L’ONU tente de négocier un accès humanitaire en Syrie

«Nous sommes arrivés au bout d’un processus»: c’est ainsi qu’un diplomate de l’ONU décrit en soupirant l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le dossier de la Syrie. Mais malgré le blocage, la diplomatie continue ses efforts. Dans la brèche étroite entre le pas grand-chose et le presque rien, Kofi Annan a entrepris mercredi, avec le titre d’émissaire, une mission qui le mènera du Caire à Damas. Samedi, dans la capitale syrienne, l’ex-secrétaire général des Nations unies, de 1997 à 2006, tentera d’obtenir un cessez-le-feu qui permettrait de faire entrer l’aide humanitaire dans les villes bombardées.

Au-delà, il s’agira, selon ses propres termes, «de trouver avec les Syriens une solution pacifique qui respecte leurs aspirations et qui stabilise le pays». Un projet, dont rien actuellement, n’accrédite un début de commencement de faisabilité. Bref, une mission quasi-impossible même si, comme le souligne l’ONG International Crisis Group, «ce mince espoir ne doit pas être gâché».

Effacer les traces des crimes

En Syrie, Kofi Annan aura été précédé par la responsable des opérations humanitaires de l’ONU, Valérie Amos qui a eu des entretiens à Damas avant d’être autorisée à rejoindre Homs. Son objectif est d’obtenir, elle aussi, un «accès sans entrave» pour l’aide humanitaire. Samedi dernier, la baronne Amos – cette Britannique a été haute représentante de la couronne en Australie – avait dû essuyer un camouflet en attendant trois jours à Amman, en Jordanie, un visa syrien qui ne lui a pas été délivré, malgré l’injonction russe.

Cette semaine, elle a finalement obtenu le feu vert. Tout comme le convoi du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a finalement reçu mercredi, après six jours de blocage, l’autorisation d’entrer dans le quartier martyr de Baba Amr, à Homs. Il fallait avant «enterrer et brûler les cadavres et effacer les traces» des crimes du régime «afin que le CICR ne s’aperçoive de rien», estime Hadi Abdallah, un militant à Homs de la commission générale de la révolution syrienne.

La veille mardi, à New York, les membres permanents occidentaux du Conseil de sécurité, ainsi que le Maroc qui représente les pays arabes ont commencé à discuter avec la Russie et la Chine d’une nouvelle résolution. Un texte proposé par les Américains exigeant «un accès humanitaire sans restriction» (…), condamnant «les atteintes nombreuses, systématiques et flagrantes aux droits de l’homme» et réclamant la remise en liberté «de toutes les personnes détenues de façon arbitraire». Au total donc, un texte bien faible dont la Russie, qui verrouille toute initiative allant à l’encontre des intérêts de Damas, ne peut que se féliciter.

La clé d’une sortie de crise demeure en effet à Moscou. Mais les espoirs d’un assouplissement de la position russe après les élections du 4 mars ont déjà été douchés. Vladimir Poutine a répété que sa position ne varierait pas. La question d’un asile politique de Bachar el-Assad en Russie est un non-sujet, a indiqué en substance mercredi le «nouveau» maître du Kremlin.

Alain Barluet (Le Figaro)

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