Les dix incontournables du futur gouvernement

Pour former son équipe ministérielle, François Hollande doit tenir compte de savants équilibres.

Fin du supplice chinois pour les premiers ministrables. Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry et Manuel Valls, voire Michel Sapin, vont enfin savoir s’ils ont été choisis pour le poste de premier ministre. François Hollande nommera ce mardi, après son investiture, le chef du gouvernement.

En dépit de sa condamnation en 1997 pour favoritisme, le président du groupe PS à l’Assemblée et maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, conserve ses chances face à la première secrétaire du PS, Martine Aubry, et au député de l’Essonne Manuel Valls. Dès vendredi, alors que les rumeurs enflaient sur cette affaire vieille de quinze ans, un membre de l’entourage d’Hollande avait laissé pointer son agacement: «Les bruits sur Ayrault, ça ne vient pas de la droite. Mais ceux qui s’amusent à ça ne sont pas sûrs d’en profiter.» Hollande veut garder la main et ne pas se laisser imposer ses choix.

Une fois son premier ministre nommé, le président se donnera une journée pour finaliser avec lui la composition du gouvernement qu’il officialisera mercredi, probablement en fin de journée. À moins d’une surprise, le président socialiste va rester sur la même ligne, celle du secret. Les ministrables vont donc devoir faire preuve d’un peu de patience encore. Certes, une dizaine sont d’ores et déjà assurés de décrocher un portefeuille. Parmi eux, les amis de toujours, comme Michel Sapin, les poids lourds et les «incontournables» du PS comme Laurent Fabius, Manuel Valls, Pierre Moscovici, etc. François Hollande doit faire une place à chacun s’il veut préserver l’unité du parti, assurer un équilibre entre les différents courants.

Parité et diversité

L’exercice de la composition du gouvernement s’annonce très compliqué. En raison notamment des règles qu’avait posées François Hollande avant son élection. Ainsi, a-t-il promis de respecter la parité, non pas sur les seuls ministres de plein exercice mais sur l’ensemble des membres du gouvernement, secrétaires d’État compris. Plusieurs noms reviennent régulièrement: Aurélie Filippetti, Nicole Bricq (Budget), Valérie Fourneyron (Sports), etc. Hollande avait par ailleurs évoqué, le 7 mars, son souhait de faire une place à des personnes issues de la diversité dans son gouvernement. Les nominations de Najat Vallaud-Belkacem et de Fleur Pellerin permettraient de cocher cette case en plus de la case femmes. S’ajoute la question des alliés, autrement dit de la place à laisser à Europe Écologie-Les Verts, au Front de gauche et aux radicaux de gauche. Le désistement de la socialiste Danièle Hoffmann-Rispal dans la 6e circonscription de Paris au profit de Cécile Duflot a été interprété comme le signal de l’entrée au gouvernement de celle-ci.

Au final, François Hollande pourrait être contraint d’écarter quelques-uns de ses fidèles. Comme l’avait fait Nicolas Sarkozy en 2007 en ne nommant pas au gouvernement un de ses amis d’alors, Patrick Devedjian. François Hollande semble s’y être résigné depuis quelques semaines déjà. «La parité? Il faudra bien…», avait-il confié à quelques journalistes avant le premier tour. «Le plus compliqué avec la parité, ce n’est pas de trouver des femmes mais d’écarter les hommes compétents», expliquait-il alors.

La «patronne»


Martine Aubry rêvait de Matignon. Mais ses chances d’accéder à ce poste sont désormais très minces. François Hollande souhaite s’entourer de personnes avec lesquelles l’entente est bonne. Ce n’est pas le cas avec Martine Aubry. «La Dame des 35 heures» peut en outre apparaître comme trop clivante à un président qui a promis de rassembler tous les Français. Ministre en charge de l’Emploi sous les gouvernements Cresson, Bérégovoy et Jospin – elle était alors numéro 2 du gouvernement -, Martine Aubry pourrait hériter d’un grand portefeuille ministériel dont Hollande a fait une de ses priorités, celui de l’Éducation, et qui pourrait être élargi à la Culture.

• Le trublion


François Hollande était pour Arnaud Montebourg «le seul défaut» de Ségolène Royal. Cinq années sont passées depuis ces déclarations. Le président élu qui, sans rien oublier, semble avoir passé l’éponge, devrait confier un ministère à Montebourg. Son nom a circulé pour la Justice ou pour l’Industrie. Arrivé en troisième position à la primaire socialiste, avec 17,19 % des voix, le député de Saône-et-Loire s’est depuis montré d’une grande loyauté vis-à-vis du candidat PS, soutenant celui-ci et s’abstenant de toute déclaration malencontreuse. Apôtre de la démondialisation et du patriotisme industriel, la présence de Montebourg au gouvernement permettrait à Hollande d’envoyer un signal à l’aile gauche du PS.

• Le favori


Jean-Marc Ayrault vient d’être rattrapé par une condamnation vieille de quinze ans pour favoritisme. Mais il est toujours en pole position pour Matignon. À 62 ans, le discret maire de Nantes, auquel certains reprochent son manque de charisme, entretient d’excellentes relations avec Hollande. Président du groupe PS à l’Assemblée depuis 1997, il connaît parfaitement le Parlement, où ils sont nombreux à le présenter comme un homme de consensus. Ce qui est un atout pour Matignon. Autre point fort: il connaît l’Allemagne. Mais choisir Ayrault n’est pas sans risque. L’intéressé n’a aucune expérience ministérielle, tout comme le président.

