Qui fait quoi chez Hollande : les cinq postes-clés de l’Elysée

Pourquoi le « sherpa » du Président porte-t-il ce nom exotique ? Le secrétaire général de l’Elysée est-il plus puissant que le Premier ministre ? Quelle est la différence entre le directeur de cabinet et le chef de cabinet ? Et qu’est-ce qui rend le conseiller spécial si… spécial ?

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Le secrétaire général de l’Elysée

Pierre-René Lemas, 61 ans, préfet, jusqu’ici directeur de cabinet du président du Sénat. Ancien de la promotion Voltaire de l’Ena (1980), comme François Hollande.


Pierre-René Lemas

C’est lui qui apparaîtra, derrière un micro planté sur le perron de l’Elysée, pour dévoiler d’une voix monocorde la composition du gouvernement :

« Sur proposition du Premier ministre, le président de la République a nommé… »

Longtemps, les Français n’ont pas eu d’autres occasions d’apercevoir le visage du secrétaire général de l’Elysée. C’est pourtant, après le Président lui-même, le personnage le plus puissant du palais – et parfois même, de France.

Mi-technocrate, mi-conseiller politique, le « SG » est le plus proche collaborateur du « PR » (président de la République). Il dirige l’ensemble des conseillers ou veille sur les «domaines réservés» du Président – la défense et les affaires étrangères –, mais l’aide aussi à élaborer sa stratégie.

Sous Sarkozy, un vice-président

C’est ainsi Dominique de Villepin, en poste de 1995 à 2002, qui en 1997 a convaincu Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée nationale. On connaît la suite : l’arrivée à Matignon de Lionel Jospin.

Dominique de Villepin, justement, n’est pas le seul secrétaire général à s’être ensuite illustré ou lancé en politique. Dans la liste, on trouve notamment :

  • Edouard Balladur, passé dans le privé à la mort de Georges Pompidou en 1974, ministre de l’Economie sous la première cohabitation et Premier ministre sous la deuxième ;
  • Pierre Bérégovoy, arrivé à l’Elysée en 1981 avec François Mitterrand, nommé ministre l’année suivante, et Premier ministre en 1992 ;
  • Jean-Louis Bianco, son successeur, nommé à son tour ministre en 1991, aujourd’hui député et président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence ;
  • Hubert Védrine, en poste jusqu’au départ de François Mitterrand en 1995, nommé ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin deux ans plus tard ;
  • Dominique de Villepin, secrétaire général pendant le premier mandat de Jacques Chirac, et ministre et Premier ministre pendant le second ;
  • Claude Guéant, passé de l’Elysée au ministère de l’Intérieur en 2011, aujourd’hui candidat aux législatives dans les Hauts-de-Seine.

Claude Guéant

Par la volonté de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant avait totalement transformé la fonction. Pour la première fois, le secrétaire général sortait de l’ombre, acceptait les interviews… et court-circuitait publiquement François Fillon, en annonçant avant lui les décisions du gouvernement. Pour accéder au Président, les ministres passaient par lui, faisaient part de leurs doléances. C’est lui qui avait la main sur la communication des ministres, et souvent le choix des membres de leur cabinet.

Cela lui avait valu d’être décrit, au choix, comme un vice-président, un Premier ministre bis, ou un nouveau cardinal de Richelieu.

Son successeur, Xavier Musca, ancien directeur du Trésor, est revenu à la conception traditionnelle de la fonction.

C’est aussi le profil qu’a choisi François Hollande en nommant le préfet Pierre-René Lemas. Un haut fonctionnaire qui est doublement hollando-compatible :

  • il était jusqu’ici directeur de cabinet du président du Sénat, Jean-Pierre Bel, un proche du nouveau chef de l’Etat ;
  • surtout, c’est une vieille connaissance de François Hollande, puisqu’ils ont étudié ensemble à l’Ena, en 1980, dans la promotion Voltaire.
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La directrice de cabinet

Sylvie Hubac, 56 ans, conseillère d’Etat, elle aussi ancienne élève de la promotion Voltaire de l’Ena.


Sylvie Hubac

Dans les ministères, les directeurs de cabinet concentrent les pouvoirs. Pas chez le Président, où le secrétaire général joue déjà ce rôle : le « dir cab » de l’Elysée, lui, est surtout chargé de faire tourner la machine.

C’est à lui de gérer le budget et le personnel de l’Elysée. Soit, tout de même, 108,9 millions d’euros et 900 personnes en 2012. Le directeur de cabinet sortant, le préfet Christian Frémont, a aussi dû superviser les travaux de rénovation du palais.

L’intendance, mais pas seulement

La fonction ne se limite cependant pas à l’intendance. Nicolas Sarkozy avait confié à sa première « dir cab », Emmanuelle Mignon, l’audiovisuel et la réforme des institutions. Selon Le Figaro, Christian Frémont a, lui, suivi de près l’enquête sur Mohamed Merah.

La plupart des « dir cab » de l’Elysée retournent ensuite dans la haute fonction publique – avec une jolie promotion. Dans la liste des titulaires du poste, on peut néanmoins signaler :

  • André Rousselet, venu du privé pour diriger le cabinet de François Mitterrand en 1981, est reparti l’année suivante pour diriger le groupe Havas puis fonder Canal+ ;
  • Gilles Ménage, « dir cab » adjoint puis « dir cab » tout court jusqu’en 1992, a été placé par François Mitterrand à la tête d’EDF – mais a aussi été condamné pour son rôle dans l’affaire des écoutes de l’Elysée ;
  • Emmanuelle Mignon, une des principales conseillères de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007, n’a tenu qu’un an au poste de « dir cab », dans l’ombre de son rival Claude Guéant ; elle a préféré rejoindre Europacorp, le groupe de Luc Besson, mais l’a quitté cette année pour participer à la nouvelle campagne du Président sortant.
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Le chef de cabinet

Pierre Besnard, 46 ans, sous-préfet, jusqu’ici chef de cabinet de Jean-Pierre Bel au Sénat.

Si le directeur de cabinet est le « super-intendant » de l’Elysée, le chef de cabinet est, lui, le « super-assistant » du Président. C’est lui qui organise les déplacements du chef de l’Etat, qui supervise son emploi du temps, ou qui gère sa correspondance.

Pour ce poste de confiance – mais ingrat –, le premier président socialiste, François Mitterrand, avait choisi un de ses proches au PS, Jean Glavany : « chef de cab » jusqu’en 1988, il fera ensuite une belle carrière politique, comme député des Hautes-Pyrénées et ministre de l’Agriculture sous Lionel Jospin.

Nicolas Sarkozy, lui, avait recruté de jeunes hauts fonctionnaires. Son premier chef de cabinet, Cédric Goubet, venu du ministère de l’Intérieur, a depuis rejoint le groupe Safran, dont il dirige une des filiales.

Le second, Guillaume Lambert, a mis ses capacités d’organisation au service du Président, puis du candidat : il a quitté l’Elysée pour diriger la campagne de Nicolas Sarkozy. Et celui-ci ne l’a pas oublié : la semaine dernière, lors du dernier conseil des ministres du quinquennat, il a nommé son ancien « chef de cab » préfet.

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Le sherpa

Poste pas encore officiellement attribué.

Il n’a peut-être jamais mis les pieds sur les sommets de l’Himalaya, mais il fréquente tous les sommets réunissant les dirigeants de la planète. Le représentant du Président chargé de préparer les rencontres et les négociations a donc hérité du nom de l’ethnie tibétaine.

Ce jeu de mots – qui marche aussi bien en anglais qu’en français – serait dû à The Economist. Le magazine l’aurait inventé en 1979, à une époque où on ne parlait pas de G20 ou même de G8, mais de G7. Les « sherpas » n’imaginaient pas non plus que le rythme des sommets européens allait s’accélérer.

Le surnom est resté, au point que Nicolas Sarkozy l’a transformé en titre bien réel en 2007 : au journal officiel, l’ambassadeur Jean-David Levitte a été très officiellement nommé « conseiller diplomatique et sherpa ».

Des fonctions qu’il avait déjà occupées sous Jacques Chirac. Elles sont en général confiées à des diplomates chevronnés – Jean-David Levitte avait même gagné le surnom de « diplomator» –, qui les cumulent avec celles de conseiller diplomatique du Président.

François Mitterrand, pourtant, n’avait pas recruté ses sherpas au Quai d’Orsay et parmi ses conseillers diplomatiques :

  • Jacques Attali, le premier sherpa du Président socialiste, était aussi son conseiller spécial ;
  • Anne Lauvergeon, qui avait débuté sa carrière dans l’industrie, cumulait les fonctions de sherpa avec celles de secrétaire générale adjointe de l’Elysée, de 1990 à 1995 (et deviendra plus tard la patronne d’Areva).

Le poste n’a pas encore été officiellement attribué, à en croire le communiqué publié ce mardi après-midi et révélant l’organigramme de l’Elysée. Il pourrait cependant être confié à Emmanuel Macron, le nouveau secrétaire général adjoint de l’Elysée, chargé des dossiers économiques. Ce jeune inspecteur des Finances – 34 ans – était jusqu’ici associé-gérant de la banque d’affaires Rotschild.

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Le conseiller spécial

Aquilino Morelle, la « plume » de Lionel Jospin à Matignon, et celle de François Hollande pendant la campagne.


Aquilino Morelle

Il y a un conseiller diplomatique, un conseiller presse, une dizaine de conseillers techniques, mais il y a surtout le conseiller… spécial. Pourquoi « spécial » ? Parce qu’il a été choisi pour sa proximité avec le Président, et parce qu’il lui sert à la fois de confident et de boîte à idées. Il peut être officiellement nommé, ou alors s’imposer par la force des choses et des affections.

Là aussi, Nicolas Sarkozy a transformé la fonction, en nommant Henri Guaino, sa plume pendant la campagne électorale de 2007, et en l’autorisant à multiplier les interventions dans les médias.

Comme Claude Guéant, Henri Guaino est devenu de facto un des porte-parole du Président. Et comme lui, il s’est à nouveau engagé dans la campagne de 2012 et se présente aux législatives, pour se lancer de manière définitive dans une carrière politique.

Henri Guaino était moins discret que ses prédécesseurs :

  • Jacques Attali, qui cumulait donc les fonctions de conseiller spécial et de sherpa, et qui en tirera plus tard « Verbatim », un récit en trois volumes du règne de François Mitterrand ;
  • Jérôme Monod, un gaulliste historique appelé à l’Elysée par Jacques Chirac.

Le communiqué de l’Elysée ne mentionne pas de « conseiller spécial » dans l’organigramme, mais un « conseiller politique ». Aquilino Morelle, « plume » de Lionel Jospin de 1997 à 2002, était l’auteur des discours du candidat Hollande. Il sera désormais le stratège du président.

François Krug (Journaliste Rue89)

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