupes, qui réunissent de jeunes Égyptiens de tous les horizons, exigent :

  • la démission du gouvernement du premier ministre Essam Charaf;
  • la formation d’un gouvernement de salut national;
  • une réforme du ministère de l’Intérieur;
  • une élection présidentielle en avril 2012. À l’heure actuelle, cette élection est prévue à la fin de 2012 ou au début de 2013.

Les manifestations se déroulent à une semaine des premières législatives organisées depuis la chute de l’ex-président Hosni Moubarak, contraint à la démission dans la foulée de manifestations monstres tenues place Tahrir l’hiver dernier.

À plusieurs reprises au cours de la fin de semaine, les forces de l’ordre ont tenté de disperser les manifestants, mais en vain.

Lundi encore, la police a lancé des gaz lacrymogènes sur des groupes de manifestants, qui ont répondu avec des jets de pierre. Reuters rapporte que des policiers ont notamment attaqué un hôpital de fortune situé non loin de la place Tahrir.

Dans la foulée des affrontements, la Bourse du Caire a chuté de 4 % lundi matin.

L’ONU et les États-Unis appellent à la retenue

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé lundi aux autorités égyptiennes de « garantir la protection des droits de l’homme » à tous les Égyptiens. Il a aussi exhorté toutes les parties au calme pour favoriser des élections « pacifiques et participatives ».

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit de réunion et d’association pacifiques, Maina Kiai, presse le gouvernement égyptien de mettre un terme aux violences. « Les autorités égyptiennes doivent cesser d’utiliser la violence et d’entreprendre immédiatement un dialogue national authentique avec tous les groupes de la société. Une enquête indépendante doit être immédiatement entreprise pour établir la cause des morts et l’escalade de la violence », a-t-il déclaré lundi.

De leur côté, les États-Unis se sont dits « profondément inquiets » au sujet des nouvelles violences en Égypte, appelant à « la retenue » et souhaitant la poursuite de la transition démocratique.

Le porte-parole de la Maison-Blanche a indiqué qu’il était « important que l’Égypte continue à progresser » vers une transition démocratique.

Des manifestations en cours depuis vendredi

Des Égyptiens se rassemblent depuis vendredi place Tahrir pour réclamer que le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, accélère la transition du pouvoir vers un gouvernement civil.

Les manifestations de la fin de semaine, les plus violentes depuis la chute d’Hosni Moubarak, ont été d’abord organisées par des islamistes. Ces derniers dénoncent le fait que la Constitution a été décidée par le CSFA et qu’elle place les activités de l’armée à l’abri du regard des parlementaires.

Ils ont depuis été rejoints par ces mêmes jeunes qui ont été à l’avant-scène du mouvement de contestation contre Hosni Moubarak, dont ceux du Mouvement du 6 avril. Ces derniers réclament une élection présidentielle dès le mois d’avril et la constitution d’un gouvernement de salut national.

Le CSFA a répété que les élections législatives auront bien lieu le 28 novembre prochain. L’assemblée qui sera issue de ce vote désignera une commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Une élection présidentielle sera organisée par la suite.

Radio-Canada.ca avecAgence France Presse et Reuters

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