Les Britanniques célèbrent leur reine pour son jubilé

Coup d’envoi des festivités pour les 60 ans de règne d’Elizabeth II, 1000 bateaux ont défilé sur la Tamise.

Comme dans un tableau de Turner, la Tamise est apparue nimbée de brume, les contours flous des tours de Westminster et de Big Ben se dessinant au loin. Sous une bruine incessante depuis la veille au soir, les sujets de Sa Majesté se sont rangés le long de la rivière pour attendre la reine.

«La pluie? Nous sommes anglais, nous sommes roya­listes, on ne pouvait pas ne pas être là !» s’exclame Charmian Guilbert, retraitée du Kent arrivée avec sept amies dès le début de la matinée pour prendre place aux premiers rangs dans les jardins situés derrière le palais de Westminster.

Mais la pluie s’est arrêtée. À la mi-journée, les quais se remplissent. Dans les gares de la capitale, les trains bondés déversent des foules qui se dirigent vers tout ce que Londres a de quais. Pour les faire patienter, les écrans géants projettent des images en noir et blanc du couronnement d’Elizabeth II, en 1953. Selon les plus anciens, ce jour-là, il pleuvait déjà à verse et il faisait encore plus froid.

Pique-nique géant

Pour ce jubilé de diamant, la monarchie règne sur les flots. Un défilé de 1000 embarcations venues du monde entier, à rames, à vapeur ou à voile, des kayaks, des bateaux pompiers, des yachts, des gondoles ou des navires militaires, investit la Tamise, sur plus de vingt kilomètres de long. Un projet inspiré d’un tableau de Canaletto. Un tel déploiement nautique sur la Tamise n’avait pas eu lieu depuis le règne de Charles II, au milieu du XVIIe siècle.

Sur le pont de Vauxhall, en face du célèbre bâtiment du MI6, Maira Gough et sa fille Katie ont une vue plongeante sur la rivière. Elles sont arrivées samedi de Conwy, au pays de Galles. La mère est irlandaise, la fille galloise. «Nous sommes britanniques avant tout, affirme Maira. La reine représente la continuité de notre histoire et l’unité de notre pays. Je ne suis pas pour la décentralisation du pouvoir au parlement local du pays de Galles, comme cela se pratique depuis quelques années.»

Claire Hastings, 26 ans, originaire d’Écosse, thésarde à Londres, boit avec ses amis du Pimm’s, la boisson nationale de l’été, dans des mugs à l’effigie d’Elizabeth II. «Les velléités d’indépendance de l’Écosse n’ont aucun sens économique, assure-t-elle. Et techniquement, la reine est encore plus celle de l’Écosse que de l’Angleterre!»

Tous les édifices des rives du fleuve sont pavoisés de drapeaux britan­niques. Toutes les baies vitrées, tous les balcons sont occupés par des citoyens prêts à saluer le début de la procession. Un bateau-clocher carillonnant ouvre la voie, suivie de la barge royale Gloriana à rames, reconstituée pour l’occasion selon un modèle du XVIIe siècle.

Pique-nique géant

La famille royale suit un peu plus loin à bord du Spirit of Chartwell, une barge habillée de rouge et d’or, décorée de plus de 10.000 fleurs des jardins de la reine. En blanc, la souveraine salue, l’air ailleurs. Les princes sont en grande tenue militaire, Kate a choisi le rouge. Une immense clameur venue des quais accompagne leur progression. Derrière, un navire musical joue fort opportunément la Water Music de Haendel. À l’arrivée de la flottille dans l’est de Londres, le majestueux Tower Bridge ouvre ses portes en hommage. La reine essuie ses lunettes, embuées par le brouillard et la pluie, qui a repris.

Entre les gouttes, quelque 10.000 «street parties» organisées dans le pays rassemblaient pendant ce temps les Britanniques pour des déjeuners communs. Au cœur de Londres, une table longue de plusieurs centaines de mètres avait été dressée sur Piccadilly pour un «big lunch». Chips, saumon fumé, champagne et vin blanc, Fortnum & Mason fait griller des hamburgers. Surprise: à midi pile, avant d’aller embarquer sur la Tamise, le prince Charles et Camilla sont venus serrer des mains. «Je me suis retournée et il était derrière moi!» n’en revient toujours pas Win Wildman, venue en famille pour ce pique-nique géant. Malgré le temps, la fête doit continuer, avec encore deux jours de festivités lundi et mardi, pour lesquels les sujets ont obtenu un congé exceptionnel.

Florentin Collomp (Le Figaro)

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