Grèce : ultimes tractations avant un retour aux urnes

Malgré la situation financière critique, les partis semblent incapables de mettre de côté leurs intérêts électoraux.

La Grèce n’a plus que deux milliards d’euros dans ses caisses. C’est peu, si elle souhaite continuer à payer les salaires de ses 800.000 fonctionnaires – qui n’étaient que 400.000 en 1981 à l’arrivée des socialistes au pouvoir. Pour pouvoir honorer ses échéances, l’État devait recevoir au mois de juin une tranche de huit milliards d’euros de prêts bonifiés européens. Aux termes des accords signés, cette tranche ne devait être libérée qu’après constatation par les représentants de la troïka (BCE, FMI, UE) que les réformes structurelles promises avaient bien été réalisées. Comme le pays est paralysé par son processus électoral depuis deux mois, rien n’a été fait. La situation financière de la République hellénique est donc particulièrement critique ; elle pourrait être déclarée en faillite dès le 30 juin.

Pendant la semaine qui a suivi les élections législatives du 6 mai, les seuls qui semblaient ne pas se rendre compte que le pays était au bord du gouffre étaient les politiques, obnubilés par leurs intérêts électoraux. Ainsi Alexis Tsipras, le Mélenchon local, à qui les sondages promettent une progression de son parti Syriza de trois points en cas de nouveau scrutin, s’est constamment refusé à toute concession qui aurait permis à un gouvernement de réunir une majorité au Parlement. «La question que l’Histoire pose désormais à chacun de nos politiciens est la suivante: sa priorité est-elle l’avenir de la Grèce ou seulement l’avenir électoral de son parti?», nous expliquait lundi après-midi le journaliste politique Georges Vlavianos.

Heureusement pour le pays, il y a un homme qui a compris que la Grèce ne pouvait s’offrir le luxe de nouvelles élections et qu’il fallait tout tenter pour lui trouver un gouvernement: le président de la République. Habile négociateur – il fut ministre des Affaires étrangères de 1985 à 1989 et de 1993 à 1996 -, Karolos Papoulias a proposé lundi soir une nouvelle idée aux chefs des trois partis du centre de l’échiquier politique – Pasok, Nouvelle Démocratie (ND) et Gauche démocratique (GD) – qu’il avait convoqués dans son bureau: la constitution d’un gouvernement de technocrates. Fotis Kouvélis, le chef de la GD, a mis une condition: un soutien œcuménique au Parlement, qui engloberait les gauchistes de Syriza.

Comme il n’est pas sûr que Tsipras, dont le bureau est décoré d’un portrait de Fidel Castro, accepte de soutenir un tel gouvernement pro-européen, le président Papoulias s’est réservé deux options pour la journée du mardi 15 mai. À 13 heures, il recevra, en tête à tête, Kamenos, le leader du parti de droite nationaliste des «Indépendants», pour tenter de lui arracher une éventuelle participation à un gouvernement avec le Pasok et la ND. Mais, à 14 heures, il a convoqué les chefs des cinq partis représentant le nouveau spectre électoral grec – à l’exception des communistes du KKE et des néo-fascistes d’Aube dorée -, afin de leur proposer de soutenir au Parlement un gouvernement de technocrates.

À l’évidence, cette deuxième option, si elle était validée, serait le mieux à même de calmer les marchés et de rassurer un tant soit peu une troïka de plus en plus excédée…

lefigaro.fr

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