France: le droit à l’euthanasie au coeur d’une campagne-choc
La campagne publicitaire de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) interpelle le président de la République et candidat à sa succession Nicolas Sarkozy en le représentant sur son lit de mort.

(PARIS) Le président français Nicolas Sarkozy apparaît vêtu d’une chemise de malade, allongé dans un lit d’hôpital, l’air pâle et inquiet, à côté d’un appareil assurant son oxygénation. La mort, semble-t-il, n’est pas loin.

«M. le candidat, doit-on vous mettre dans une telle position pour faire évoluer la vôtre sur la question de l’euthanasie?», demande le message accompagnant le photomontage paru cette semaine dans le magazine Les Inrockuptibles.

D’autres images reprennent le même procédé avec le candidat centriste François Bayrou et la dirigeante du Front national, Marine Le Pen.

Ces trois candidats à l’élection présidentielle française sont dans la ligne de mire de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui leur reproche par cette campagne-»choc» leur opposition à la légalisation de l’euthanasie dans le pays.

La loi en vigueur depuis 2005 décourage l’acharnement thérapeutique, mais ne permet pas l’euthanasie «active», ce qui empêche le personnel soignant d’agir volontairement dans le but de précipiter la mort du patient, par exemple en injectant une substance létale.

«Même si la population est largement en faveur de nos demandes, ces politiciens continuent de ne pas écouter», souligne le président de l’ADMD, Jean-Luc Romero.

«Nous ne voulions pas que le moment fort qu’est l’élection passe sans que cet enjeu soit traité», ajoute-t-il pour expliquer la campagne de l’organisation, qui fait des vagues.

Images «indignes»

Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, qui est l’auteur de la loi actuellement en vigueur en France, a déclaré que les images fabriquées par l’ADMD pour marteler ses demandes étaient «indignes».

Du même souffle, il a demandé que le candidat socialiste François Hollande se distancie de l’initiative de l’organisation de M. Romero, un élu apparenté socialiste, en relevant qu’elle était «partisane» et qu’elle épargnait la formation de gauche.

«Le fait de politiser le dossier lui permet d’éviter l’enjeu de fond», déplore le président de l’ADMD, qui convoque les candidats à une rencontre publique à Paris à la fin du mois pour débattre de l’euthanasie.

M. Hollande a récemment fait savoir qu’il était favorable à une révision de la loi de manière à permettre «dans de très rares cas» aux praticiens de «faire un acte de compassion» pour des patients en phase terminale souffrant d’une maladie incurable.

Aider à mourir

«Nous constatons que la loi dite Leonetti de 2005 permet de laisser mourir. Aujourd’hui, il s’agit de permettre d’aider à mourir. La frontière est certes ténue et les modalités seront à définir», a précisé Marisol Touraine, qui est chargée des questions sociales dans l’équipe du candidat.

Sur son compte Twitter, elle a relevé cette semaine que les images utilisées par l’ADMD lui semblaient «inappropriées personnellement», mais que son parti n’était pas «engagé par le choix d’une association».

Nicolas Sarkozy a réitéré il y a quelques semaines sa volonté de ne pas réviser la loi en vigueur. Selon lui, les modifications suggérées par le camp socialiste ouvriraient la porte à des «débordements dangereux».

La question de la légalisation de l’euthanasie revient régulièrement en France, un pays qui a connu plusieurs cas marquants depuis une dizaine d’années.

Récemment, un praticien de Bayonne, Nicolas Bonnemaison, a été suspendu de ses fonctions et mis en examen pour avoir «empoisonné par administration de substances» des personnes âgées en état de grande vulnérabilité. Son avocat affirme qu’il a voulu «abréger les souffrances de personnes qui allaient mourir au cours des minutes suivantes».

Marc Thibodeau
La Presse Canadienne

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