Le conflit syrien s’étend au nord du Liban

Trois personnes sont mortes à Tripoli dans des affrontements confessionnels.

Plus que toute autre ville du Liban, Tripoli ressent l’onde de choc du conflit syrien. La grande ville du Nord, où l’influence de Damas reste importante via des groupes acquis à sa cause, a été le théâtre d’affrontements au lance-roquettes et à l’arme automatique qui ont fait trois morts durant le week-end. Dimanche soir, la tension était loin d’être retombée, l’armée s’est déployée en plusieurs points de la ville.

Tout a commencé par l’arrestation samedi par la Sûreté générale d’un responsable salafiste, Cheikh Mawlawi, soupçonné de s’être rendu en Syrie épauler les rebelles qui luttent depuis quatorze mois pour faire tomber le régime de Bachar el-Assad. Pour protester contre cette arrestation par un service proche du Hezbollah chiite, prosyrien, un sit-in a été organisé par une centaine de jeunes, en majorité islamistes, à l’entrée sud de la ville, protégés par des hommes en armes des Forces de sécurité intérieure, le service proche des sunnites libanais antisyriens.

«D’un seul coup, les manifestants ont essuyé des tirs venus de voitures qui passaient ainsi que de francs-tireurs», déclare au Figaro le député de Tripoli, Misbah Ahdab. L’un des manifestants a été tué lorsqu’ils ont voulu s’approcher d’un bureau du Parti social nationaliste syrien (PSNS), une formation libanaise pro-el-Assad, tandis qu’un officier de l’armée était abattu par un tireur embusqué. Un autre manifestant a péri dimanche lors de nouveaux affrontements. Cette flambée de violences n’est que le dernier des accrochages récurrents qui opposent le quartier à majorité sunnite de Bab al-Tabene, où se sont réfugiés des opposants syriens, et celui de Djebel Mohsen, où se concentrent les alaouites sympathisants du régime de Damas. En février, déjà, des heurts avaient fait 3 morts et 20 blessés.

Capacité de nuisance

«Nous ne lèverons pas le camp avant que mon frère soit libéré», martèle Nizar al-Mawlawi, le frère du cheikh sous les verrous. Les sunnites tripolitains sont d’autant plus en colère qu’il y a quelques semaines, Fayez Karam, un proche collaborateur du général Michel Aoun, partenaire du Hezbollah au gouvernement, a, lui, été remis en liberté après seulement deux ans d’emprisonnement pour avoir pourtant collaboré pendant de très longues années avec Israël. «Pour le Hezbollah qui se prétend anti-israélien, c’est quand même surréaliste», note avec amertume Omar Karamé, un homme d’affaires de Tripoli.

Au-delà,ces violences illustrent les divisions d’un Liban écartelé entre une opposition soutenue par Washington et hostile au régime syrien- en gros les sunnites et une majorité de chrétiens – et le camp du Hezbollah qui domine le gouvernement, fort de l’appui de Damas et Téhéran. Pour l’instant, Bachar el-Assad a choisi de laisser le pays du Cèdre à l’écart des turbulences syriennes, mais jusqu’à quand en sera-t-il ainsi? «Les Syriens vont chercher à alimenter la confrontation au sein de l’armée libanaise, où sunnites et chrétiens se mêlent aux chiites», redoute Misbah Ahdab.

Non sans raison, Damas accuse son voisin de fermer les yeux sur les armes et les combattants qui passent clandestinement en soutien de la rébellion. Il y a quinze jours, un bateau d’armes destiné aux insurgés syriens a été découvert au port de Tripoli. «On ne peut pas laisser des familles entières se faire tuer sans réagir», rétorque le cheikh salafiste Bilal Dakmak, lié aux manifestants syriens. Prudemment, le premier ministre, Najib Mikati, un riche entrepreneur sunnite de Tripoli, a adopté une politique de «distanciation» vis-à-vis des événements en Syrie. Mais l’équilibre n’est pas facile à tenir. «Il est trop lié au régime syrien», constate un autre responsable tripolitain. La famille Mikati est en effet associée au clan el-Assad dans certaines affaires, notamment la téléphonie mobile. Une fois au moins, ces derniers mois, Mikati a été carrément convoqué par Bachar el-Assad, et nombreux sont ceux qui lui reprochent de ne pas s’opposer assez fermement au renvoi d’opposants syriens venus se réfugier au Liban.

«Distanciation cela veut dire d’une part arrêter les armes qui passent vers la Syrie, mais aussi ne pas soutenir el-Assad», note le député Ahdab. Or en un an de révolte, plus d’une dizaine de Libanais ont été tués sur leur territoire par des tirs de l’armée syrienne, sans la moindre conséquence sur les relations entre les deux pays. «C’est tout une accumulation de frustrations qui explique la violence du week-end», ajoute le député tripolitain, qui ne voit pas les choses s’apaiser de sitôt. Grâce à ses réseaux hérités de trente ans d’occupation, la Syrie garde une importante capacité de nuisance chez son voisin.

lefigaro.fr

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