Cancers du sein : la génétique à la rescousse

Si l’on découvre encore 53.000 cancers du sein chaque année – un chiffre à peu près stable depuis 2006 -, la mortalité recule en moyenne de 1,3% par an. «Il y a encore quelques années, la stratégie était de “frapper” fort. Aujourd’hui, on cherche plutôt à s’en tenir au strict nécessaire. C’est possible grâce à une meilleure connaissance du profil génétique des tumeurs et donc de leur niveau d’agressivité, un domaine en plein essor», explique le Pr Marc Espié, directeur du Centre des maladies du sein (hôpital Saint-Louis, Paris).

Un exemple: des chercheurs français de l’Inserm 735 (laboratoire d’oncogénétique de l’Institut Curie) viennent de montrer que pour se séparer du cancer initial, les cellules cancéreuses devaient subir des mutations. Elles se mettent par exemple à exprimer un gène baptisé «Kindlin-», qui commande la fabrication d’une protéine du même nom capable de «décoller» les cellules tumorales en quête d’évasion: un préalable indispensable à leur départ vers le poumon.

Ainsi, un taux anormalement élevé de protéine Kindlin-1 au cœur du cancer du sein primitif est associé à un risque accru de métastase pulmonaire. Le dosage de ce marqueur est donc un bon moyen d’apprécier le niveau de risque de métastase pulmonaire avant même que cette dernière ne se forme. Et la bonne nouvelle, c’est que des marqueurs capables d’apporter des renseignements aussi précieux sont nombreux: «Certains sont découverts, d’autres en passe de l’être, de sorte que les tumeurs du sein pourraient dévoiler leurs profils génétiques dans les cinq à dix ans à venir», précise le Pr Espié.

Recherche de traitements

Ces progrès dans la distinction entre tumeurs un peu, beaucoup ou pas du tout agressives ont des répercussions thérapeutiques. «Devant un cancer de moins de trois centimètres jugé peu agressif, on ne retire plus que le premier ganglion susceptible d’être atteint et non toute la chaîne ganglionnaire. On limite ainsi les risques de douleur et d’œdème du bras (lymphœdème) en post-opératoire, poursuit le Pr Espié. Les Américains vont même encore plus loin en proposant cette chirurgie la plus conservatrice possible, pour des tumeurs allant jusqu’à 5 centimètres.»

Même «désescalade» thérapeutique avec la radiothérapie où l’on propose désormais à des femmes de plus de 65 ans ayant une tumeur de moins de deux centimètres et de bons pronostics de réaliser la radiothérapie en une seule séance pendant l’intervention chirurgicale, à la place de plusieurs séances en post-chirurgie. «Aux États-Unis, les femmes doivent parfois parcourir jusqu’à 300 kilomètres pour aller faire leur séance de radiothérapie. Mais en France, où l’on peut bénéficier des séances de rayons sans trop de difficultés sur l’ensemble du territoire, cette technique se développe moins vite car on préfère attendre d’être certain de son efficacité et prendre le temps de définir quelles femmes peuvent en bénéficier.»

«L’avenir est à l’individualisation et aux thérapies ciblées»

Si la «désescalade» thérapeutique représente une voie d’avenir (à condition de se faire avec toutes les preuves scientifiques nécessaires), elle n’empêche pas la recherche de nouveaux traitements. «Il n’y a pas de grande révolution attendue, mais des petits pas, tous les jours», souligne le Pr Espié. En hormonothérapie par exemple, après l’arrivée des anti-œstrogènes purs dédiés aux femmes ménopausées ayant un cancer du sein métastasé, on attend désormais des antisulfatases: ce sont des médicaments qui empêchent la tumeur de se servir des réserves en œstrogènes sulfatés de l’organisme, pour grossir.

«Enfin, les chimiothérapies ne sont pas en reste et là encore, l’avenir est à l’individualisation et aux thérapies ciblées, ainsi appelées parce qu’elles visent une protéine ou un récepteur spécifique de la cellule cancéreuse que l’on ne retrouve pas (ou presque pas) sur les cellules saines», explique le Dr Joëlle Bensimhon, gynécologue (hôpital Port-Royal à Paris). Par rapport aux anciennes chimiothérapies qui exterminaient toutes les cellules en cours de division -les cellules cancéreuses comme les cellules saines -, les thérapies ciblées ne touchent que les cellules cancéreuses. Et la bonne nouvelle, c’est que leur rang ne cesse de grossir: après l’Herceptin et le TyKerb, chefs de file des traitements capables de bloquer des facteurs de croissance des cellules cancéreuses, ainsi que l’Avastin qui empêche de nouveaux vaisseaux de se former pour nourrir la tumeur, plusieurs autres molécules sont en développement et attendues dans les deux à cinq ans à venir.

«Plus il existe de combinaisons de traitements, plus on peut espérer que le nombre de femmes répondeuses augmente. Seul bémol: on manque encore de facteurs prédictifs pour savoir quelles femmes ont des chances de répondre ou pas à ces combinaisons», souligne le Pr Espié. Il est donc essentiel que la recherche fondamentale puisse se poursuivre pour répondre à ces questions restées encore en suspens…

Nathalie Szapiro-Manoukian (Le Figaro)

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