Benoît XVI «affligé» d’avoir été trahi par son majordome

Paolo Gabriele, incarcéré depuis mercredi, a été officiellement inculpé samedi pour «possession illégale de documents secrets». Une enquête est en cours pour établir si l’homme disposait de complices.

Jusqu’à mercredi, Paolo Gabriele était l’un des plus proches collaborateurs du pape. Majordome de Benoît XVI depuis 2006, il est l’un des rares laïcs à avoir accès aux appartements pontificaux: il lui servait ses repas, l’aidait à s’habiller et pouvait se rendre dans les pièces du Vatican auxquelles l’accès est strictement limité. En l’espace de quelques heures, le fidèle serviteur du Pape est devenu l’ennemi public du Vatican. Arrêté mercredi pour possession illégale de documents confidentiels retrouvés à son domicile, il est accusé d’avoir transmis ces données sensibles à des médias italiens en janvier et février derniers. Un délit équivalent à l’atteinte à la sécurité de l’État au Vatican. S’estimant trahi par son auxiliaire, Benoît XVI se dit «affligé» et «choqué».

Identifié vendredi par les médias italiens comme l’auteur de la fuite, Paolo Gabriele a été officiellement inculpé par la justice vaticane samedi. Le communiqué du parquet précise qu’une enquête approfondie allait être menée pour établir si l’homme, âgé de 46 ans, avait disposé de complices qui l’auraient aidé à diffuser les documents. Certains commentateurs de la presse italienne ont exprimé leurs doutes quant à une action isolée de la part de Paolo Gabriele, qu’ils soupçonnent de n’avoir été qu’un pion dans une lutte de pouvoir plus large au sein du Vatican.

Le majordome risque 30 ans de prison

Paolo Gabriele a choisi deux avocats pour se défendre. En l’absence de prison vaticane, l’ancien majordome était détenu samedi dans l’une des trois «salles sécurisées» contrôlées par la gendarmerie du Vatican. Paolo Gabriele est passible d’une peine de 30 ans de prison pour avoir possédé illégalement des documents appartenant à un chef d’État. S’il est reconnu coupable, il sera vraisemblablement détenu dans une prison italienne à la suite d’un accord entre l’Italie et le Vatican.

Parmi les documents qui ont fuité figurent des lettres adressées personnellement à Benoît XVI par l’archevêque Carlo Maria Vigano, ancien numéro deux des services administratifs du Vatican. Les courriers montraient que l’archevêque avait été muté comme nonce apostolique – l’équivalent d’un ambassadeur – à Washington après avoir révélé l’existence d’un large réseau de corruption, de népotisme et de favoritisme lié à des contrats signés à des prix gonflés avec des partenaires italiens. D’autres pièces évoquent des conflits internes concernant l’Institut des œuvres religieuses (IOR, la banque du Vatican), dont le président Ettore Gotti Tedeschi, accusé de «mauvaise gouvernance», a été limogé jeudi. Enfin, certains fax ultrasecrets dont le Pape était le destinataire évoquent les scandales sexuels chez les Légionnaires du Christ ou les négociations du Vatican avec les intégristes.

lefigaro.fr

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