Hollande engage la bataille des législatives

Il n’est pas dans la nostalgie de sa campagne. Le président élu, François Hollande, a tourné la page de la présidentielle. Pour la dernière fois, il a réuni mercredi matin son conseil politique restreint aux ténors du PS. «Il s’agit de clôturer de façon simple et amicale la campagne longue qui vient de s’écouler», a déclaré Ségolène Royal avant la réunion. «On va clore une période et en ouvrir une autre», a aussi expliqué Martine Aubry.

Durant la réunion, François Hollande n’est revenu qu’en quelques mots sur la séquence qui vient de se terminer. Le nouveau chef de l’État a insisté sur l’idée qu’il fallait «réconcilier le pays avec lui-même» après qu’il s’est senti «divisé». À l’heure du déjeuner, devant son équipe de campagne au grand complet, «tassée» dans la grande salle du QG, il a évoqué quelques moments forts, notamment les grands meetings du Bourget ou de Bercy. Il a justifié sa stratégie de campagne et ironisé sur ceux qui lui avaient conseillé de prendre des risques. «Il y en avait déjà suffisamment à éviter! L’essentiel c’est de ne pas faire de faute», a-t-il déclaré, sûr de lui. L’ambiance était joyeuse autour du buffet. «Il y avait beaucoup d’émotion», a rapporté Pierre Moscovici.

Puis le président élu a fixé la route pour la suite: quelle que soit «la place» de chacun dans les semaines à venir, «tout le monde sera utile», a-t-il expliqué. «Certains vont aller ici, d’autres là, d’autres ne seront rien, ce n’est pas grave. C’est la règle qu’il faut accepter.» C’est sa seule allusion à la composition du futur gouvernement. Les ambitieux sont prévenus. Hollande reste secret, même s’il écoute les conseils qu’on lui prodigue. «Il veut maîtriser le temps», explique un proche. Le temps presse, cependant: toutes les hypothèses sont encore ouvertes.

Préserver «l’unité»

«Il est dans l’action immédiate, 100 % sur sa nouvelle fonction», explique un membre du conseil politique. François Hollande pense à la suite. En comité restreint, il a fixé la feuille de route et les enjeux des jours à venir. Tout d’abord, la question européenne: le 16 mai, il doit rencontrer à Berlin la chancelière allemande, Angela Merkel, avec qui il entend renégocier le traité budgétaire européen. Devant son conseil politique, François Hollande a expliqué comment il allait «jouer la partie», raconte-t-on. Il a aussi exigé le silence de ses troupes.

Le président élu sait qu’il ne peut pas commencer son quinquennat sur un échec. Alors, il multiplie les contacts européens depuis son élection. Dans l’après-midi, il s’est entretenu avec le président de l’Union Européenne, Herman Van Rompuy. Les deux hommes ont eu «un échange de vues extrêmement approfondi, constructif sur la situation de l’UE», a assuré Pierre Moscovici, très prudent. Jeudi, il rencontrera le premier ministre Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe.

Deuxième enjeu pour lui: les législatives de juin. Devant les ténors du PS, François Hollande a rappelé que ce serait la première secrétaire Martine Aubry qui préparerait la bataille et qu’il «ne participerait pas» à la campagne sauf pour demander une majorité présidentielle. Pour autant, les participants à la réunion assurent qu’il ne faut rien en conclure pour le choix de son futur premier ministre. «Il n’y avait rien qui prêtait à confusion», explique-t-on. L’argument de la cohérence du vote devrait faire office de programme pour le PS.

Les socialistes veulent croire que l’unité qu’ils ont affichée durant la campagne résistera au pouvoir. «C’est ce qui nous a permis de gagner. Personne ne veut prendre le risque de casser cette unité», explique un conseiller d’Hollande. Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry, les deux principaux candidats potentiels au poste de premier ministre, se tiennent donc à carreau.

Nicolas Barotte (Le Figaro)

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