L’Europe fait un cadeau empoisonné à l’Espagne

Est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Les ministres des Finances de la zone euro ont accepté lundi soir d’assouplir l’objectif de réduction du déficit budgétaire de l’Espagne cette année, qui devra être ramené à 5,3% du PIB contre 4,4% prévu à l’origine, a annoncé leur chef de file Jean-Claude Juncker.

Mais dans un même temps, la zone euro tient à ce que Madrid respecte son engagement à ramener l’année prochaine son déficit public à 3% du PIB, en 2013. «Les voies choisies en 2012 sont moins importantes que l’objectif fixé pour 2013, justifie M. Juncker.

M. Juncker a réfuté l’idée selon laquelle la souplesse dont les partenaires de l’Espagne ont fait preuve lundi constitue un premier coup de canif dans les engagements de la zone euro à plus de discipline budgétaire, à peine deux semaines après la signature d’un pacte budgétaire entre 25 des 27 membres de l’Union européenne. De son côté, l’Espagne fait profil bas. Le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos, a assuré en marge de la réunion de lundi que «l’engagement de l’Espagne à respecter les règles de discipline budgétaire restait absolu»

Cependant, en allégeant les contraintes budgétaires de l’Espagne cette année, l’Europe prend quand même le risque de voir ce pays ne pas réaliser ses objectifs en 2013. Tout d’abord parce que l’effort de réduction du déficit à réaliser dans un an sera plus important : 2,8% du PIB au lieu de 1,4% du PIB. Ensuite parce que l’Espagne évoluera durablement dans un environnement difficile, à la fois sur un plan politique et économique.

A l’image de l’économie américaine, l’Espagne traine derrière elle le boulet de l’immobilier. Depuis l’éclatement de la bulle il y a quatre ans, ce secteur a enlevé plus de 2 point de croissance par an, calculent les experts de la Deutsche Bank. Et il mettra du temps à se redresser.

Coté finances, l’Espagne va devoir resserrer la vis sur ses régions qui pèsent de plus en plus lourd dans le déficit global. Pour convaincre les marchés et ses partenaires de sa motivation, l’Espagne va aussi devoir faire passer sa réforme du marché du travail. L’ objectif de cette réforme est de relancer la création d’emplois en fluidifiant le marché du travail, dans un pays où le taux de chômage dépasse 20% et frôle 50% chez les moins de 25 ans. Le problème : les efforts demandés aux Espagnols vont bien au-delà de ceux demandés aux allemands en 2004, sous l’ère Schroders, notent les experts de Berenberg. Les deux principaux syndicats, UGT et CCOO, ont d’ores et déjà annoncé une grève générale le 29 mars, la veille de la présentation du budget 2012. Le bras de fer avec le gouvernement s’annonce musclé.

Sébastien Julian (L’Expansion.com)

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