Al-Jazzera ne diffusera pas les vidéos des tueries de Merah

La chaîne de télévision Al-Jazeera du Qatar a annoncé mardi avoir décidé de ne pas diffuser les vidéos des tueries commises par Mohamed Merah, dans un bref communiqué publié sur son site internet.

Le président français Nicolas Sarkozy et les familles des victimes avaient demandé mardi aux télévisions de ne pas diffuser les vidéos des sept meurtres commis par le djihadiste Mohamed Merah, reçues par la chaîne Al-Jazeera, qui doit décider de leur éventuelle diffusion.

Les autorités françaises ont par ailleurs violemment réagi à la menace «indécente» de plainte contre Paris formulée par le père du jeune djihadiste, tué par la police la semaine dernière après 32 heures de siège de son appartement à Toulouse.

Filmé par Mohamed Merah grâce à une mini caméra sanglée sur lui, le montage vidéo des assassinats, «stocké sur une clé USB», était contenu dans une enveloppe postée mercredi et envoyée au bureau parisien d’Al-Jazeera.

Mohamed Merah n’a pas lui-même expédié ce courrier, qui aurait été envoyé «en dehors de Toulouse», a-t-on appris mardi de source policière. Les enquêteurs recherchent qui l’a posté.

«Je demande aux responsables de toutes les chaînes de ne les diffuser sous aucun prétexte, par respect pour les victimes et par respect pour la République», a déclaré Nicolas Sarkozy au cours d’une allocution devant des policiers et des magistrats, évoquant des «images ignobles».

L’avocat de la famille de Jonathan Sandler, professeur dans une école juive tué avec ses deux fils de 4 et 5 ans par Mohamed Merah, a également demandé aux médias de ne pas diffuser ces images pour «respecter sa douleur et son deuil», envisageant de mettre en oeuvre «les moyens judiciaires possibles pour empêcher toute diffusion».

Même supplique de Latifa Ibn Ziaten, 52 ans, mère d’un des trois soldats tués par le djihadiste. «C’est mon fils qui est mort, un enfant de 30 ans. Et on veut le montrer comme si c’était un film. S’il vous plaît, je ne veux pas voir ça», a-t-elle déclaré en larmes à l’AFP.

«On n’est pas une chaîne de sensationnel, on ne cherche pas à diffuser des images sans mesurer les risques et les conséquences, et c’est pour cela que la direction va décider aujourd’hui lors d’un «meeting» au siège au Qatar de la diffusion de cette vidéo ou pas», avait expliqué plus tôt sur BFM TV le chef du bureau de Paris d’Al-Jazeera, Zied Tarrouche.

«On voit toutes les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l’ordre chronologique (…). Il y a eu un mixage de musiques et de chants religieux, des lectures, des récitals de versets coraniques», a détaillé Zied Tarrouche, précisant qu’on entend «les cris des victimes».

Une copie des vidéos a été transmise par la chaîne à la justice, qui n’a pas interdit leur diffusion, selon lui.

Mais le Conseil supérieur de l’audiovisuel, chargé de veiller au respect de la dignité de la personne humaine et à la sauvegarde de l’ordre public dans les programmes audiovisuels, a «invité les chaînes à ne pas diffuser» la vidéo.

Le gouvernement français a aussi dénoncé mardi les propos du père du djihadiste, Mohamed Benalel Merah, qui avait déclaré la veille au soir à l’AFP qu’il allait porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils.

Nicolas Sarkozy a fait part de son «indignation», qualifiant le tueur de «monstre», tandis que le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a jugé ces propos «particulièrement odieux, indécents». «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais dans la honte», a jugé le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

Français d’origine algérienne âgé de 23 ans, au parcours de délinquant reconverti en djihadiste, passé par le Pakistan et l’Afghanistan et se réclamant d’Al-Qaïda, Mohamed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars trois militaires, ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs, à Toulouse et Montauban, dans le sud-ouest de la France.

Il a été tué lors d’un échange de tirs avec la police, qui donnait l’assaut à l’appartement où il était retranché le 22 mars.

Son frère, Abdelkader Merah, connu des services de police pour son engagement de longue date en faveur d’un islam radical, a été mis en examen (inculpé) dimanche par les quatre juges antiterroristes nommés pour instruire cette affaire.

L’émotion suscitée par les tueries de Toulouse et Montauban a momentanément remis la sécurité au premier plan, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle en France, le 22 avril.

Thibauld Malterre
Agence France-Presse
Paris

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