Les Mexicains réservent un accueil triomphal à Benoît XVI

La ville de Leon dans le centre du Mexique où Benoît XVI s’est posé vendredi soir lui a réservé une véritable triomphe. «A la Jean-Paul II» pourrait-on dire! Des centaines de milliers de Mexicains s’étaient en effet massés pour lui faire la fête sur les 34 km qui séparent l’aéroport de cette ville d’un million et demi d’habitants. Jamais encore, au cours de ses vingt-deux voyages hors d’Italie, Benoît XVI n’avait connu une telle fièvre populaire.

Fatigué par le long voyage en avion – quatorze heures de vol – mais visiblement impressionné par cette liesse, l’homme en blanc qui saluait depuis la papamobile venait de vivre un accueil à l’aéroport déjà haut en couleur.Dans son premier discours au pied de l’avion Benoît XVI ne croyait donc pas si bien dire en observant que «la ferveur du peuple mexicain pour le Successeur de Pierre est proverbiale».


Le pape a été accueilli par le couple présidntiel mexicain à sa descente d’avion.

Aujourd’hui samedi, le Pape qui aura 85 ans dans trois semaines se repose. Cette mesure est inédite. Il le doit car son périple va durer six jours avec une étape délicate, à partir de lundi, à Cuba. Deux courts engagements l’attendent toutefois, en fin d’après midi, une visite protocolaire au président du Mexique, Felipe Calderon, et une rencontre avec des enfants.

«L’idéologie marxiste ne correspond plus à la réalité»

Avant d’arriver au Mexique, le Pape a évoqué les grands axes de son premier séjour en Amérique latine hispanophone devant les journalistes qui l’accompagnaient dans l’avion, l’appareil survolait alors la région parisienne.

Répondant à une question sur la politique cubaine, le Pape a estimé que l’Eglise «a ouvert une voie de dialogue constructif. Mais c’est une route longue qui exige de la patience des deux côtés». Ajoutant: «Il est évident aujourd’hui que l’idéologie marxiste, telle qu’elle était conçue, ne correspond plus à la réalité». Il faut donc, dans son esprit, «trouver de nouveaux modèles car on ne peut plus construire ainsi une société». Un tel processus demande toutefois de «la patience» et de «la décision». L’Eglise entend «aider» ce développement de façon «constructive» et dans «un esprit de dialogue» pour aller vers une «société juste».

Reprenant à son compte les paroles de Jean-Paul II prononcée sur l’île en 1998 – «il faut que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba» – son successeur a précisé: «Il est évident que l’Eglise sera toujours du côté de la liberté et du côté de la conscience».

«Idolâtrie de l’argent»

Le second volet de son intervention qui a duré une vingtaine de minutes et où le Pape est apparu très déterminé, a porté sur le problème des narcos-trafiquants au Mexique. La guerre menée contre de fléau par le gouvernement a fait près de 50.000 morts en cinq ans. Pour Benoît XVI la responsabilité de l’Eglise dans ce pays à majorité catholique, est «très grande», y compris sur cette question. Il a alors dénoncé «l’idolâtrie de l’argent qui rend l’homme esclave» appelant à «démasquer les fausses promesses, le mensonge et la tromperie qui sont derrière la drogue». Il revient à l’Eglise «d’éduquer les consciences et éduquer à la responsabilité morale» et de «rendre Dieu accessible» pour que «l’homme qui a besoin d’infini ne se créé par ses propres paradis qu’il croit infinis mais qui sont un mensonge».

Interrogé, enfin, sur la théologie de la libération d’inspiration marxiste qui a eu une grande influence en Amérique latine au cours des années 80, le Pape a appelé l’Eglise à une sorte d’examen de conscience à propos de la question sociale: «L’Eglise doit toujours se demander si l’on fait suffisamment pour la justice sociale dans ce grand continent. C’est une question de conscience que nous devons toujours nous poser. Il s’agit de savoir ensuite ce que l’Eglise peut et doit faire. Et ce qu’elle ne peut et ne doit pas faire. L’Eglise n’est pas un pouvoir politique, ni un parti. Elle est une réalité morale, un pouvoir moral. La politique, elle aussi, est fondamentalement une réalité morale. L’Eglise a donc, de ce point de vue, quelque chose à voir avec la politique. Le premier métier de l’Eglise consiste en fait à éduquer les consciences pour créer la responsabilité nécessaire. Eduquer les consciences, tant en vue de l’éthique personnelle qu’en vue de l’éthique publique».

«Schizophrénie des catholiques»

Cette réflexion a alors conduit Benoît XVI à critiquer violemment l’attitude morale des catholiques: «Et il y a ici peut-être un manque. On voit en Amérique latine et ailleurs. Les catholiques vivent une certaine schizophrénie entre la morale individuelle et publique. Sur le plan individuel, ils sont catholiques, croyants mais dans la vie publique, ils suivent d’autres voies qui sont loin des grandes valeurs nécessaires pour la fondation d’une société juste. Il faut donc dépasser cette schizophrénie, et éduquer non seulement à la vie morale individuelle mais à la vie morale publique».

Jean-Marie Guénois (Le Figaro)

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