Wade, seul contre le Sénégal

Un seul comportement caractérise en ce moment les leaders politiques sénégalais : c’est l’obstination. Dans la fièvre électorale qui s’est emparée du pays, deux positions antagonistes et constantes s’expriment depuis bien longtemps. L’élection présidentielle du 26 février prochain va mettre aux prises quatorze candidats un peu comme réduits à deux. Seul contre tous, Abdoulaye Wade, le président sortant, brigue un troisième mandat dont tous les autres candidats, en un seul bloc, lui dénient le droit. Chaque camp oppose à l’autre son interprétation de la Constitution, avec un léger avantage pour le vieux président sortant de 85 ans : le Conseil constitutionnel, juge du contentieux électoral, a validé sa candidature.

Ce qui pour le président sortant est au-dessus de l’éthique et la sagesse qui commandent de s’en tenir, d’une part à l’esprit de la loi fondamentale sénégalaise limitant le nombre de mandats présidentiels à deux, et d’autre part de se retirer de la scène politique quand on est avancé en âge.

Si Abdoulaye Wade s’obstine donc à rester seulement président de la république sénégalaise pour plus de deux mandats et au-delà de 85 ans, quoi que cela coûte, la réplique non plus n’est pas plurielle.

Alors que la stratégie aurait pu être pour ses opposants de rechercher l’éviction du vieux dans les urnes, ils ne voient pas d’autres alternatives que le retrait pur et simple de sa candidature. Il se laisse même dire dans leurs rangs que les dés sont pipés et que la participation de Wade à l’élection est synonyme de sa victoire. La conséquence s’observe alors sous deux aspects : une campagne électorale sans aucune confrontation des projets de sociétés et ponctuée de manifestations de rue violemment réprimées par les forces de sécurité publique. Et comme s’il ne fallait pas s’en tenir aux morts isolées, quoique condamnables, la répression policière s’est désormais invitée dans des lieux de culte. En somme, la mouvance à Wade tient au troisième mandat et réprime les manifestations ; les opposants, eux, contestent simplement sa candidature et investissent les rues.

La suite très probable de ce bras de fer sénégalais est qu’au lendemain du scrutin, il se proclame la victoire du président sortant, non forcément parce que les dés sont pipés et que l’élection sera truquée, mais surtout parce que les vis-à-vis d’Abdoulaye Wade, abonnés à la contestation, n’auront pas proposé d’alternative de développement, parce que le vieux, lui, aura disposé des moyens d’Etat pour dominer la campagne et pour acheter le soutien des chapelles religieuses et des leaders locaux. En face, la réaction tout aussi très probable, sera la radicalisation de la contestation. Il ne risque pas de se passe autrement, au regard du temps que dure la revendication de l’Opposition sénégalaise : depuis bientôt un an en effet, celle-ci s’était déjà liguée contre le fameux ticket présidentiel qui assurerait aisément le maintien au pouvoir à Wade et à ce jour, la position n’a pas varié. L’évidence dans un tel schéma, ce sera la poursuite de la répression. Et alors, le retour à la paix n’aura de solution que la fin du vieux président.

Ce qui se profile à l’horizon pour le Sénégal, c’est donc un schéma pas trop loin de celui observé en Egypte il y a maintenant plus d’un an. Tant qu’Abdoulaye Wade n’aura pas » dégagé «, comme l’y invitent ses opposants, ni le pays, ni lui-même n’aura la paix. Autrement dit, seul lui détient la clé du salut sénégalais. Avec deux portes de sorties possibles : un retrait tout sage et responsable et maintenant, pour offrir au Sénégal une alternance correcte au lendemain de la prochaine élection présidentielle ; ou bien une sortie sous contrainte, dans le meilleur des cas à la Moubarak ou à la Ben Ali ou à la Gbagbo, dans le pis des cas, à la Kadhafi. Sauf si lui qui fut le premier président africain à aller à Benghazi inviter le défunt guide libyen à dégager, veut bien connaître l’ironie du sort.

Olivier Assinou Quotidien Adjinakou

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