Obsèques nationales du chef de la rébellion du Biafra, Emeka Ojukwu

Le Nigeria a rendu hommage jeudi au chef de la rébellion du Biafra, Emeka Odumegwu-Ojukwu, décédé en novembre à l’âge de 78 ans, avec une cérémonie d’obsèques nationales dans sa région d’origine du sud.

Environ 2. 500 personnes étaient présentes à Enugu, sur une place entourée d’un important dispositif de sécurité en raison des nombreux attentats d’islamistes qui secouent le pays depuis des mois, a constaté un journaliste de l’AFP sur place.

Le cercueil d’Ojukwu, décédé dans un hôpital londonien, était recouvert du drapeau nigérian blanc et vert. 21 coups de canon ont salué son arrivée. Beaucoup dans le public portaient des robes et des tenues confectionnées avec des tissus frappés de son portrait, avec les inscriptions «Tu vis dans nos coeurs» ou «Héros national».

Figure historique et héraut de l’ethnie Igbo (ou Ibo) majoritaire dans le sud-est, le lieutenant-colonel Ojukwu avait lancé en mai 1967 une tentative de sécession alors qu’il était gouverneur militaire de la région Est, l’une des trois que comptait le pays, aujourd’hui une fédération de 36 Etats.

Il accusait le pouvoir fédéral dominé par les musulmans du nord de marginaliser sa communauté, notamment après l’assassinat en juillet 1966 du seul président d’origine Igbo, le général Thomas Aguiyi-Ironsi. Sa déclaration d’indépendance était venue après des pogroms contre les Igbos dans le nord qui avaient fait des milliers de victimes.

En janvier 1970, au bout de deux ans et demi, la guerre du Biafra s’est achevée après avoir fait plus d’un million de morts, victimes en majorité de la faim et de maladies.

Le vice-président nigérian Namadi Sambo – qui a salué un «patriote et humaniste rare» – l’ex-dirigeant ghanéen Jerry Rawlings, des gouverneurs, des ministres, la veuve d’Ojukwu et le lauréat nigérian du Nobel de littérature Wole Soyinka étaient présentse.

Wole Soyinka, ardent dénonciateur des abus du pouvoir, avait été emprisonné durant la guerre civile, accusé de soutenir la cause du Biafra.

Dans une oraison funèbre, il a rendu hommage à son «camarade» et cité Ojukwu quand il avait déclaré la «République du Biafra» et enclenché ainsi la guerre civile.

L’émir de Kano, la plus haute autorité musulmane de l’Etat septentrional de Kano, avait aussi fait le déplacement. Le nord est majoritairement musulman et Kano est la deuxième ville du pays.

Le chef de l’Etat Goodluck Jonathan, un chrétien du sud, devait se rendre vendredi à l’inhumation d’Ojukwu dans sa ville d’origine Nnewi (70 km d’Enugu), selon la présidence.

Le porte-parole d’un mouvement qui veut préserver «l’esprit du Biafra», Uchenna Madu, a déclaré à l’AFP : «Ojukwu a vécu et est mort pour l’émancipation des Igbos. Nous allons continuer la lutte».

La dépouille n’avait été rapatriée de Londres que lundi lundi et avait reçu les honneurs militaires à l’aéroport de la capitale Abuja.

«Il a défendu la justice, refusé le compromis. Il a défié l’absence d’humanisme de l’homme envers l’homme (. . . ) il s’est battu et a quitté le Biafra avec le dernier avion», avait alors déclaré le vice-président Sambo.

Ojukwu s’était exilé en Côte d’Ivoire après la capitulation des indépendantistes. Il n’était revenu au Nigeria que 13 ans plus tard, après une grâce présidentielle.

Des centaines de membres des forces de l’ordre avaient été déployés jeudi, alors que les islamistes du groupe Boko Haram multiplient les attaques et attentats meurtriers, surtout dans le nord.

Jeune Afrique.com

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