Référendum sur fond de guerre en Syrie

Ni suspense électoral, ni changement radical attendu. Alors que dimanche la télévision d’État syrienne diffusait en boucle des images de bureaux de vote remplis d’électeurs «enthousiastes», l’opposition au régime a ouvertement appelé au boycott du référendum sur la Constitution.

«À quoi bon voter? C’est une vraie mascarade!», s’insurge Abou Mo’ez, un habitant de Damas contacté par Skype. «Comme d’habitude, on a eu droit aux éternels clowns dans les rues qui hurlaient leur amour de Bachar el-Assad. Mais la réalité, celle que ne montre pas la propagande, ce sont toutes ces manifestations de contestation qui ont eu lieu en même temps dans certains quartiers comme al-Midan, Barzah, al-Qadam…», poursuit ce militant anti-régime, employé d’une entreprise privée.

Des dispositions prévues pour prendre effet en 2014

Le nouveau texte de loi, sur lequel étaient appelés à se prononcer 14 millions de votants, supprime l’article 8 de la Constitution de 1973 – qui stipule que le parti Baas est le «dirigeant de l’État et de la société» – et le remplace par une disposition instaurant le «pluralisme politique». Mais, pour l’opposition, il s’agit d’un projet de «démocratie en trompe-l’œil» puisque le président garde la majorité des pouvoirs. Ce dernier choisit le premier ministre indépendamment de la majorité parlementaire et peut, dans certains cas, rejeter des lois.

Quant à l’article 88, s’il prévoit que le chef d’État ne puisse être élu que pour deux septennats, il est quasiment annulé par l’article 155 qui précise que ces dispositions ne s’appliqueront qu’à partir de la prochaine présidentielle de 2014. «En d’autres termes, Assad peut donc rester à la tête du pays pour seize ans! Ce qui lui laissera suffisamment de temps pour anéantir tous ses opposants…», s’emporte, au téléphone, Milad, un autre dissident syrien.

Au moins 7.600 victimes

Entre les lignes, il fait référence à la brutalité du régime, qui a fait au moins 7.600 victimes depuis le début du soulèvement et qui s’obstine à bombarder Homs, le fief de l’insurrection. Là-bas, au moment même où s’ouvraient les bureaux de vote, plusieurs obus s’abattaient à nouveau sur le quartier de Bab Amro, l’épicentre de la contestation. «Ça fait plus de trois semaines que les bombes nous tombent sur la tête.

La nuit, les tireurs embusqués rodent sur les toits. Personne n’ose sortir de chez soi dans ces conditions. Dehors, les rues sont jonchées de voitures calcinées. Les victimes meurent sous les décombres des maisons. Nous avons faim, soif, la gorge asséchée par la fumée des bombes…», raconte, via une mauvaise liaison, l’activiste syrien Abu Bakr. Sur une vidéo mise en ligne par l’opposition, des militants de Bab Amro font écho à son cri de désespoir. «Voilà la nouvelle Constitution! Celui qui demande la liberté est bombardé par les roquettes», lancent-ils.

Évacuation reportée

C’est dans ce quartier que sont toujours bloqués avec deux de leurs confrères la journaliste française Édith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy, tous deux blessés dans le bombardement, mercredi, du centre de presse tenu par les militants anti-régime – attaque qui a coûté la vie à la journaliste américaine Marie Colvin et au photographe français Rémi Ochlik.

Dimanche soir, après de longues heures de négociations entre les autorités syriennes, l’opposition, le CICR et le Croissant-Rouge, leur évacuation a une fois de plus été reportée. «Nous continuons à travailler d’arrache-pied», a précisé un peu plus tôt dans la journée le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, en s’inquiétant du sort de notre consœur blessée. «Tout est mis en œuvre pour qu’elle puisse rentrer, cela devient médicalement urgent», a-t-il ajouté.

Delphine Minoui (Le Figaro)

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