Aung San Suu Kyi entre au Parlement

Aung San Suu Kyi s’est finalement résolue à prêter serment à la Constitution, mercredi, une décision saluée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en visite en Birmanie.

En Birmanie aussi, la politique peut être une question de vocabulaire. Élue pour la première fois au Parlement le 1er avril, Aung San Suu Kyi, la grande figure de l’opposition, a finalement accepté de «sauvegarder» la Constitution adoptée en 2008 par le régime militaire. «Nous avons décidé de nous soumettre, à ce stade, parce que nous ne voulons pas de problèmes ou de tensions politiques», s’est justifiée celle que ses partisans surnomment respectueusement la «Dame».

En prêtant serment mercredi au Parlement birman, la lauréate du prix Nobel de la paix a endossé le premier mandat électoral de son histoire, après deux décennies d’âpre lutte politique. «Je serai loyale à la République de l’Union de Birmanie et à ses habitants et tiendrai toujours en estime la non-désintégration de l’Union, la non-désintégration de la solidarité nationale et la perpétuation de la souveraineté», a-t-elle promis avec 33 autres députés de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Jusqu’à lundi pourtant, l’opposante insistait pour seulement «respecter» la charte constitutionnelle, refusant, si la formule rituelle n’était pas modifiée, de prêter serment.

Mardi, la décision de l’opposante a été saluée par les États-Unis, y voyant un «signe encourageant» du dialogue politique birman. Le patron de l’ONU, Ban Ki-moon, a, lui, salué le sens du compromis et la «flexibilité pour la cause supérieure du peuple» d’Aung San Suu Kyi, à l’issue d’une rencontre avec l’opposante mardi à Rangoun. En 2009, le secrétaire général des Nations unies était venu en Birmanie, mais n’avait pas été autorisé à s’entretenir avec la chef de file de l’opposition, alors en résidence surveillée. L’année précédente, dans la foulée du cyclone Nargis (138.000 morts et disparus), une nouvelle Constitution octroyant de larges pouvoirs à l’armée avait été adoptée par référendum dans des conditions controversées. En novembre 2010, Aung San Suu Kyi avait refusé de participer aux législatives organisées par la junte dans le cadre de cette nouvelle Constitution. Sa réécriture demeure un objectif à terme pour l’opposition. À l’été 2011 toutefois, l’amorce de réformes sous la houlette du nouveau président Thein Sein a décidé la «Dame» à revenir dans le jeu politique. Un pari jugé à haut risque par nombre d’observateurs qui doutent de la sincérité des militaires à mener l’ouverture.

En acceptant de prêter serment, Suu Kyi a désamorcé ce qui aurait pu être une première épreuve de force avec la junte depuis l’élection partielle du 1er avril, massivement remportée par les opposants regroupés au sein de la Ligue nationale pour la démocratie. Toutes les tensions n’ont pas été annulées pour autant, la «Dame» étant contrainte de donner des gages à ses troupes et de conserver une marge de manœuvre vis-à-vis à la junte.

Levée des sanctions

Un des leviers n’est autre que la levée des sanctions internationales imposées à la Birmanie. Pour Aung San Suu Kyi, cet allégement doit être consenti progressivement, en fonction des réformes accomplies par le pouvoir. En revanche, Ban Ki-moon a appelé mardi la communauté internationale à «faire plus». Après s’être entretenu avec Thein Sein, il a souhaité que l’on aille «encore plus loin dans la levée, la suspension ou l’allégement des restrictions commerciales ou autres sanctions». Le mois dernier, l’Union européenne a suspendu pour un an toutes ses sanctions, à l’exception de l’embargo sur les armes, en indiquant néanmoins que cette position pourrait être revue à tout moment. Les États-Unis, eux, n’ont fait qu’alléger certaines sanctions, excluant pour l’instant leur levée pure et simple. C’est davantage qu’une nuance de vocabulaire.

lefigaro.fr

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