Syrie : démonstration de force du régime d’Al-Assad

Des dizaines de milliers de Syriens ont défilé dans les rues de Damas et d’autres villes du pays jeudi pour manifester leur appui au président Bachar Al-Assad, un an après le début du soulèvement populaire qui secoue plusieurs régions du pays et qui a fait au moins 8000 morts selon l’ONU.

Des activistes avaient aussi appelé les opposants au régime à descendre dans les rues pour souligner l’anniversaire du soulèvement, mais il semble que les raids que mènent les opérations de l’armée gouvernementale dans plusieurs villes du pays ont empêché une grande mobilisation de l’opposition.

Les manifestations pro-Assad, qui ont aussi eu lieu à Alep et à Lattaquié, ont été largement rapportées par les médias officiels. On pouvait y voir des gens brandissant des portraits du président Assad, ainsi que des drapeaux syriens et russes. La Russie se révèle un allié indéfectible de la Syrie depuis le début du conflit.

La spontanéité des manifestations est contestée par les opposants. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des résidents de la province de Deraa se sont fait confisquer leur carte d’identité à un barrage militaire jeudi matin, et se sont fait dire qu’ils pourraient les récupérer après avoir participé à une manifestation pro-Assad.

Associated Press souligne en outre que la Journée de l’enseignement arabe, normalement célébrée par un jour férié le troisième jeudi du mois de mars, a été repoussée d’une semaine afin que les étudiants puissent participer aux manifestations de masse.

Sur le terrain, les violences se poursuivent. L’OSDH soutient que neuf civils et quatre rebelles ont été tués dans la province d’Idleb, proche de la frontière avec la Turquie.

Le groupe, basé à Londres, rapporte également que 23 corps abandonnés ont été retrouvés dans une fosse commune près d’Idleb. Certains cadavres, menottés et les yeux bandés, portaient des traces de torture. Tous ont été tués par balle, soutient l’OSDH.

Toutes ces affirmations ne peuvent être vérifiées de source indépendante, les journalistes n’étant pas autorisés à se rendre en Syrie.

Les soucis de la Turquie

Selon l’agence turque Anatolie, deux journalistes turcs entrés clandestinement en Syrie sont présentement détenus par les services de renseignement syriens après avoir été interceptés dans la région d’Idleb. L’un des deux journalistes, le caméraman Hamit Coskun, est blessé et aurait été torturé, indique l’agence, qui cite des sources locales et des témoins en Syrie.

Le sort des journalistes n’est pas la seule préoccupation du gouvernement turc face au conflit qui se déroule en Syrie, un pays autrefois allié. Selon lui, un millier de Syriens se sont réfugiés en Turquie au cours des 24 dernières heures, portant le nombre total de réfugiés à 14 700 dans la province de Hatay.

Le Croissant-Rouge turc dit s’attendre à ce que nombre s’accroisse au cours des prochains jours. L’organisme estime que jusqu’à 500 000 personnes pourraient franchir la frontière si la situation dégénérait davantage, tout en reconnaissant qu’il s’agit là d’un scénario « extrême ».

Camp de réfugiés syriens à Antakya, en Turquie   © AFP/BULENT KILIC

Le vice premier ministre turc Besir Atalay a par ailleurs accusé la Syrie d’intervenir militairement du côté syrien de la frontière pour empêcher la population de fuir et que cela a déjà coûté la vie à beaucoup de personnes. La Syrie, accuse-t-il, pose d’ailleurs des mines à sa frontière pour empêcher l’exode.

Selon M. Atalay, les autorités turques envisagent de créer une zone tampon en territoire syrien pour protéger les civils fuyant les forces de Bachar Al-Assad. « Cela fait partie des choses sur lesquelles nous allons probablement travailler dans la période à venir », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision NTV.

L’ONU et Damas collaboreront pour évaluer la situation humanitaire

La responsable des opérations humanitaires des Nations unies Valerie Amos a pour sa part annoncé jeudi que l’ONU allait participer pour une première fois cette fin de semaine à une mission d’évaluation de la situation humanitaire en Syrie organisée par Damas.

Des experts de l’ONU et de l’Organisation de la coopération islamique accompagneront cette mission « menée par le gouvernement » syrien et qui visitera les régions de Homs, Hama, Tartous, Lattaquié, Alep, Deir-Ezzor, Deraa et les faubourgs ruraux de Damas, précise un communiqué de l’ONU.

Les experts de l’ONU et de l’OCI « profiteront de cette occasion pour rassembler des informations sur la situation humanitaire générale et observer sur le terrain les conditions dans plusieurs villes et localités », affirme Mme Amos.

C’est la première fois que l’ONU est autorisée par Damas à faire cette évaluation, qui doit porter sur des localités où ont eu lieu des violences depuis le début de la crise en Syrie.

Plus tôt dans la journée, 200 organisations de défense des droits de la personne ont exhorté l’ONU et la Russie à agir pour mettre fin à l’effusion de sang en Syrie.

« Une coalition de 200 ONG issues de 27 pays […] demande que le Conseil de sécurité de l’ONU s’unisse et adopte une résolution appelant le gouvernement syrien à arrêter de bombarder aveuglément des quartiers civils et de violer le droit international, à mettre fin aux arrestations arbitraires et à la torture, à garantir un accès d’urgence aux humanitaires, aux journalistes et aux observateurs des droits de l’Homme », affirme un communiqué conjoint.

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters

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