Marée noire : BP espère un règlement à l’amiable

Le procès de la catastrophe de la plate-forme «Deep Water» et de l’immense marée noire qui s’est ensuivie, est reporté au 5 mars.

In extremis, la justice américaine a accordé dimanche en fin de journée, un sursis à BP. Le procès du géant pétrolier qui devait s’ouvrir ce lundi à La Nouvelle-Orléans, a été reporté au 5 mars. Objectif: prolonger les discussions et tenter d’arracher un règlement à l’amiable. A défaut, c’est l’une des batailles les plus homériques de son histoire centenaire qyui attend BP .

Souvenons-nous: avril 2010. La plate-forme pétrolière Deep Water Horizon, exploitée par la major britannique, explose dans le golfe du Mexique, causant la mort de 11 ouvriers et déclenchant la pire marée noire de l’histoire. Pendant 87 jours, quelque 4,1 millions de barils de brut se déversent dans les eaux du golfe, paralysant l’industrie de la pêche et le tourisme, et mettant en péril l’équilibre écologique du bayou de Louisiane et des plages d’Alabama. C’est à grand-peine que BP et son partenaire Transocean, propriétaire de la plate-forme de forage, parviendront à sceller les trous béants du puits et arrêter l’hémorragie d’or noir, sous les yeux stupéfiés d’une Amérique qui suit la catastrophe en direct sur ses écrans.

L’industrie pétrolière de nouveau plébiscitée

À l’époque, la pression politique et médiatique est énorme. BP, alors dirigée par Tony Hayward, et ses deux partenaires Transocean et Halliburton (entreprise chargée du cimentage de la plate-forme) sont mis en accusation par le gouvernement fédéral, qui ouvre une vaste discussion sur la pertinence des forages pétroliers en eaux profondes, dont le président décide le gel provisoire. On dénonce aussi les failles des inspections de l’agence fédérale chargée de contrôler la sécurité des plates-formes. À la lumière de la catastrophe, les projets de révolution verte du président semblent avoir le vent en poupe… Deux ans plus tard, le contexte a bien changé en Amérique, où l’industrie pétrolière est à nouveau perçue comme l’indispensable moteur de la reprise économique, et les projets sur les énergies alternatives moqués par les républicains en campagne. Big Oil a de nouveau le vent en poupe.

Mais la bataille de La Nouvelle-Orléans n’en sera pas moins acharnée entre la compagnie pétrolière BP et les plaignants. Sur le banc des accusés figurent la compagnie BP, le propriétaire de la plate-forme de forage Transocean et Halliburton, qui ont également porté plainte les unes contre les autres pour manquements à leurs engagements contractuels respectifs. Les plaignants consistent en une alliance qui va du gouvernement fédéral aux États de Louisiane et d’Alabama, en passant par des dizaines de milliers de pêcheurs et hôteliers et autres individus ou entreprises frappés par la marée noire. Les pêcheurs d’huîtres et de crevettes affirment que celles-ci restent rares et estiment qu’ils devront attendre 2017 pour revenir au niveau ante.

L’une des grandes questions sera de savoir si le juge Barbier, en charge du procès, donnera raison au gouvernement fédéral, qui a accusé BP de «négligence majeure», ce que nie la compagnie. La chronique d’erreurs de jugement et de dysfonctionnements en chaîne, qui a mené à la catastrophe, rendrait le procès «très favorable aux plaignants», à en croire le juriste Blaine Lecesne, de l’Université Loyola de Louisiane. BP insiste pourtant pour dire qu’il n’y a pas eu de «négligence majeure» et «affirme qu’aucune action, personne ou partie n’est la cause de l’explosion, plutôt une chaîne de circonstances dans laquelle tous portent une part de responsabilité», selon leWall Street Journalqui a eu accès aux arguments des parties.

Règlement à l’amiable?

Ce week-end, les experts du dossier continuaient de croire à un règlement à l’amiable, négocié depuis des jours par des phalanges d’avocats installés dans de grands hôtels de La Nouvelle-Orléans. Tous sont d’accord pour dire que BP n’a aucun intérêt à un long procès – un cauchemar en termes de relations publiques. Mais les négociations butent sur le chiffre des indemnités que le géant est prêt à payer. Selon certains analystes financiers, il oscillerait entre 15 et 30 milliards de dollars, un coût qui ne tient pas compte des actions au pénal qui pourraient ajouter plusieurs milliards à la facture… Le géant pétrolier a déjà déboursé 8 milliards en indemnisations et 14 milliards en nettoyage de la catastrophe. «Nous nous préparons à un règlement à l’amiable, si nous pouvons le faire selon des termes raisonnables et équitables. Mais si cela n’est pas possible, nous nous préparons vigoureusement pour le procès», a dit Robert Dudley, le patron de BP.

Laure Mandeville (Le Figaro)

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