La fièvre  anti-américaine monte  en Afghanistan

La colère provoquée par l’incinération de plusieurs corans par des militaires américains en Afghanistan, il y a une semaine, a dégénéré ce week-end en une inquiétante crise géo stratégique. Alimentée par un anti-américanisme sans précédent, elle remet en cause le scénario de sortie du conflit afghan, laborieusement élaboré par les capitales occidentales. Elle jette aussi une ombre sur la stabilité à venir de l’Afghanistan, lorsque les forces étrangères auront quitté le pays. Un départ prévu pour 2014, mais dont nul ne sait désormais s’il ne devra pas être avancé.

Après le meurtre de deux officiers américains, froidement abattus, samedi, au ministère de l’Intérieur de Kaboul, l’un des lieux les plus sécurisés de la capitale, le commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, le général John Allen, a ordonné «le retrait de tous les personnels de l’Otan» travaillant dans des ministères afghans. Ces «conseillers», qui œuvrent au cœur même de l’administration afghane, jouent un rôle crucial. Ils servent de lien entre l’appareil administratif afghan et l’Isaf, la force de l’Otan en Afghanistan.

Les deux Américains, dont un colonel, ont reçu une balle dans la nuque alors qu’ils étaient assis à leur table de travail. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Sediq Sediqqi, a indiqué qu’«ils avaient été découverts gisant à terre par d’autres collègues étrangers». Ils auraient été victimes d’un policier des services de renseignements, un certain Abdul Saboor, âgé de 25 ans. Présenté par les talibans comme un «homme à eux», il a réussi à quitter les lieux du crime. Il aurait été infiltré, comme des centaines d’autres, au sein de l’armée et de l’administration afghanes, où ils côtoient des soldats étrangers. «Abdul a agi en réaction au manque de respect des envahisseurs pour les objets sacrés de l’islam», dont l’incinération des corans, ont fait savoir les rebelles.

Pour le porte-parole de l’Isaf, le brigadier général Carsten Jacobson, la relation de cause à effet n’est pas établie. Non sans raison. La tactique du «green on blue», le vert sur le bleu, expression employée par les militaires occidentaux lorsque des soldats afghans retournent leurs armes contre eux, n’a pas attendu l’incinération des corans pour devenir de plus en plus courante.

Fin janvier, quatre militaires français avaient été tués par un soldat afghan alors qu’ils faisaient leur jogging sur la base de Gwan, dans la province de Kapissa (nord-est de Kaboul). «Le virus de l’infiltration s’est répandu comme un cancer et il doit être opéré. Tenter de le guérir n’a pas suffi», a déclaré à la BBC un général afghan.

Après le meurtre des deux Américains et près d’une semaine de manifestations sanglantes, le président afghan Hamid Karzaï s’est enfin décidé à appeler la population au calme. Il est intervenu dimanche à la télévision, où il a déploré leur assassinat et demandé dans le même temps que ceux qui ont brûlé les corans, lundi dernier, soient punis.

Marie-France Calle (Le Figaro)

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