Bruxelles somme l’Espagne de s’expliquer sur son déficit

La Commission européenne s’alarme du dérapage du déficit public de l’Espagne, qui a atteint 8,51% du PIB en 2011 – loin de l’objectif initial que s’était assigné Madrid -, et exclut toute souplesse pour 2012 et 2013.

Le chiffre officiel est pire que prévu. Le déficit public de l’Espagne a atteint 8,51% du PIB en 2011, selon le ministre des Finances, Cristobal Montoro. L’écart est considérable par rapport à l’objectif de 6% que s’était assigné Madrid. La Commission européenne n’a pas tardé à réagir. Bruxelles a rappelé mardi au gouvernement conservateur espagnol son engagement à réduire le déficit public de l’Espagne à 3% du PIB en 2013 et a exclu toute souplesse malgré les difficultés.

«Le gouvernement espagnol a pris l’engagement auprès de la Commission et de ses seize partenaires de la zone euro de réduire le déficit public à 3% du PIB en 2013», a rappelé Olivier Bailly, porte-parole en exercice de la Commission. «Nous n’avons jamais assoupli les règles fixées pour atteindre les objectifs fixés», a-t-il ajouté.

Le gouvernement dirigé par le conservateur Mariano Rajoy, qui avait averti dès sa prise de fonction en décembre dernier qu’il s’attendait à un déficit de 8% – rejetant la faute sur l’exécutif sortant, celui du socialiste José Luis Rodríguez Zapatero -, ne peut donc espérer aucune concession de la part de la Commission.

«Les autorités espagnoles doivent nous présenter dans les semaines à venir un projet de budget pour 2012», a souligné Olivier Bailly. «Nous savons que les deux objectifs de déficit à 4,4% du PIB en 2012 et 3% en 2013 vont être difficiles à réaliser pour l’économie espagnole, pour le gouvernement espagnol et pour les Espagnols eux-mêmes», a admis le porte-parole de la Commission. «Mais il y a des règles et elles doivent être respectées», a-t-il martelé.

30 milliards d’euros à trouver d’ici décembre

L’objectif de ramener, dès cette année, le déficit public à 4,4% du PIB est pourtant considéré comme irréaliste par la plupart des observateurs. «Ce sera très difficile, juge Juan Carlos Martínez Lázaro, économiste à l’IE Business School. Principalement à cause des perspectives de croissance». La Commission européenne estime que le PIB espagnol se contractera de 1% en 2012.

Pour faire passer le déficit de 8,51% à 4,4%, le gouvernement conservateur devrait économiser quelque 45 milliards d’euros. Les premières mesures adoptées par l’exécutif ont permis de rogner 15 milliards d’euros: 9 milliards en réductions de dépenses et 6 milliards en hausses d’impôts. Restent donc 30 milliards à trouver d’ici décembre.

Les réductions substantielles seront nécessairement douloureuses. Elles concernent en premier lieu les régions, responsables des deux tiers du dérapage en 2011. Or ces dernières gèrent les postes les plus sensibles: l’éducation et la santé, notamment. «Il va falloir chercher de nouvelles voies de financement», avertit Martínez Lázaro. Le copago, un ticket modérateur lors des consultations médicales, est déjà implanté en Catalogne. Il pourrait être appliqué dans de nombreuses autres communautés autonomes.

Reste enfin la possibilité d’augmenter la TVA… quitte à revenir, une fois encore, sur un engagement électoral de Rajoy. «Si Bruxelles ne révise pas l’objectif de déficit, Madrid devra nécessairement augmenter la TVA», estime le professeur Martínez Lázaro. Mais la Commission a averti: «Nous avons besoin de toute l’information sur le budget 2012», a déclaré lundi le commissaire à l’Économie, Olli Rehn. Madrid comptait au contraire attendre les indications de Bruxelles avant de présenter son budget fin mars.

Mathieu de Taillac (Le Figaro)

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