Syrie : Bachar el-Assad sous pression internationale

«Bachar el-Assad nous mène en bateau. Il y a un risque d’enlisement et on voit bien la tactique du régime qui est de gagner du temps. La mission de Kofi Annan ne peut s’éterniser»: Alain Juppé a été très clair, en marge de la deuxième conférence des «amis de la Syrie» qui s’est tenue dimanche à Istanbul sous le double signe de l’impuissance et de l’urgence. Impuissance, parce que Damas reste sourd à toute initiative, poursuit implacablement la répression et continue à «vomir le sang et les morts», comme l’a dit avec force le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, hôte de cette réunion qui rassemblait quelque 70 pays. Le seuil des dix mille tués est désormais atteint et chaque jour qui passe «allonge la liste des promesses non tenues», selon l’expression d’Hillary Clinton, alourdissant le bilan de plusieurs dizaines de victimes. Urgence aussi, car l’initiative de l’ex-secrétaire général de l’ONU -un plan en six points prévoyant notamment le retrait des armes lourdes, l’acheminement de l’aide humanitaire et l’amorce d’un dialogue politique – ne saurait rester viable si elle ne se concrétise pas très rapidement sur le terrain.

À défaut, c’est une autre piste qu’il faudra explorer. En l’occurrence, le retour à la voie, bien étroite, du Conseil de sécurité.

Coordonner les sanctions

On n’en était pas encore là, dimanche, à Istanbul. Dans sa déclaration finale, le groupe des «amis de la Syrie» a apporté son soutien à la mission de Kofi Annan, décidé un renforcement des sanctions contre le régime de Damas et appuyé les efforts de l’opposition à se rassembler «sous le parapluie» du Conseil national syrien (CNS), désormais reconnu comme interlocuteur principal. Parmi les mesures décidées dimanche, un groupe de travail sur les sanctions, présidé par la France, a été créé et devrait se réunir à Paris dans une dizaine de jours. Il aura pour tâche de coordonner les sanctions européennes, américaines et arabes décrétées contre la Syrie. Il devra aussi travailler à rassurer les pays de la région (Irak, Liban, Jordanie) qui redoutent les conséquences de telles mesures sur leur économie. D’autres types de sanctions vont être examinés: la France qui a fermé son ambassade à Damas envisage une réduction de la représentation diplomatique syrienne à Paris.

Et ensuite? L’hypothèse d’un échec de la mission Annan était ouvertement envisagée, si rien ne se passait au terme du «délai d’application» réclamé dimanche par le «groupe des amis» dans leur communiqué final. «Nous sommes tous d’accord là-dessus, il faut fixer une limite dans le temps à l’action» de Kofi Annan, a dit Alain Juppé. Le chef de la diplomatie française s’est refusé à évoquer une échéance précise, indiquant toutefois qu’il ne s’agirait «pas de mois, pas de semaines, mais de quelques jours»…

Un geste syrien étant peu probable, un nouveau passage par la case Conseil de sécurité est plausible. Une perspective qui n’a rien d’évident. Côté français, on mise sur une «voie politique». La Russie et la Chine ayant approuvé la déclaration présidentielle à l’ONU, le 21 mars, c’est toute la communauté internationale qui se trouverait engagée par l’échec de la mission Annan, estime-t-on au Quai d’Orsay. L’enjeu serait alors de maintenir Moscou et Pékin «à bord» d’un projet de résolution.

Autre défi, les pressions en faveur d’une militarisation des opposants syriens à qui la conférence d’Istanbul a reconnu le droit de prendre des «mesures légitimes» pour se défendre. Paris et Washington ont redit leur refus de fournir des armes, ce qu’a réclamé une nouvelle fois à Istanbul le président du CNS, Burhan Ghalioun. Il a annoncé dimanche que son mouvement verserait désormais leur solde aux combattants de l’Armée syrienne libre (ALS), grâce à l’argent des pays du Golfe.

lefigaro.fr

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