Editorial:Les dividendes de l’UA

Le Bénin a déjà commencé à récolter les bénéfices de sa promotion récente à la tête de l’Union Africaine. En fin de semaine dernière, la visite très médiatique du ministre français des affaires étrangères aura montré très clairement que Cotonou est devenu un axe stratégique dans l’agenda des grandes puissances. Alain Juppé n’a pas fait une simple formalité en venant chez nous. Il sait que la présidence de l’Union, bien que dépouillée de son bras exécutif qu’est la Commission, a son mot à dire dans les grandes questions qui agitent la diplomatie mondiale.
La participation du ministre des affaires étrangères au G20 de Mexico en est un signe tangible. Nassirou Arifari-Bako représentait non pas seulement le Bénin mais aussi le Président en exercice de l’UA et par-delà toute l’Afrique. Parler au nom du continent à ce grand rendez-vous des pays les plus industrialisés du monde revêt un puissant symbole pour tout Etat, en tout cas pour le nôtre. Il ne s’agit pas seulement de gloser autour de la rhétorique de la prise en compte de l’Afrique dans les grandes instances de prise de décision.
Il est question de viser plutôt une participation qualitative de la délégation africaine à ces grands foras mondiaux.
Et c’est là où les limites du symbolisme réducteur (mensonger à vrai dire) d’une Afrique invitée à dîner à la table des grands mais rigoureusement minée par la pauvreté et l’insécurité, tombe en lambeaux.

Néanmoins, et c’est là où la valeur du symbole pèse plus que nos pauvres loques d’Etat en mal de développement, néanmoins donc, l’Afrique a réussi à imposer la prise en compte de son identité propre par les grandes puissances. Demain, les historiens diront si sa voix fut prépondérante pour sauver le monde…
Mais l’heure est grave. Les chantiers qui attendent sont immenses et il faut réellement se rendre à l’évidence que la présidence de l’Union ne sera nullement une sinécure. Ce qui attend d’abord, c’est le front sécuritaire. Là-dessus, les récents soubresauts du front nord au Mali avec la montée en puissance de l’irrédentisme Touareg, ne laissent pas d’inquiéter. Sur les cendres de la crise libyenne, ce front qui s’allume soudain est une menace pour toute la sous-région, du fait de la circulation d’un nombre impressionnant d’armes de guerre aux mains de gens qui sont nourris d’intentions crypto-islamistes et revanchards.
En ligne de mire, il y a la création ou non nom d’une république touarègue, celle de l’Azawad, leitmotiv belliqueux dont le chiffon rouge est agité depuis des lustres par le MLNA. Comment donc venir à bout de ces groupuscules mobiles et surarmés prêts à tout pour arracher une indépendance rêvée ? Après les avoir qualifiés pendant longtemps de groupes de bandits, Bamako est bien obligé maintenant d’envisager une réponse globale voire régionale à une crise qui vient jouer les trouble-fêtes dans le contexte électoral d’aujourd’hui. L’Union ne pourrait qu’apporter une médiation efficace dans ce contexte relativement trouble.
En dehors de ce chantier, il y a la plaie somalienne. Démantelée entre bandes rivales depuis deux décennies, la Somalie est devenue un territoire avancé d’Al Qaida qui en fait une zone de résistance au monde occidental. Les Shebab, milice islamiste proche de Ben Laden, sont aujourd’hui une source potentielle de déstabilisation pour toute la corne de l’Afrique. La présence des troupes kényanes, tanzaniennes et ougandaises sur ce territoire mille fois déchiqueté, marque un tournant dans la crise.
L’Union africaine est désormais engagée dans la guerre, une guerre qui est d’abord un défi pour les différentes troupes coalisées sur le théâtre des opérations. Les armées d’Afrique orientale ne sont pas réputées pour leur cordialité réciproque…C’est enfin un énorme challenge pour l’Afrique, elle qui a toujours réclamé de régler ses problèmes par elle-même. Réussira-t-elle enfin à vaincre les démons de la guerre qui se sont déchaînés dans cette partie du continent depuis la mort de Syad Barré en 1989 ? Wait and see.
Last but not the least, la guerre qui se prépare entre Israël et son ennemi iranien. Les préparatifs avancés d’un affrontement jugé imminent par tous les think tanks montrent le rôle prépondérant de la diplomatie qui doit jouer son va-tout pour éviter le pire. L’UA aura son mot à dire et sera plus que jamais sollicitée par les différentes parties. Le Bénin, pour une fois, aura alors voix au chapitre : il parlera au nom de toute l’Afrique !!!

Olivier ALLOCHEME Quotidien L’Evénement Précis

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