Obama va aborder les dossiers qui fâchent avec Hollande

Quand François Mitterrand fut élu en 1981, l’Amérique fut prise totalement par surprise. La presse réagit avec catastrophisme, se demandant si «on pouvait faire encore confiance à la France». À Washington, où le secrétaire d’État Alexander Haig avait misé sur Valéry Giscard d’Estaing, il fallut toute l’influence de Richard Allen, conseiller à la Sécurité nationale, qui connaissait bien les nuances de la biographie de Mitterrand, pour convaincre Ronald Reagan d’adopter une position modérée vis-à-vis du chef d’État français, qui venait d’annoncer la nomination de quatre ministres communistes.

Quelques semaines plus tard, raconte aujourd’hui Richard Allen au Figaro, Reagan n’aurait qu’à s’en féliciter quand Mitterrand demanderait à le voir en privé, en marge du sommet du G7 à Montebello. Le Français allait offrir sur un plateau à l’Amérique de partager l’affaire Farewell, ce coup spectaculaire des services secrets français, qui mènerait au démantèlement d’un immense réseau d’espionnage soviétique. «Reagan n’a jamais développé de relation personnelle privilégiée avec Mitterrand, mais ce dernier a été un allié sans doute plus fiable que tous les présidents gaullistes», affirme Allen.

Trente ans plus tard, la panique qui avait traversé l’Amérique en 1981 n’est plus de mise, malgré l’arrivée d’un président socialiste. Barack Obama n’a pas tardé à appeler François Hollande dimanche soir pour le féliciter. Il lui a proposé des entretiens bilatéraux à la Maison-Blanche avant le G8, le 19 mai. Mais Obama a tenu à évoquer «les dossiers difficiles» qu’ils auront à gérer en commun. Le nouveau président français n’échappera pas aux sujets qui fâchent.

La relation franco-américaine est entrée dans l’inévitable période d’observation qui suit un changement de locataire à l’Élysée. «François Hollande est un nouveau. La priorité de la Maison-Blanche va être de cerner ses intentions et sa personnalité, notait hier l’analyste du Center for New American Security Richard Fontain. On ne sait pas vraiment quelles sont les convictions profondes de Hollande sur un sujet central comme l’Iran par exemple, où son prédécesseur avait un rôle moteur.»

L’avenir de la zone euro

La question qui tracasse surtout Washington est l’avenir de la zone euro. La volonté affichée du nouveau président socialiste de «renégocier» le pacte de discipline budgétaire européen inquiète toute la classe politique. Mais les marchés, qui n’ont que faiblement chuté hier à Wall Street, et l’administration démocrate semblent plus attentistes que les économistes conservateurs, très inquiets d’un «isolement de Merkel». Hollande dispose d’une faible marge de manœuvre, expliquent les analystes Danielle Pletka et Gary Schmidt, de l’American Enterprise Institute. «S’il poussait trop sur le front des politiques inflationnistes, les marchés plongeraient, et avec eux les espoirs de sauver l’euro. Il est peu probable qu’Hollande, bon Européen, veuille risquer de porter le blâme», prévoient-ils, pariant sur de «petites modifications, pas une réécriture de l’accord» avec Merkel.

Autre sujet de tension: Hollande a promis de retirer les troupes françaises d’Afghanistan dès décembre, au lieu d’attendre fin 2013 comme prévu par Sarkozy, qui avait déjà avancé d’un an le retrait. «Nous ne pesons pas si lourd en effectifs, mais cela embête les Américains car ils ont peur d’une ruée générale vers la sortie», notait hier une source française. Un compromis pourrait être trouvé si François Hollande décide de s’en tenir aux troupes de combat. Cela voudrait dire que des formateurs et des troupes d’appui pourraient rester sur place. Une autre manière d’apaiser les Américains pourrait être de donner des gages sur l’engagement financier de la France en Afghanistan après 2014. Mais Danielle Pletka et Gary Schmidt croient plutôt que l’armée sera le grand sacrifié des futurs budgets socialistes…

Une tendance qui n’arrangerait pas une Amérique soucieuse de rééquilibrer les contributions financières au sein de l’Alliance. Elle paie 75 % du budget de l’Otan, contre 50 % il y a dix ans.

lefigaro.fr

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