• L’écolo


Dès le 7 mai, Cécile Duflot annonçait qu’elle était prête à lâcher ses fonctions de première secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts. Pour devenir ministre? Sans aucun doute. Son parti a d’ailleurs adopté à 83 % des voix le principe d’une participation des écologistes au gouvernement. Les écologistes seront récompensés. Ils ont été un soutien sans faille de Hollande, se rangeant derrière sa candidature au soir du premier tour et acceptant de voir celui-ci renoncer à des pans entiers de l’accord signé avec le PS. À 37 ans, Cécile Duflot pourrait se voir confier un ministère. D’autres écologistes sont aussi sur les rangs: Jean-Vincent Placé et l’ex-candidate Eva Joly.

• L’ami


Ils partagent leur goût pour les bons mots et ont une forme de légèreté en commun. Michel Sapin est un très proche de François Hollande. Depuis qu’ils se sont rencontrés en 1977, à l’école des officiers d’Angers, ils ne se sont jamais éloignés. Durant la campagne, c’est à lui qu’Hollande a confié son projet. Sapin, 60 ans, pourrait être nommé à Bercy ou à la Justice. Deux portefeuilles que le député de l’Indre et maire d’Argenton-sur-Creuse connaît bien, puisqu’il fut ministre de l’Économie et des Finances dans le gouvernement Bérégovoy, après avoir été ministre délégué à la Justice sous Rocard. Depuis quelques jours, Sapin est à nouveau cité pour Matignon. Le scénario semble peu vraisemblable.

La cheville ouvrière


Après la chute de Dominique Strauss-Kahn dont il était proche, Pierre Moscovici avait rejoint François Hollande. Nommé directeur de campagne du candidat PS, il a été éclipsé par Manuel Valls en charge de la communication. «Mosco», 54 ans, sait désormais qu’il lui sera difficile d’obtenir Matignon. Ministre délégué aux Affaires européennes, il aimerait à défaut se voir confier le prestigieux ministère des Affaires étrangères. Un portefeuille que vise aussi l’ex-premier ministre Laurent Fabius.

• L’homme du non


Il avait choisi Aubry et bataillé contre la candidature d’Hollande. Pour sceller la réconciliation, Laurent Fabius s’était ensuite vu confier la préparation des cent premiers jours de la présidence. Et avait été missionné pour apporter la contradiction à Nicolas Sarkozy sur France 2. Ancien premier ministre, ancien ministre de l’Économie et des Finances et ancien président de l’Assemblée, va-t-il retrouver à 65 ans un poste ministériel? «Nous ne le laisserons pas sans emploi», a confié Hollande. Le Quai d’Orsay semble avoir sa faveur, mais le poste est convoité, notamment par Pierre Moscovici. Une telle nomination pourrait aussi être mal interprétée puisque Fabius a milité pour le non au référendum de 2005.

• L’experte


Marisol Touraine, 53 ans, fille du sociologue Alain Touraine, devrait être nommée ministre des Affaires sociales. Un choix qui sonne comme une évidence. Députée et présidente du conseil général d’Indre-et-Loire, cette ancienne strauss-kahnienne dispose de deux atouts. Primo, sa solide connaissance des dossiers sociaux. Durant la campagne, c’est elle qui a préparé, au côté de Hollande, le coup de pouce au smic, la conférence sociale avec les syndicats en septembre et le retour à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant toutes leurs annuités. Secundo, sa nomination facilitera la tâche de François Hollande qui s’est engagé à respecter la règle de la parité au gouvernement.

• L’indispensable


Manuel Valls, 49 ans, convoitait Matignon. À défaut, il pourrait se voir confier l’Intérieur. Ex-directeur de la communication de la campagne d’Hollande, il a su se rendre indispensable. Sans renier ses convictions sur la TVA sociale, il a défendu le programme du candidat PS. Classé à la droite de la gauche, bon dernier de la primaire socialiste, le député maire de la ville sensible d’Évry (Essonne) prône la fermeté en matière de sécurité. Nicolas Sarkozy, qui appréciait ses positions, avait tenté de le débaucher en 2007. Dans quelques jours, cet Espagnol naturalisé français en 1982 fera son entrée au gouvernement. Avec la ferme intention de démontrer que les questions de sécurité ne sont plus taboues à gauche

• Le fidèle


Jean-Yves Le Drian, 64 ans, rêve de la Défense. Très au fait de ces questions, il avait pris des contacts en vue du sommet de l’Otan prévu les 20 et 21 mai à Chicago. Mais ce proche de François Hollande, qu’il connaît depuis 1979, décrochera-t-il finalement le ministère de ses rêves? Depuis quelques jours, les chances d’aboutir du président de la région Bretagne sont à la baisse. En effet, les ambitions de Pierre Moscovici pour le Quai d’Orsay pourraient amener François Hollande à nommer Laurent Fabius à l’Hôtel de Brienne, laissant par ricochet Jean-Yves Le Drian sans portefeuille. L’intéressé a soutenu François Hollande dès sa candidature à la primaire.

Anne Rovan (Le Figaro)

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