Chine : Wen Jiabao exhorte aux «réformes urgentes»

Les réformes politiques en Chine sont nécessaires. Mieux, elles sont «urgentes»: un «stade critique» a été atteint, selon le premier ministre chinois. «Sans réforme politique, les réformes économiques ne peuvent être couronnées de succès. Les résultats que nous avons atteints pourraient être perdus.» Wen Jiabao a ainsi clairement affirmé que la réforme devait s’attaquer «au système de gouvernance du Parti et de l’État». Faute d’avancées, les problèmes les plus aigus de la société – les inégalités sociales et la corruption – ne pourront être résolus. Et la Chine n’est pas à l’abri de sombres moments. Il a ainsi averti que des «tragédies comme la Révolution culturelle pouvaient se reproduire».

Ces déclarations ont été faites lors de la conférence de presse de clôture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, le Parlement chinois. Et ce alors que le premier ministre s’apprête à passer la main à l’automne, après dix années au pouvoir. Interrogé sur l’expérience de Wukan, ce village frondeur du Sud de la Chine qui vient de voter librement au niveau municipal après s’être levé contre des cadres corrompus, Wen Jiabao a évoqué un modèle possible. Selon lui, la Chine peut se démocratiser pas à pas, en apprenant de ces expériences au niveau local. «Je suis persuadé que la démocratie à la chinoise va continuer à progresser, au rythme du développement du pays, a-t-il déclaré, c’est un processus qu’on ne peut stopper.» Sur le plan international, Wen Jiabao estime aussi que les «aspirations à la démocratie des populations arabes doivent être respectées et obtenir une vraie réponse». Ce mouvement «ne peut être jugulé par la force» a-t-il ajouté. Tout en réaffirmant la ligne chinoise sur la Syrie, de recherche de solution politique sans intervention étrangère.

Cela fait plusieurs mois, voire des années, que Wen Jiabao parle d’une nécessité d’avancer sur le front des réforme politiques. Mais cette dernière sortie, lors d’un moment solennel et en pleine période de transition politique, n’en a que plus de poids. Ceci dit, le premier ministre n’a guère plus concrètement développé le sujet que les fois précédentes. Et ces déclarations passées sur le sujet n’ont guère été suivies d’effets. Sur le plan politique, la répression de toutes les voix dissonantes n’a fait que se renforcer depuis trois ans. Certains observateurs voient Wen Jiabao comme le plus libéral des dirigeants chinois, en décalage avec nombre de ses pairs. D’autres, plus sceptiques, estiment qu’il s’agit plutôt d’une répartition des rôles et des prises de parole entre lui et le président Hu Jintao.

Arnaud de La Grange (Le Figaro)

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