DSK mis en examen pour proxénétisme

La menace planait depuis plusieurs mois. Elle s’est abattue lundi soir sur Dominique Strauss-Kahn, mis en examen pour «proxénétisme aggravé en bande organisée». Une qualification lourde de sens, passible de la cour d’assises. C’est la première véritable mise en cause judiciaire pour l’ex-favori de l’élection présidentielle, finalement rattrapé par l’affaire du Carlton, dans laquelle son nom était apparu publiquement fin octobre dernier. Le scandale avait éclaté alors que l’horizon semblait s’éclaircir pour l’ancien patron du FMI. Un mois et demi plus tôt, il rentrait de New York après l’abandon des poursuites pénales par le procureur Vance dans l’affaire du Sofitel. Et, mi-octobre, la plainte pour agression sexuelle de Tristane Banon avait été classée sans suite à Paris pour cause de prescription.

À Lille, lundi, les magistrats ont explicitement cité l’article 225-5 du Code pénal, selon lequel «la prostitution est le fait par quiconque, de quelque manière que ce soit, d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui», a indiqué au Figaro le procureur de Lille, Frédéric Fèvre. Les juges ont assorti cette mise en examen d’un contrôle judiciaire sévère. À la sortie du palais de justice, l’un des avocats de DSK, Me Richard Malka, a indiqué que son client «déclare avec la plus grande fermeté n’être coupable d’aucun de ces faits et n’avoir jamais eu la moindre conscience que les femmes rencontrées pouvaient être des prostituées». Il poursuit: «À raison de ces seuls comportements qui ne devraient regarder que lui, M. Strauss-Kahn se trouve ainsi, en grande partie à raison de sa notoriété, jeté au bûcher.»

Pas un simple client

Cette audition surprise – elle était initialement prévue mercredi prochain – avait commencé en début d’après-midi pour durer près de huit heures. Le temps pour les trois juges de Lille de poser des questions sur tous les aspects du dossier et, pour DSK, de tenter de les convaincre de sa version. Huit autres personnes sont mises en examen dans ce dossier, dont un commissaire de police et un avocat.

L’implication de DSK dans le dossier du Carlton, que lui et ses avocats contestent, est donc bien réelle pour les juges. Selon eux, il ne peut être considéré comme un simple client de prostituées mais a pris part au fonctionnement du réseau. «Le curseur pouvait être difficile à placer. Au vu du dossier, les juges ont décidé que DSK avait une part importante de responsabilité, dépassant même la complicité», estime une source judiciaire. Ses avocats ont annoncé qu’ils saisiraient rapidement la cour d’appel de Douai pour demander l’annulation de cette mise en examen.

Parmi les protagonistes, les versions avaient divergé sur la connaissance qu’avait DSK des coulisses de ces parties fines. Ses amis, entrepreneurs dans la région Nord-Pas-de-Calais, ainsi que plusieurs jeunes femmes avaient assuré que l’ancien directeur général du FMI ignorait que les après-midi «hot» de l’hôtel Murano à Paris ou les escapades à Washington étaient en réalité des rencontres tarifées. Mais d’autres participantes, ont, elles, assuré qu’il était difficile de passer outre leur statut de call-girls. «À moins d’être naïf», confiait l’une d’elles au Point.

Un handicap pour son dossier américain

Un autre élément a sans doute alourdi le cas de DSK aux yeux des juges: les nombreux SMS échangés avec son ami Fabrice Paszkowski, responsable d’une société de matériel médical, franc-maçon, et impliqué dans les réseaux de soutien à l’ex-ministre socialiste dans le Pas-de-Calais. Certains des messages évoquant la venue de Paszkowski avec une «demoiselle» ou du «matériel» semblent plutôt explicites.

En revanche, les magistrats n’ont pas retenu le recel d’abus de biens sociaux qui aurait supposé de démontrer que Dominique Strauss-Kahn savait que des entreprises réglaient les factures des restaurants, des hôtels et des billets d’avion pour Washington.

Mercredi, c’est donc avec cette ombre d’une mise en examen pour proxénétisme aggravé que s’ouvrira pour DSK la première audience du procès civil que lui intente Nafissatou Diallo à New York. Certainement un handicap dans un dossier déjà difficile outre-Atlantique.

C’est un contrôle judiciaire strict qui assortit la mise en examen de Dominique Strauss-Kahn. Il devra s’acquitter d’une caution fixée à 100 000 euros. Il a «interdiction d’entrer en contact avec les autres mis en examen, les parties civiles et tout organe de presse à propos des faits objets de la procédure», disent les magistrats lillois.

Pour justifier la qualification de proxénétisme aggravé en bande organisée, les juges d’instruction visent explicitement l’article 225-5 du Code pénal. «Le proxénétisme est le fait par quiconque et de quelque manière que ce soit d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui», dispose cet article.

Le proxénétisme en bande organisé est passible d’une peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle et de 3 millions d’euros d’amende devant la cour d’assises.

Marie-Amélie Lombard (Le Figaro)

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