Suicide : le cadre de la Poste accuse sa hiérarchie

Retrouvé pendu dimanche sur son lieu de travail, un cadre de la Poste avait documenté son geste. Il dénonce un acharnement depuis trois ans de la part de sa hiérarchie.

Le cadre de la Poste retrouvé pendu sur son lieu de travail ce dimanche dans le Finistère, en Bretagne, avait documenté son acte. Dans un dossier constitué de compte-rendus de réunions , de vidéos et d’enregistrements audio, l’homme détaille ses accusations contre l’entreprise. Il s’agit du deuxième suicide au sein la Poste bretonne en dix jours.

Dans les documents laissés derrière lui, le cadre quadragénaire, marié et père de deux enfants, explique notamment qu’il «considère la hiérarchie de la Poste (à tous niveaux) à l’origine de (s)a perte de repères». «Depuis plus de trois ans, j’ai l’impression d’un acharnement, d’une volonté hiérarchique de m’acculer», ajoute le cadre qui était en arrêt longue maladie depuis novembre.

«Laissez-moi partir»

«Laissez-moi partir, c’est mon choix», explique-t-il dans un des documents diffusés par le syndicat SUD. Dans une note baptisée «Mes demandes», dans laquelle il dit refuser toute réanimation, être prêt à donner ses organes et réclame une inhumation «dans l’intimité familiale» sans «aucun représentant de la hiérarchie de l’entreprise, ni aucun message de cette même hiérarchie».

Dans une autre note baptisée «Annexe», il demande si une pension pour sa famille est «envisageable», «en obtenant que (s)on geste désespéré soit requalifié en accident de travail».

Parmi les documents, figure également un courriel adressé au PDG de la Poste Jean-Paul Bailly et daté du 11 mars, soit le jour de sa mort mais non envoyé. Dans ce mail, dont l’objet est «SOS», le cadre se dit «dos au mur». Il considère que sa «carrière à la Poste est terminée», disant redouter, «dans le meilleur des cas», une mise au placard. «Cela fait deux fois en moins de six mois que je prépare mon suicide», écrit-il.

«Tout était préparé»

Patrice Campion, délégué SUD dans le Finistère, a expliqué que dans le courriel adressé le jour de sa mort aux organisations syndicales, il indiquait avoir «laissé d’autres documents chez lui» pour la CGC, la CFDT, SUD et la CGT. Il a expliqué avoir récupéré ces documents mardi.

«On nous a remis une chemise, une pochette où tout était préparé. Dans ces documents figurait une série de courriers, des compte-rendus d’entretiens et deux CD, l’un avec des vidéos et un autre avec plein d’autres documents dont des enregistrements audio d’entretiens qu’il avait eus avec sa hiérarchie», a expliqué Patrice Campion. Pour Régis Blanchot (SUD), ces documents, dans lesquels le cadre «explique comment la Poste l’a détruit» prouvent le lien entre le drame et le travail. Les syndicats vont demander la qualification de ce suicide comme accident du travail.

Un CHSCT qui s’est tenu mercredi à Vannes a voté pour la reconnaissance de cet acte en «accident de service» et l’arrêt des réorganisations en cours ou prévues, ont indiqué les syndicats et la direction. Dans un communiqué à l’issue de la réunion qui a duré toute la matinée, les syndicats précisent aussi que le CHSCT va avoir «recours à un expert agréé sur les conséquences des réorganisations et pressions managériales».

Enfin, syndicats et direction annoncent «l’arrêt de l’ensemble des réorganisations en cours et à venir à la direction du courrier Ouest Bretagne (Morbihan et Finistère) jusqu’à la parution des conclusions» des différentes enquêtes et expertises.

Après que Jérémy Bouan, cadre supérieur de 28 ans, s’est défenestré à Rennes le 29 février, une enquête a été ouverte par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Poste de Rennes. Deux autres sont en cours, menées par la police et l’inspection du travail.

lafigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, International, Société, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir