Le baptême du feu européen d’Hollande

Le président élu multiplie les contacts avec les responsables de l’UE avant sa visite à Berlin, mercredi prochain.

Les affaires européennes s’imposent en tête des priorités internationales du président élu. Avant sa rencontre avec Angela Merkel, la semaine prochaine, François Hollande aura de nombreux contacts avec ses homologues de l’UE et les responsables bruxellois. Une noria marquée mercredi par la visite, à son QG parisien, du président du conseil européen, Herman Van Rompuy, précédant celle, jeudi, du président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Pour François Hollande, c’est le baptême du feu, la mue obligée du candidat socialiste, bardé de ses propositions économiques et sociales, en chef d’État confronté aux «lignes rouges» de ses pairs et aux contraintes budgé­taires. Des chiffres attendus en fin de semaine seront ainsi assez déterminants pour la capacité du nouvel élu à atteindre ses objectifs en matière de déficit budgétaire (3 % en 2013). Un paramètre majeur vient grandement compliquer l’équation: la menace d’un chaos en Grèce, avec de sérieux dommages collatéraux sur l’euro, si l’impasse politique ouverte à Athènes par le résultat des élections législatives du 6 mai se poursuit.

Ce pourrait être la première crise que le nouveau président de la République aurait à affronter. François Hollande «se tient informé de façon extrêmement précise» de la situation en Grèce, a indiqué Pierre Moscovici à l’issue des entretiens avec Herman Van Rompuy. À ces «informations» s’ajouteront celles que pourrait lui fournir Alexis Tsipras, le chef du parti de la gauche radicale grecque, chargé de former un gouvernement de coalition, qui a demandé à le rencontrer lors de son passage à Paris, jeudi et vendredi.

Vu de Bruxelles, l’inconnue grecque est d’ailleurs considérée sur le court terme comme potentiellement beaucoup plus inquiétante que les joutes sur la stratégie de croissance ou la renégociation du traité budgétaire européen. Si, de part et d’autre du Rhin notamment, l’affichage de positions fermes reste de rigueur, l’épure de nouvelles convergences s’esquisse, même si bien des péripéties sont à venir. Comme Herman Van Rompuy mercredi à Paris, Jean-Claude Juncker fera vraisemblablement aujourd’hui écho au Nein réitéré par Angela Merkel à toute renégociation du pacte budgétaire, contrairement à l’engagement du candidat Hollande. Mercredi encore, la chancelière allemande a estimé, dans une déclaration manifestement adressée à la France, que «chacun doit s’en tenir à ce que nous avons décidé», en se prononçant à vingt-cinq pays en faveur du pacte budgétaire, le 2 mai dernier à Bruxelles.

«Coalition des bonnes volontés»

La relance de la croissance en Europe, en revanche, fait son chemin. L’idée n’est pas née des réflexions de l’équipe Hollande, même si le candidat en a fait son miel: elle a émergé de plusieurs sources, notamment des institutions bruxelloises, au creux de l’hiver dernier, devant le constat que la politique de rigueur allait trop loin, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie. Le concept reste à formaliser, des compromis à atteindre, mais une dynamique est lancée, relayée par les déclarations de plusieurs ténors. Jean-Claude Juncker vient de souligner dans une interview à la chaîne allemande ZDF que des éléments de croissance, «pas nécessairement sous la forme d’un traité», pourraient être adjoints à ce dernier. Herman Van Rompuy s’est dit lui aussi favorable à des initiatives pour relancer la croissance, de même que l’Italien Mario Monti, qui a appelé mercredi à une «coalition des bonnes volontés», avant le sommet extraordinaire prévu à Bruxelles, le 23 mai. Mais avant cela, il y aura, pour François Hollande, le rendez-vous de Berlin.

Alain Barluet (Le Figaro)

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