La Chine conditionne son aide à l’Europe

Restée jusqu’à maintenant évasive sur l’éventuelle aide qu’elle pourrait apporter à l’Europepour résoudre sa crise de la dette, la Chine commence à poser ses conditions. Jeudi, le ministère du Commerce chinois a vivement condamné les récentes enquêtes antidumping lancées par l’Union européenne à son encontre, laissant entendre que leur maintien pourrait compromettre toute aide de la Chine au Vieux Continent.

«Alors que l’économie mondiale n’est toujours pas sortie de la crise financière, que plusieurs pays européens sont enfoncés dans la crise de la dette souveraine, tous les pays devraient adopter une attitude coopérative, ouverte et tolérante pour surmonter ensemble cette crise», a-t-il affirmé sur son site Internet, avant d’ajouter: «L’enquête antisubvention européenne envoie au monde extérieur un mauvais signal protectionniste qui (..) nuit aux efforts conjoints sino-européens pour répondre à la crise.»

L’Union européenne a ouvert une enquête antisubvention sur certains aciers revêtus de matière organique venant de Chine, s’ajoutant à une enquête antidumping lancée le 21 décembre dernier sur les importations de ces mêmes produits. Des procédures déclenchées par la plainte d’Eurofer, qui représente plus de 70% des producteurs européens des produits concernés. Selon le site Internet de la Commission européenne, ces producteurs estiment que leurs concurrents chinois bénéficient de subventions sous forme d’exemptions de taxes et d’achats effectués par le gouvernement chinois au-dessus du prix du marché.

Pékin réclame son statut d’«économie de marché»

«Les professionnels chinois du secteur ont exprimé leur vif mécontentement face à ces enquêtes qui contreviennent aux règlements de l’OMC», affirme en réponse le ministère chinois qui indique qu’il «suivra avec grande attention le développement de cette affaire».

Lors du 14e sommet sino-européen qui s’est tenu la semaine dernière à Pékin, le premier ministre, Jibao avait affirmé son soutien à l’intégration européenne et à l’euro tout en promettant de s’impliquer davantage pour trouver une solution à la crise de la dette. «La Chine continuera à investir dans des obligations d’État, tout en s’assurant de leur sécurité, de leur liquidité et de l’appréciation de leur valeur», avait assuré, quant à lui, le président de la Banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, avant de soutenir que son pays allait «s’impliquer davantage pour trouver une solution à la crise de la dette en Europe à travers différents canaux comme le FMI, le Fonds européen de stabilité financière puis le Mécanisme européen de stabilité».

À cette occasion, Pékin avait réémis le souhait que l’Union européenne lui reconnaisse le statut d’«économie de marché», sans attendre 2016, date à laquelle ce statut lui sera octroyé en vertu de l’accord d’adhésion de la Chine à l’OMC.

«Lorsqu’un pays n’est pas sous statut d’économie de marché, l’Union européenne peut imposer des droits antidumping très élevés avec très peu de preuves», explique Patrick Messerlin, directeur du Groupe d’économie mondiale (GEM).

Cécile de La Guérivière (Le Figaro)

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