Un Nobel à l’Académie française

Le biologiste Jules Hoffmann a été élu au fauteuil de Jacqueline de Romilly.
Les scientifiques ont rarement la grandiloquence des littéraires. Ils aiment les faits. Pour réussir dans ces disciplines ardues, rien n’est pire que les certitudes. Il faut douter de tout afin de construire une réalité que nul n’a encore vue. Un monde à l’opposé de la littérature, avec ses mots, ses verbes, ses formules. Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine 2011, un homme réservé, vient pourtant d’être élu à l’Académie française en remplacement de Jacqueline de Romilly. Il rejoint ainsi la trentaine de savants qui, depuis le XVIIe siècle, ont eu l’honneur d’appartenir à cette confrérie si illustre du monde culturel: Laplace, Cuvier, Claude Bernard, Pasteur, Louis de Broglie, Jean Bernard, François Jacob, Yves Pouliquen… La science et les lettres, ces deux univers apparemment si éloignés, savent se rejoindre par leurs élites.

Jules Hoffmann, né en 1941 au Luxembourg, puis naturalisé français, doté d’une grande érudition scientifique, est également féru de littérature et d’histoire. Étrangement, ce sont ses travaux sur le système immunitaire des mouches, thème fort éloigné des mondanités parisiennes, qui viennent de le propulser dans les plus hautes sphères de la culture française. «C’est sans doute quelqu’un d’un peu austère, raconte le professeur Jean-François Bach, son ami et collègue de l’Académie des sciences, mais il aime les bons restaurants, il sait mettre de la convivialité dans les réunions scientifiques. Par-dessus tout, il adore faire des longues marches dans les montagnes vosgiennes.» C’est enfant, avec son père lui-même entomologiste, qu’il découvre l’univers si structuré des insectes. Toute sa carrière au CNRS a été portée par les mouches dites «du vinaigre», les drosophiles.

C’est en travaillant sur un sujet plutôt ésotérique, la capacité de ces insectes à se défendre contre les bactéries, les virus, les parasites, qu’il fait sa principale découverte: les mouches luttent contre les infections non pas avec un système immunitaire similaire à celui des humains, mais en produisant une petite protéine ayant un effet antibactérien. En collaboration avec des chercheurs américains, il identifie le gène de cette protéine chez la mouche. Mais c’est en détectant ce même gène et son récepteur chez l’homme que Jules Hoffmann révolutionne l’immunologie et décroche le prix Nobel. Le fait qu’un gène soit capable de faire produire à l’organisme humain des protéines anti-infectieuses offre des perspectives thérapeutiques et vaccinales immenses contre les infections. Voilà comment une histoire de mouches a ouvert les portes de l’Académie française à Jules Hoffmann, tout en contribuant à révolutionner la bataille contre les maladies infectieuses et immunitaires.

Martine Perez (Le Figaro)

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