Nutrition : des scientifiques misent sur les pommes d’antan

Au Royaume-Uni comme en France, des recherches visent à identifier les caractéristiques génétiques des fruits les plus appréciés.

Les pommes que mangeaient nos ancêtres étaient-elles meilleures pour la santé que celles d’aujourd’hui? C’est pour répondre à cette question qu’une équipe de chercheurs anglais du Royal Botanic Garden et de l’université Cranfield s’apprête à étudier des variétés de fruits d’antan, peu ou pas transformés par des siècles de sélection. Les scientifiques partent d’une étude montrant que la pomme Egremont Russet, une variété ancienne, contient dix fois plus de phytonutriments (des composants bioactifs dérivés des plantes qui ont des effets positifs sur la santé) que les pommes actuelles. Les chercheurs, qui se donnent trois ans pour remonter le temps, s’intéresseront aussi aux oignons, aux bananes, aux mangues et au thé.

«Les fruits et légumes que nous mangeons aujourd’hui ont souvent été cultivés et sélectionnés pour leur rendement, plutôt que pour leur qualité nutritionnelle, explique le Dr Mark Berry, de la firme Unilever (à l’origine du projet). Nous allons prendre le contre-pied de cette approche.» L’objectif est de réintroduire ces fruits bénéfiques pour la santé dans l’alimentation.

Créer de nouvelles variétés de fruits

Il existe environ 10.000 variétés de pommes – commercialisées, cultivées pour la fabrication du cidre ou tombées dans l’oubli. Pour François Laurens, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), à Angers, «il est toujours intéressant de caractériser les qualités des fruits et légumes pour approfondir notre connaissance de leur diversité. Cela dit, ce n’est pas parce qu’une pomme est ancienne qu’elle est forcément meilleure ou plus riche en nutriments. On trouve par exemple aujourd’hui des pommes destinées à la production de cidre qui sont plus riches en polyphénols (une sorte de phytonutriments) que les pommes à dessert».

C’est notamment pour répertorier ce patrimoine génétique que l’Inra de son côté a lancé en 2011 un projet européen de grande ampleur, en partenariat avec ses homologues anglais, belges, italiens entre autres. L’objectif est d’identifier sur chaque variété de pommier les gènes intéressants, comme ceux de la qualité, de la résistance au parasite ou de la teneur en fibres. «Actuellement, créer une variété de façon empirique, par des croisements successifs, prend 25 ans et coûte très cher», justifie François Laurens. À terme, les recherches lancées par l’Inra devraient permettre de fabriquer plus facilement, grâce aux techniques de la génétique, de nouvelles variétés de fruits mêlant l’ensemble des qualités attendues, notamment sur le plan nutritionnel.

Delphine Chayet (Le Fagaro)

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