Hollande chez Obama : quatre jours pour devenir « maître du monde »

En quatre jours aux Etats-Unis, François Hollande va pouvoir plus se frotter aux affaires du monde qu’en trente ans de carrière politique. Ce n’est pas faire injure au nouveau président de la République que de rappeler son inexpérience totale en politique étrangère, sauf par le prisme de l’Internationale socialiste qu’il fréquenta par le passé, et qui est tout sauf représentative de ce qui l’attend désormais.

Ces dernières années, alors qu’il se préparait discrètement à ce qui semblait une candidature d’outsider, on pouvait certes le croiser, carnet de notes en mains, dans des réunions d’experts ou de think tanks, ou encore de clubs informels comme celui que réunissait à intervalles réguliers Hubert Védrine avec quelques rescapés de la « Mitterrandie » à la Fondation Jean Jaurès, dans le IX° arrondissement de Paris.

Mais passer d’une compréhension théorique de l’enjeu iranien ou afghan à un tête à tête avec Barack Obama ou à un sommet de l’Otan ou du G8, c’est un choc culturel assuré ; C’est se lancer sans filet dans un univers où beaucoup se joue dans les perceptions, dans la « chemistry » comme disent les Américains, c’est-à-dire l’alchimie entre dirigeants.

Français, donc suspect…

D’autant que chacun vient à ces rencontres avec ses propres enjeux d’image et de politique intérieure.

Barack Obama, la puissance invitante des trois événements auxquels participe François Hollande -le bilatéral de vendredi, le G8 de Camp David, et le sommet de l’Otan de Chicago-, a ainsi son propre agenda électoral. Et François Hollande a un quadruple handicap vu d’outre-Atlantique :

  • Il est Français, donc suspect par définition pour beaucoup d’Américains…
  • Il n’est pas marié à la « first girl friend », comme ont commencé à ironiser certains blogs pour parler de la First Lady, Valérie Trierweiler ;
  • Il est socialiste, c’est-à-dire un « rouge » vu de l’Amérique profonde et même pas si profonde…
  • Il s’apprête à retirer ses troupes combattantes d’Afghanistan avant les autres soldats de l’alliance, et, aux Etats-Unis, on ne joue pas avec les « boys », la loyauté, l’engagement.

Bref, François Hollande n’est pas nécessairement un atout électoral pour Obama, au-delà des intérêts communs aux deux pays. C’est même, en cas de chaleur excessive, un cadeau fait aux Républicains !

Terrain déminé

Cela dit, ces grandes rencontres internationales sont parfaitement balisées. Sauf faux pas, François Hollande sera assurément adoubé dans le « club » des grands, moins par ses qualités personnelles initialement, que parce qu’il représente un des pays qui comptent (encore) ; Ne serait-ce que par son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, son poids en Europe, son engagement militaire international, et même, en le disant vite, son économie.

L’administration Obama a envoyé une équipe à Paris dès l’élection du candidat socialiste pour déminer le terrain, tester la nouvelle équipe dirigeante, et préparer son arrivée à Washington ce vendredi.

De même, les déclarations finales du G8 et de l’Otan sont quasiment bouclées dans les échanges entre conseillers et ministres dans les jours qui précèdent les rencontres, ne laissant que quelques points à trancher au sommet. Et la part d’imprévu reste faible, sauf à ce que l’actualité fasse irruption dans un calendrier bien ficelé.

Reste donc l’alchimie, les rencontres bilatérales qui vont se succéder permettre au petit nouveau du club de faire connaissance et pouvoir, très vite, s’appeler par son prénom avec Barack (Obama), David (Cameron), Mario (Monti), ou Hamid (Karzaï). Pour Angela (Merkel), c’est déjà fait.

Infaillibilité présidentielle

Dans ce monde de plus en plus interconnecté, où une partie des relations internationales se règle en vidéo-conférences entre « maîtres du monde », ces relations personnelles ont pris un poids démesuré. Au point de monter à la tête des dirigeants eux-mêmes, régulièrement atteints, selon la formule du chercheur Samy Cohen, du « mythe de l’infaillibilité présidentielle ».

A force de parler à « Barack » ou « Vladimir », on finit en effet par se croire infaillible et hyperpuissant. François Hollande n’est qu’au début de cette longue route, et le président « normal » échappera peut-être à cette fatalité. Pour l’heure, son défi est de réussir son entrée dans le club. Et, peut-être, de faire entendre une petite musique différente ?

rue89.com

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