Affaire du Carlton : la garde à vue de DSK prolongée

L’ancien patron du FMI va passer la nuit en garde à vue. Il est entendu depuis mardi matin à Lille pour complicité de proxénétisme et recel d’abus de biens sociaux.

La garde à vue avait été bien balisée. «Elle se déroule dans un climat détendu, serein. Dominique Strauss-Kahn a manifestement la volonté de s’expliquer. À son côté, son avocate, Me Frédérique Beaulieu, fait bien son métier», confiait mardi soir une source proche de l’enquête.

Comme les pronostics l’annonçaient dès ce week-end, cette garde à vue a été prolongée mardi soir et se terminer en principe dans l’après-midi mercredi. La perspective de passer une nuit dans la caserne de la gendarmerie de Lille où il était présent depuis neuf heures du matin n’a donc pas dû surprendre outre mesure l’ancien ministre. Il y a un an, DSK, alors patron du FMI à Washington, faisait escale en France. Une étape considérée comme un tremplin à son lancement dans la campagne présidentielle…

Mardi soir, une cellule de cette caserne fraîchement rénovée du centre-ville, dotée «de toilettes à la turque et d’un matelas mousse», précise La Voix du Nord, lui était donc réservée. Dès son arrivée dans cette vaste bâtisse en briques rouges, l’ancien ministre a d’abord été soumis aux formalités d’usage avant de se voir notifier une garde à vue pour «complicité de proxénétisme aggravé en bande organisée» et «recel d’abus de biens sociaux». Pendant toute sa durée, DSK est placé sous la surveillance constante d’un policier mais n’est pas menotté. La matinée ayant été occupée par ces formalités, les questions de fond n’ont été abordées que l’après-midi.

«Je n’ai jamais rien fait d’illégal»
Elles avaient été soigneusement délimitées et les enquêteurs largement «briefés» par les juges d’instruction. Ils appartiennent à la Direction interrégionale de la police judiciaire et ont été rejoints par des collègues de l’Inspection générale de la police nationale, chargés du volet dit «policier» de l’affaire. Il concerne les relations qu’entretenait DSK avec deux patrons de la police locale, et notamment le commissaire Jean-Christophe Lagarde, mis en examen dans le dossier.

Mais ce sont d’abord les soupçons de complicité de proxénétisme qui ont nourri les questions mardi après-midi. Avec toute la complexité attachée à cette qualification, comme le notent les juristes. Diverses versions s’affrontent. Celle de l’ancien favori du PS pour la présidentielle dont les proches répètent qu’il ne savait pas que les jeunes femmes présentes lors des parties fines étaient des prostituées. Tel Me Henri Leclerc, l’un de ses avocats, déclarant en décembre que son client «pouvait parfaitement ignorer» le caractère vénal de ces soirées. Ou encore Michel Taubmann qui, dans Affaire DSK: la contre-enquête (Éd. du Moment) paru fin 2011, rapportait les propos de DSK – «Je n’ai jamais rien fait d’illégal. La prostitution, le proxénétisme, je les ai en horreur».

Les organisateurs présumés du réseau, par ailleurs responsables de société, Fabrice Paszkowski et David Roquet, ont confirmé sur PV avoir dissimulé la réalité de ces prestations dûment tarifées à leur ami de Washington. Reste les témoignages des prostituées, qui divergent. Certaines jurent que les rencontres étaient présentées comme des rendez-vous libertins, sans contrepartie financière. D’autres assurent que leur rémunération était une évidence pour les participants.

Les possibles contreparties
Le fait d’avoir su que les jeunes femmes étaient payées ne caractériserait pas pour autant la complicité de proxénétisme qui suppose de démontrer que DSK a favorisé l’activité du réseau, «par exemple en lui apportant de nouveaux clients, en lui ouvrant de nouveaux marchés», note un magistrat.

Les autres questions portent sur l’éventuel recel d’abus de biens sociaux – les soirées ou voyages à Paris et Washington étaient facturés aux sociétés de Roquet et Paszkowski – mais aussi, plus largement, sur les possibles contreparties qu’auraient pu attendre les deux entrepreneurs de leur proximité avec le favori des sondages et poids lourd du PS. «Les juges cherchent aussi du côté du trafic d’influence et de la corruption», prévient un avocat qui connaît le dossier.

L’actualité lilloise a donné lieu mardi à quelques escarmouches dont cette «sortie» de Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de Nicolas Sarkozy: «Il y aura peut-être au terme de la garde à vue de Dominique Strauss-Kahn des informations intéressantes sur les pratiques des fédérations socialistes du Nord et du Pas-de-Calais.»

Un impact sur la procédure civile aux États-Unis
Une mise en cause de DSK à Lille nourrirait évidemment le dossier des avocats de Nafissatou Diallo à New York. Elle contribuerait à alourdir le profil d’un homme que les conseils de la femme de chambre du Sofitel présentent comme un «sex-addict», violent envers les femmes. La défense de la Guinéenne, qui a engagé une procédure civile devant le tribunal du Bronx, assure déjà disposer «des témoignages de plusieurs femmes qui accepteront de déposer aux États-Unis», selon Me Thibault de Montbrial, le «relais» des avocats américains à Paris. Parmi celles-ci, certaines seraient liées au passé de l’ancien homme politique à Sarcelles (Val-d’Oise) dont il fut député maire.

Le juge du Bronx doit convoquer prochainement les avocats des deux parties pour une audience qui portera notamment sur la question de l’immunité diplomatique soulevée par les avocats de l’ex-patron du FMI. La bataille de procédure, engagée en août, avant l’abandon des charges pénales par le procureur Vance, est longue et coûteuse. D’où l’importance de tout avantage psychologique qu’un camp peut prendre sur son adversaire. Mardi, leNew York Times rendait compte brièvement de la convocation de DSK à Lille.

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