Vatican: Benoît XVI vit une «lourde épreuve»

Après l’arrestation du majordome du Pape, les enquêtes ratissent large.

La voix terne, le porte-parole du Pape, le père Federico Lombardi, tente d’expliquer à la presse une situation que le Vatican lui-même, toujours sous le choc, ne parvient pas encore à saisir: l’arrestation, il y a une semaine, de celui qui le matin même était encore le «majordome» de Benoît XVI. Mercredi matin, au vu de tous, il était assis près du Pape dans la même Jeep qui les conduisait à l’audience générale hebdomadaire, place Saint-Pierre. Le soir, l’homme de confiance dormait sous les verrous.

Le fait que Paolo Gabriele soit probablement celui qui a reproduit les documents les plus confidentiels posés sur le bureau du Pape pour les livrer à la publication d’un livre à sensation (Sua Santita, le carte segrete di Benedetto XVI, de Gianluigi Nuzzi, éditions Chiarelettere) sème encore «la consternation». Une semaine après, elle est palpable au Vatican. «Paolo» – le père Lombardi l’appelle encore publiquement par son prénom – était en effet «aimé et proche» de tous. Les «familiers» du Pape, une dizaine de personnes, forment de facto une petite famille dont le maître mot est «la fiducia», la confiance.

Bien sûr, «il y a plus grave», relativisait, hier, le jésuite Lombardi. Il évoquait le nouveau tremblement de terre dans le nord-est de l’Italie. Ou la «situation tragique» de la Syrie qui «préoccupe» aussi Benoît XVI. Sans être «une tragédie», continuait le père Lombardi, cette affaire des fuites au Vatican représente toutefois une «situation grave» et une «épreuve lourde pour le Pape et la curie». Il faudra, annonçait-t-il, «un chemin difficile de vérité pour restaurer la confiance». En espérant, pouvait-il noter, que Benoît XVI continue de «bénéficier de la confiance du peuple de Dieu qu’il mérite amplement».

Pour le moment, ce chemin «de vérité» passe par une instruction menée autour de Paolo Gabriele par un juge du Vatican, selon une procédure interne et secrète. Son avocat, Carlo Fusco, affirme que le prévenu offrira «la plus ample collaboration» avec la justice vaticane. Mais il soutient «ne pas avoir connaissance» des «caisses de documents» qui auraient été retrouvées en possession de l’ancien majordome.

Enquête de police classique

Second volet, le travail de la commission d’enquête des trois cardinaux. Elle est formée de l’Espagnol Julian Herranz, 82 ans, juriste de haut vol lié à l’Opus Dei, du Slovaque Joseph Tomko, 88 ans, et de Salvatore di Giorgi, 81 ans, ancien archevêque de Palerme. Ces hommes très âgés sont aussi expérimentés que respectés. Nommés par Benoît XVI à la mi-mars, après les premières fuites dans la presse, ils procèdent «lentement» mais «systématiquement».

Leur objectif est de mettre au jour le réseau secret à la curie romaine qui a permis la publication de ces lettres confidentielles. Ils ont évidemment interrogé des cardinaux. Mais «en tant que chef de dicastère», c’est-à-dire en responsabilité de ministre, a précisé le père Lombardi, démentant, au passage, que «cinq cardinaux» avaient été «soumis» à cette commission spéciale. La gendarmerie du Vatican procède, pour sa part, à une enquête parallèle au sein de la curie, avec tous les moyens classiques d’une enquête de police. Dont des écoutes téléphoniques, la surveillance et le contrôle des courriels.

Troisième niveau, l’intelligence globale d’une affaire sans précédent au Saint-Siège. Sur ce point, l’intervention du père Lombardi, hier, a clairement repoussé toutes «tentatives d’interprétations» composées de «stratégies», d’«intentions», voire de «luttes de pouvoir». Il a préféré «insister sur les faits». En l’occurrence, cette arrestation du laïc Paolo Gabriele. Ce faisant, il n’a pas dit un mot sur l’implication dans cette affaire – pourtant accréditée par les éléments publiés dans le livre de Nuzzi – d’ecclésiastiques. Les connaisseurs de cette vieille maison savent que ces prélats seront éloignés du jour au lendemain. Et sans publicité.

Jean-Marie Guénois (Le Figaro)

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