La Chine force l’Europe par les pays de l’Est

Les pays de l’Europe centrale et orientale seront la porte d’entrée des Chinois sur le marché intérieur européen. Pékin va leur ouvrir une ligne de crédit de 10 milliards de dollars pour des projets de coopération dans la région.

L’Europe de l’Est sera le porte-avions des Chinois sur le Vieux Continent. Et Pékin y mettra le prix qu’il faut. En ouvrant, jeudi à Varsovie, le deuxième Forum économique Chine-Europe centrale et orientale, le premier ministre Wen Jiabao a annoncé la création par la Chine d’une ligne de crédit de 10 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) pour des projets de coopération dans la région. La Chine va également lancer un fonds «sino-centreuropéen» pour promouvoir les investissements, chargé de collecter «500 millions de dollars (378 millions d’euros) dans un premier temps».

Le choix de la Pologne pour réunir 17 premiers ministres, 450 entreprises d’Europe de l’Est et 300 hommes d’affaires venus de Chine, n’est pas fortuit. Le commerce extérieur entre les deux pays a atteint 14,55 milliards d’euros l’an dernier. Le PIB (produit intérieur brut) polonais a progressé de 4,3% en 2011 et devrait augmenter encore de 3,5% en 2012. La Pologne est au «sixième rang des pays les plus attractifs dans le monde», se félicite Slawomir Majman, président de l’Agence polonaise pour l’information et les investissements. Le chinois TCL y assemble des téléviseurs, Shanghai Electric veut y construire une centrale à charbon, Liu Gong Machinery y a racheté le fabricant d’engins de construction Huta Stalowa Wola.

Une stratégie, être partout

Cependant l’enjeu véritable de Pékin n’est pas la Pologne mais les Peco, les pays d’Europe centrale et orientale. Ils «jouissent de marchés prometteurs, d’une position géographique avantageuse, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une demande énorme en matière d’infrastructures», se réjouit Jiang Yaoping, vice-ministre du Commerce chinois.

L’an dernier, la Chine avait choisi Budapest pour tenir son premier forum Chine-Europe de l’Est, la Hongrie étant son deuxième partenaire commercial dans la région. Wen Jiabao s’y était déclaré prêt à racheter des obligations d’État et à lui octroyer 1 milliard d’euros de crédit. Une douzaine d’accords industriels y avaient été signés, dont l’installation de la plate-forme de distribution pour l’Europe du groupe informatique Huawei. La Banque de Chine avait ouvert une filiale à Budapest, tout comme elle va le faire à présent en Pologne.

La stratégie de Pékin est claire. Il s’agit d’être partout. Le commerce entre la Chine et l’Europe de l’Est dépassait tout juste 40 milliards de dollars (30,2 milliards d’euros) en 2010. Il pourrait passer à 100 milliards en 2015, affirme Wen Jiabao. Et il faisait remarquer il y a un an que «l’Europe centrale et orientale peut servir de porte d’entrée» sur le Vieux Continent. «Installée en son cœur même, dotée de moyens de transport efficaces, c’est un pont entre les marchés d’Orient et d’Occident.»

Les coûts du travail plus faibles que dans le reste de l’Europe, l’absence de barrières douanières, les délais de livraison raccourcis, et par conséquent une meilleure gestion de stocks des entreprises, toutes ces bonnes raisons font dire au ministre chinois de l’Économie que les «complémentarités sont fantastiques». Elles justifient en tout cas les largesses de Pékin.

lefigaro.fr

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