Mali: la rébellion touareg proclame l’indépendance de l’Azawad

La rébellion touareg du Mali a proclamé vendredi l’indépendance du territoire de l’Azawad dans le nord du pays, un effet d’annonce qui ajoute à la confusion dans une zone dominée par des groupes armés islamistes et criminels, au bord du «désastre humanitaire».

La proclamation d’indépendance faite par un porte-parole en France du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion), Mossa Ag Attaher, «officialise» la division du Mali: une partie sud contrôlée par des militaires putschistes isolés et impuissants, une partie nord en proie à l’anarchie.

«Nous proclamons solennellement l’indépendance de l’Azawad à compter de ce jour», a déclaré Mossa Ag Attaher sur la chaîne France 24. «Nous venons de terminer un combat très important, celui de la libération», a-t-il ajouté.

Des termes identiques à ceux d’un communiqué publié par le MNLA sur son site internet, signé de son secrétaire général Billal Ag Achérif.

L’Azwad, immense territoire aride d’une surface équivalente à celles de la France et de la Belgique réunies, est situé au nord du fleuve Niger et comprend les trois régions administratives de Kidal, Tombouctou et Gao.

Une semaine après le coup d’État militaire qui a renversé le 22 mars à Bamako le président Amadou Toumani Touré, ces trois régions sont tombées en trois jours aux mains du MNLA, du mouvement islamiste Ansar Dine appuyé par des éléments d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et d’autres groupes criminels.

Très vite, les islamistes et les groupes criminels ont pris le dessus sur le MNLA, selon divers témoignages, relativisant la déclaration unilatérale d’indépendance des rebelles touareg qui ne semblent pas en mesure de contrôler «leur» territoire.

Par la voix de son ministre de la Défense Gérard Longuet, la France, ex-puissance coloniale, a noté qu’une «déclaration d’indépendance unilatérale» du Nord-Mali «n’aurait pas de sens» si elle n’était pas reconnue par les États africains.

Les voisins du Mali membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui ont imposé un embargo diplomatique et économique total au Mali quelques jours après le coup d’État, ont toujours clamé leur attachement à l’intégrité territoriale de ce pays membre de l’organisation.

Ils envisagent d’y envoyer une force militaire de 2000 à 3000 hommes pour la préserver: les chefs d’état-major des armées de la Cédéao, réunis jeudi à Abidjan, ont élaboré un «mandat» pour cette force.

Effets combinés dévastateurs

L’Algérie, voisin du nord et puissance militaire régionale dont six diplomates ont été enlevés jeudi à Gao, «n’acceptera jamais une remise en cause de l’intégrité territoriale du Mali» et prône le «dialogue»  pour régler la crise, a déclaré le premier ministre Ahmed Ouyahia au journal Le Monde publié vendredi.

Il a ajouté que le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) regroupant l’Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie, se réunirait «dans les prochains jours» à Nouakchott pour examiner la situation au Mali.

Il y a urgence: les effets combinés de la sécheresse, des violences et des graves atteintes aux droits de l’homme commises dans le Nord font que cette région est «au bord du désastre humanitaire», selon Amnesty International.

Le front anti-junte, qui regroupe partis politiques et organisations de la société civile, a appelé l’ONU à intervenir d’urgence «pour éviter une catastrophe humanitaire» en particulier à Gao où «des menaces d’interruption des fournitures d’eau et d’électricité planent» et où «des enlèvements de petites filles sont également signalés», selon le président de ce front, Siaka Diakité.

Oxfam «craint que la combinaison des conséquences dévastatrices des combats et de l’insécurité ainsi que l’aggravation de la situation alimentaire ne produise un plus grand nombre de réfugiés dans la région», où il y a déjà plus de 210 000 réfugiés et déplacés depuis le déclenchement de la rébellion du MNLA mi-janvier.

World Vision craint aussi «l’impact négatif et de grande envergure» des sanctions sur les démunis.

Ces deux ONG demandent la levée de l’embargo imposé par la Cédéao, car «la fermeture des frontières signifie que les prix des denrées alimentaires, déjà élevés, vont encore augmenter et être hors de portée des plus pauvres», selon Warld Vision.

Une mission de la Cédéao conduite par le ministre burkinabé des Affaires étrangères Djibril Bassolé, se trouvait toujours vendredi à Bamako pour des pourparlers avec la junte dirigée par le capitaine Amadou Sanogo à qui il est demandé un retour à l’ordre constitutionnel en échange de la levée de l’embargo.

Reconnaissance implicite de son impuissance à protéger les populations du Nord, le capitaine Sanogo les a appelées jeudi «à résister» par leurs propres moyens.

Coumba Sylla et Serge Daniel
Agence France-Presse
Bamako, Mali

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