Sarkozy : neuf jours pour se faire entendre

Le président-candidat est déterminé à tenir «les deux bouts de la chaîne» pour convaincre les électeurs FN et MoDem.

Quel candidat magicien peut-il développer une dynamique d’entre-deux-tours suffisamment puissante pour déverrouiller une élection gagnée d’avance par son adversaire? C’est ce que se demandent les plus fidèles grognards du sarkozysme. Lucides sur les chances de Nicolas Sarkozy, ils croient encore et toujours que «quelque chose est possible».

Une matrice de report de voix particulièrement optimiste, mise au point par les stratèges, établit un rapport de force réel à 49,2 contre 50,8 % à François Hollande. À ce niveau, tout paraît possible. Pour le moment, les sondages, eux, continuent d’indiquer des écarts importants. De dix points – 55 % contre 45 %, selon la Sofres, à 54,5 % contre 46,5 %, pour l’Ifop.

D’autres sondages enregistrent tout de même un tassement de François Hollande, qui perd deux points selon le CSA (54 %). Par ailleurs, le taux de certitude de choix, tel qu’il est mesuré pour le moment, rend plus fragile ce qui était considéré comme un atout de Sarkozy dans ce deuxième tour, l’indécision et la volatilité des électeurs.

Protéger la «French way of life»

«La mesure des reports de voix est très délicate à faire sur des échantillons faibles», répondent les conseillers de Nicolas Sarkozy. En attendant, que faire dans les 9 jours qui restent? Tout d’abord, réussir à toucher le maximum de monde à l’occasion de ses dernières interventions médiatiques. «Il a été écouté par 6,8 millions de téléspectateurs mercredi soir sur TF1, c’est 600 000 de mieux que François Hollande», se félicite Franck Louvrier, chargé de la communication du président-candidat. L’émission de France 2 ce jeudi était un deuxième moment clé pour Nicolas Sarkozy.

Enfin, le rendez-vous du 1er Mai au Trocadéro à Paris est considéré comme décisif. «C’est un acte transgressif dans le meilleur sens du terme, car personne ne peut lui reprocher de vouloir célébrer la valeur travail plutôt que les droits acquis, et en même temps il s’attaque à l’un des talismans de l’histoire de la gauche», estime l’un de ses proches.

En réalité, les quelques percées dans les sondages de Nicolas Sarkozy durant le premier tour reposaient sur un ingrédient tout simple, qui a finalement été identifié par ses conseillers: la surexposition médiatique. Il est donc décisif pour le président sortant de retrouver l’audience large qui lui avait permis de séduire à nouveau un électorat jusque-là très refroidi.

L’autre dimension de la campagne du président sortant est la combinaison de deux axes idéologiques: le discours sur la crise et l’économie et le discours sur la protection de la «French way of life» passant par la refondation d’une Europe qui protège. Le premier est censé mieux toucher les électeurs centristes, et le second est censé enrôler les électeurs de la droite classique ou lepéniste.

Une dose de proportionnelle

Dès le début de la semaine, Nicolas Sarkozy a choisi de «tenir les deux bouts de la chaîne». En réalité, il a marqué le coup sur l’immigration. «Les électeurs de Marine Le Pen méritent un peu de considération», confirme, dans un bel euphémisme, l’un de ses plus proches conseillers. Ce jeudi soir, sur France 2, le candidat-président devait donc revenir sur l’une de ses propositions un peu oubliée: une dose de proportionnelle aux élections législatives. Proposition susceptible de séduire les partisans de Marine Le Pen comme ceux de François Bayrou.

«Il a toujours marché sur ses deux jambes et va continuer à le faire», affirme le sondeur Pierre Giacometti. «Il n’est pas question de parler plus d’immigration dans la première semaine, et plus de déficits dans la deuxième», jure-t-on au QG du candidat. «Quand il parle de la règle d’or ou du pacte de croissance de Mario Draghi, la presse ne s’y intéresse pas beaucoup», déplore Giacometti.

Depuis que François Bayrou a donné des signes de mauvaise humeur à l’endroit de Nicolas Sarkozy, on estime qu’il n’y a plus grand-chose à attendre du patron du MoDem. «Son intérêt stratégique est de nous rejoindre, mais son ego a toujours été plus fort que son intérêt», lâche un conseiller. En revanche, les électeurs du centre droit paraissent toujours à portée de main.

lefigaro.fr

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