La folle semaine diplomatique de François Hollande

Sitôt investi, François Hollande ira mardi soir à Berlin puis, vendredi, à Washington, à Camp David et à Chicago.

Quand, dans une semaine tout juste, François Hollande sera de retour à Paris après son premier périple diplomatique, sa stature présidentielle, quelle qu’elle soit, aura commencé à prendre forme. Car en quelques jours le nouveau chef de l’État, novice sur la scène internationale, se sera confronté aux dirigeants de quelques-uns des principaux pays de la planète: Angela Merkel, Barack Obama, David Cameron, Dmitri Medvedev et consorts… Cela, au fil d’un périple qui le mènera à Berlin dès mardi soir puis à la Maison-Blanche, à Washington, vendredi, et quelques heures plus tard à l’ouverture du sommet du G8 à Camp David. Dimanche matin, le nouveau président de la République sera à pied d’œuvre à Chicago avec ses vingt-sept homologues de l’Otan.

L’épreuve du feu? Oui et non. Certes, avec la chancelière allemande, avec les membres du G8, avec le président américain, l’ex-candidat socialiste abordera les sujets les plus lourds: l’euro, la relance en Europe, l’Iran, la Syrie, le retrait d’Afghanistan… Des jalons vont être posés, un style émergera. Mais le temps des bras de fer viendra plus tard, après celui des présentations. Sur Camp David devrait souffler l’«esprit de Rambouillet», selon le mot d’un diplomate faisant référence aux rencontres initiées en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing et permettant des discussions informelles entre chefs d’État.

Nul doute que, cette fois encore, le «club» cherchera à afficher son unité sur des sujets brûlants, comme le nucléaire iranien ou la répression en Syrie. De même, à Chicago, l’Alliance dans son ensemble, France comprise, aura à cœur de converger pour soutenir le rôle de l’armée et du gouvernement afghan dans l’après 2014, même si des décalages persistent sur le calendrier du retrait et le financement de la reconstruction.

«Un signal fort»

C’est dans ce même état d’esprit -ne pas brusquer son interlocutrice- que François Hollande part mardi à Berlin. «Cette visite est un signal fort avec, pour objectif, une prise de contact personnelle et l’établissement d’un programme de travail pour les semaines à venir. La croissance européenne sera au cœur de l’entretien», indique-t-on dans l’entourage du président. Celui-ci sera accompagné d’une «task force» européenne chevronnée: outre Pierre Moscovici, Jean-Michel Casa, directeur de l’Union européenne au Quai d’Orsay et Philippe Léglise-Costa, numéro deux de la représentation permanente à Bruxelles. Le conseiller diplomatique Paul Jean-Ortiz et l’inspecteur des Finances Emmanuel Macron seront également du voyage. Dès le lendemain de l’élection, la chancelière avait indiqué qu’elle recevrait «à bras ouverts» le nouvel élu. De chaque côté du Rhin, pourtant, on a soufflé le chaud et le froid.

À la «nécessité de renégocier le pacte budgétaire» (Benoît Hamon, porte-parole du PS) ont répondu les menaces à demi-mot d’une dégradation de la note française (Volker Kauder, patron des conservateurs au Bundestag). Le ministre des Finances, Walter Schäuble, a quant à lui esquissé la perspective d’un compromis, en soulignant qu’une croissance «forte et assise sur une base solide» n’est «en aucun cas contradictoire avec l’assainissement budgétaire».

Renégociation hasardeuse

La rencontre a été minutieusement préparée. Ces derniers jours, les notes envoyées par l’ambassade de France au président élu ont souligné que la chancelière n’entendait pas dévier de sa ligne rouge, la non-renégociation du pacte budgétaire. En revanche, certaines propositions formulées par le candidat Hollande pourraient, sous condition, recevoir un accueil plutôt favorable à Berlin: cela serait le cas du recours plus intensif à la Banque européenne d’investissements et des project bonds traduisant, non pas la mutualisation des dettes (les eurobonds, dont Berlin ne veut pas entendre parler) mais un engagement de l’Union européenne sur des projets innovants. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), ses interventions auprès des États seraient tolérées, en sous-main, comme c’est le cas actuellement, mais sans que ce rôle soit officialisé – ce qui remettrait en cause la sacro-sainte indépendance de l’établissement défendue par l’Allemagne.

Si l’on est bien conscient, côté français, qu’une renégociation s’annonce hasardeuse, on souhaite un complément au traité, une formule acceptable pour Berlin. Au mieux, on souhaiterait à Paris qu’un deuxième traité soit approuvé au Bundestag. Cela dépendra, entre autres, de la situation politique d’Angela Merkel, malmenée dimanche par sa défaite électorale en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Dans l’entourage de François Hollande, on sait aussi que ce revers ne signifie pas un rejet de la discipline budgétaire à laquelle les Allemands sont par-dessus tout attachés. «Aujourd’hui, il ne s’agira pas de régler les problèmes mais d’initier des relations suivies», résume-t-on dans l’entourage présidentiel.

Alain Barluet (Le Figaro)

Cette entrée a été publiée dans Actualités, International, Politique, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir