Reçu au palais de la Marina: Me Houngbédji reconnait la victoire de Yayi

La rencontre tenue hier au Palais de la Marina entre le Chef de l’Etat Boni Yayi et le Président du Parti du Renouveau Démocratique, Me Adrien Houngbédji, marque le début d’une nouvelle phase de la démocratie béninoise. L’opposition politique devient désormais au Bénin, une réalité sinon une entité formelle dont il faut tenir compte.

Les audiences du Chef de l’Etat se suivent mais ne peuvent se ressembler. Celle accordée à Adrien Houngbédji hier à la présidence de la République par Boni Yayi est unique en vingt-deux ans de démocratie au Bénin. C’est la première fois qu’un Chef de parti déclaré de l’opposition conformément à la loi portant statut de l’opposition, est reçu en cette qualité par le Président de la République. Selon ladite loi, le Chef de l’Opposition peut être consulté sur des questions majeures d’intérêt national et l’audience d’hier ne l’a pas occulté. La révision de la Constitution, la réforme de l’administration territoriale, la correction de la Liste électorale permanente informatisée, le programme de vérification des importations, la campagne cotonnière en sursis, la crise de l’enseignement, le statut de l’opposition et le financement public des partis politiques, sont des sujets auxquels l’opinion publique a fait beaucoup attention, et sur lesquels plusieurs partis et leaders politiques avaient pris position.

Qu’ils soient abordés au cours d’une audience est une démarche formelle du Chef de l’Etat de prendre à leur propos d’autres points de vue, celui de l’opposition en particulier. Car s’il est vrai, aux dires de Me Adrien Houngbédji, que cette audience s’inscrit dans le cadre du dialogue politique national voulu par le Chef de l’Etat, il ne demeure pas moins vrai que l’opération n’a de sens qu’en privilégiant les formations politiques de l’opposition. Et sur ces sujets, il n’y a d’avis alternatifs sérieux que ceux de l’opposition. En somme, ce qui vient d’être inauguré est la consultation de l’Opposition sur les sujets d’intérêt national. Mais pas seulement.

L’équilibre s’invite

La loi portant statut de l’opposition voulait déjà formelle l’Opposition politique à un régime au Bénin. Des formations politiques ne viennent d’acquérir ce statut que pour la toute première fois, conformément à la loi. Ceci a l’avantage de clarifier le paysage politique, mais aussi de faciliter certaines nominations. Il est désormais su au Bénin, au-delà des prises de position critiques, quels partis politiques sont avec le pouvoir et lesquels gardent leur distance. Cette donne sera particulièrement utile en début des législatures ou le règlement intérieur de l’Assemblée nationale dispose de composer les organes de gestion du Parlement en tenant compte de sa configuration politique. Il n’y aurait en ces moments-là que le statut de l’Opposition ou non pour apprécier la configuration politique du Parlement. Au-delà du Parlement lui-même, les postes auxquels la représentation nationale est appelée à pourvoir dans d’autres institutions, à défaut de respecter l’équilibre opposition/mouvance, respecteraient au moins la diversité politique. Ainsi, la Cour constitutionnelle, la Haute cour de justice, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, les commissions électorales, les parlements régionaux et panafricains ne seraient plus aux seules couleurs du parti au pouvoir. La présence d’acteurs de bords politiques différents serait, sans doute, dissuasive de bien de fraudes aux règles républicaines. S’il est vrai que ce mode d’emploi de la démocratie était déjà possible mais n’a pas été expérimenté, ses chances de succès tiennent au simple fait que la notion d’Opposition est intégrée par le Chef de l’Etat lui-même. Une manière plus belle que la révision de la Constitution, pour donner un souffle à la démocratie béninoise.

Olivier Assinou (Quotidien Adjinakou)

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